Un souvenir d’enfance – papier glacé.

À certains moments de la vie, des questions se font pressantes, on regarde le chemin derrière soi et on se demande : « pourquoi suis-je là ? Quels hasards, assemblés bout à bout, font que j’ai suivi ce parcours-ci ? »
Parfois, un souvenir remonte à la surface, un détail vécu prend tout son sens, un proche, par une réflexion anodine, délivre une pièce du puzzle. Dernièrement, alors que je visitais l’exposition « Claude Gellée » au Petit Palais, un souvenir fugace m’est revenu. En lisant le titre « Claude Gellée dit Le Lorrain » sur la banderole à l’entrée, j’ai eu la vision des fiches en papier glacé sur les grands peintres que ma mère collectionnait. Je me souviens de tout : leur format, leur aspect, le contact du papier, leur odeur. Les fiches sur les tableaux de Claude Gellée portaient un bandeau entre le pourpre et le marron.

Il y avait une dizaine de fiches consacrées aux oeuvres de Claude Gellée, dit Le Lorrain

Il y avait une dizaine de fiches consacrées aux oeuvres de Claude Gellée, dit Le Lorrain

Entre mes huit et mes douze ans, ma mère était abonnée aux Géants de la peinture, une sorte de collections de cartes Panini de luxe pour adulte. Sur une face, une belle reproduction d’un tableau ; au dos, un cartel et un texte explicatif sur trois colonnes. Tous les mois, nous recevions un ensemble de vingt ou trente fiches en papier glacé que nous rangions dans des boîtes cartonnées tapissées du motif d’un tableau de Monet, Champ d’iris jaunes à Giverny. Je me souviens des soirées passées avec ma mère, sur le grand lit parental ou sur la table du salon, à classer, avidement, les fiches nouvellement reçues.

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Ces lieux que je pensais ne jamais voir…

Quand  j’étais petite, et même adolescente, j’étais persuadée que je ne pourrais jamais aller au-delà des quelques pays limitrophes à la France, l’avion me semblant un luxe inaccessible. Depuis, j’ai fait quelques voyages, souvent en relation avec mes études, notamment pour découvrir « en vrai » ces chefs-d’œuvre que l’on nous projetait dans l’obscurité des salles de cours. Le désir de parcourir moi-même les musées et les monuments évoqués dans les livres m’a conduite en des lieux que je n’aurais jamais imaginé un jour parcourir. Et à plusieurs reprises, lors de mes « grands » voyages, je me suis intérieurement fait cette remarque : « voici un lieu que je n’aurai jamais pu imaginer vivre ». Une petite phrase souvent accompagnée d’une intense sensation de vertige.

Sainte_Sophie_Istanbul

Istanbul, Sainte Sophie, 2010

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Tutoyer le musée du Louvre

Cinq ans d’études à l’École du Louvre, des milliers d’heures passées à arpenter les innombrables salles du palais du même nom. Munie d’une carte « magique » conférant un accès gratuit et illimité aux collections, j’ai appris à tutoyer le Musée du Louvre.

Pyramide du Louvre, automne 2013

Pyramide du Louvre, automne 2013

Le rapport qu’un étudiant en histoire de l’art entretient avec le musée est de l’ordre de l’intime et du singulier. Les trois premières années de l’École du Louvre impliquent de passer beaucoup de temps « au contact direct des œuvres », un principe qui est la marque de fabrique de l’institution. Aux centaines d’heures de travaux dirigés devant les œuvres (T.D.O.) se succèdent autant de temps à réviser dans les mêmes salles. Tout élève assidu en vient à connaître par cœur les chemins qui conduisent de la Victoire de Samothrace à la cour Marly, de la Joconde aux appartements de Napoléon. Les heures de pointe, les raccourcis, les jours tranquilles, les flux de touristes, la quiétude des salles isolées sont autant de choses que nous connaissons parfaitement.

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