A bicyclette sur la véloroute de la Mémoire : Somme 1916

Le dernier week-end de mars, nous sommes partis en expédition entre le Nord-Pas-de-Calais et la Somme : d’Arras à Amiens, avec un crochet par Péronne, nous avons roulé 170 kilomètres à vélo sur les traces de la Première Guerre mondiale.

Sur la véloroute de la Mémoire, dans la Somme

Perdu dans un champ, ce monument marque le souvenir d’un être cher pour une famille.

Un week-end cyclotouristique en Artois et en Somme

Pour inaugurer ce premier (beau) week-end de printemps, nous avions décidé de partir en expédition cyclotouristique. Après de longues hésitations (Paris-Chartres ? Nevers-Briare ?), nous avons porté notre dévolu sur la véloroute de la mémoire (itinéraire 32) qui relie Arras à Amiens en passant par Albert.

J’y voyais l’occasion de me remettre à mon projet autour de la mémoire de mon arrière-arrière-grand-père poilu, Augustin Garnault, depuis trop longtemps en suspens (pour des raisons sur lesquelles je reviendrai dans un prochain billet), mais aussi d’aller visiter l’Historial de Péronne, musée qui attirait toutes mes curiosités, mais dont, faute de liaison ferroviaire, je repoussais sans cesse la découverte.

Péronne n’étant pas sur la véloroute de la Mémoire, j’ai dû m’arranger un peu avec le parcours pour dessiner un itinéraire qui passe par tous les centres d’intérêt que nous nous étions fixés. Grâce à l’excellent site veloenfrance.fr (qui propose des centaines d’itinéraires cyclables), j’ai pu trouver d’autres circuits à vélo, qui mis bout à bout, m’ont permis de tracer un trajet de 170 kilomètres à travers la campagne. Lire la suite de cet article »

Projet 14-18 : avril 1915, d’interminables marches

Vendredi 26 mars 1915 : on annonce la relève pour les hommes du 33e régiment, déployés depuis des mois sur la ligne de front à proximité d’Ypres.
Samedi 27, alors que la nuit tombe, la batterie d’Augustin quitte ses positions pour cantonner un peu plus loin. La nuit sera courte puisqu’à 3h30 il faut prendre la route : 30 kilomètres de marche les attendent. Un jour de plus, et trente kilomètres encore seront nécessaires pour atteindre Eringhem et Esquelbecq, où le 33e régiment d’artillerie va prendre ses quartiers durant une semaine.

Le 33e Régiment d'Artillerie de Campagne en marche : vue d'une pièce. Photographie probablement prise par Augustin en juin 1916, archives familiales

Le 33e Régiment d’Artillerie de Campagne en marche : vue d’une pièce. Photographie probablement prise par Augustin en juin 1916, archives familiales

Rappel sur mon Projet1418 : Augustin Garnault était artilleur pendant la Première Guerre mondiale. Sur le blog, je partage avec vous mes recherches sur son parcours. Pour retrouver l’intégralité des articles, c’est ici.

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Projet 14-18 : il était artilleur

C’est un peu bête, mais il m’a fallu lire plusieurs ouvrages sur la Première Guerre mondiale pour que je prenne conscience d’une chose pourtant essentielle : alors que je l’avais imaginé dans la boue des tranchées, Augustin Garnault n’avait sans doute jamais vécu l’expérience des première lignes. Il était artilleur et non fantassin. Son horizon quotidien n’était donc pas celui des tranchées, mais un autre environnement, avec ses spécificités.

L’enseignement de la guerre, le devoir mémoriel est tant centré sur les tranchées et les souffrances qu’elles ont provoquées que l’on en vient à réduire dans notre imaginaire la guerre aux tranchées de la première ligne du front, occupée par l’Infanterie, oubliant que bien des mobilisés n’y avaient jamais mis les pieds. Si bien que j’y plaçais tout naturellement mon ancêtre, renforcée dans cette vision par l’idée (peut-être fausse, j’en rediscuterai dans un autre billet) qu’il était mort dans l’éboulement d’une tranchée. Or, Augustin, je l’ai dit, était maître-pointeur dans l’artillerie.

Augustin Garnault (à droite) et un camarade devant leur canon, 1916. Archives familiales.

Augustin Garnault (à droite) et un camarade devant leur canon, 1916. Archives familiales.

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Projet 14-18 : novembre 1914 – avril 1915, la Belgique

Dans le dernier article, nous avions laissé Augustin à Etaples-sur-Mer, dans le Nord-Pas-de-Calais, un 22 octobre 1914. Après les intenses combats de Champagne, le 33e régiment d’artillerie est envoyé en Belgique, où il vient renforcer les troupes engagées dans la bataille d’Ypres. C’est une nouvelle phase du conflit qui commence, celle de la guerre de position.

Vue des ruines des Halles d'Ypres après la guerre. Agence Rol, voyage présidentiel en Belgique, 1920, Gallica/BnF

Vue des ruines des Halles d’Ypres après la guerre. Agence Rol, voyage présidentiel en Belgique, 1920, Gallica/BnF

A l’échelle de l’histoire d’Augustin, les premières lettres conservées de façon continue datent de décembre 1914, alors qu’il est encore dans les environs d’Ypres. Il restera en Belgique jusqu’au mois d’avril 1915.

Dans ce billet, je vais vous parler de la bataille de Flandres, à laquelle Augustin a participé. Il s’agit de placer le décor avant de nous lancer dans l’exploration des lettres d’Augustin, qui évoquent moins les combats que les choses du quotidien (les nouvelles des proches, l’attente du colis, la faim, le froid). Lire la suite de cet article »

Projet 14-18. Entrer en guerre, les premiers mois du conflit

Augustin Garnault était artilleur pendant la Première Guerre mondiale. Sur le blog, je partage avec vous mes recherches sur son parcours. Pour retrouver l’intégralité des articles, c’est ici.

De la « campagne contre l’Allemagne » d’Augustin, nous conservons une centaine de lettres, mais à l’exception de celle du 4 août 1914, aucune ne date des premiers mois du conflit. Comment s’est passée son entrée en guerre ? A quel moment a-t-il rencontré pour la première fois l’ennemi ? Qu’a-t-il ressenti en entendant à nouveau retentir le canon, ce canon qui avait tant fait souffrir ses oreilles pendant le service militaire ? Quel jour a-t-il croisé pour la première fois la mort ? Quel était son état d’esprit d’août à octobre 1914 ?

Toutes ces questions que je me pose, aucune lettre n’y répondra. Pourquoi ont-elles disparu ? Car s’il est certain qu’elles ont existé, cela restera un mystère.

Extrait d'une lettre d'Augustin à ses parents, datée du 15 janvier 1915. Archives familiales.

Extrait d’une lettre d’Augustin à ses parents, datée du 15 janvier 1915. Archives familiales.

Seule mention faite aux premiers mois de guerre, une lettre datée du 15 janvier 1915 et adressée à ses parents, dans laquelle il tire le bilan suivant : « Celui qui n’a pas fait la guerre ces deux mois-là ne peut se figurer la peine et la misère que nous avons eu car maintenant c’est plutôt la guerre de siège tandis que le premier mois, on était comme fou, 5 minutes à un endroit, 5 minutes dans l’autre (…) trempés jusqu’à la peau, le lendemain ça séchait sur le dos. Dans ce moment là, on couchait toujours dehors sans se faire aucun abris car dans la nuit on avait souvent des ordre pour foutrent le camp. »

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Projet 14-18 : Augustin Garnault, la vie avant la guerre

Avant d’entrer dans le vif du sujet et de vous raconter la guerre d’Augustin Garnault, laissez-moi vous présenter les personnages de notre histoire : Augustin, ses parents, Auguste et Léontine, ses oncles, Jules et Henri, son épouse, Cécile… et bien d’autres, qui rejoindront le récit. 

La famille Garnault à Morton, vers 1893.

La famille Garnault à Morton, vers 1893.

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Projet 14-18 : sur les traces d’Augustin Garnault, introduction

Une liasse de cartes postales anciennes, quelques souvenirs familiaux… Un siècle après la Grande Guerre, peut-on, à partir de ces quelques traces ténues, tenter de reconstituer le parcours d’un ancêtre poilu ? C’est l’aventure dans laquelle je me suis lancée, à la recherche d’Augustin Garnault.  

Lors d'une trop rare permission, Cécile et Augustin Garnault, accompagné de leur fils et de sa grand mère Léontine

Lors d’une trop rare permission, Cécile et Augustin Garnault, accompagné de leur fils et de sa grand mère Léontine

Visages familiers

On l’appelait Cécile, mais son acte de naissance indique Angèle et sa tombe est marquée du prénom Céline. Nous sommes nées à un siècle d’intervalle et son prénom apparaît dans mon état civil. Aussi loin que je me souvienne, j’ai vu les yeux de ma mère briller en parlant de cette femme douce et aimante. Elle l’a connue au crépuscule de sa vie, ridée et fatiguée de cette histoire qu’elle a traversée : deux guerres mondiales et leur lot de privations et de deuils. De cette dame âgée, je n’ai connu que son regard doux, sa peau lisse et son visage élégant, fixé sur le papier albuminé d’un grand portrait devant lequel je passais chaque jour. Elle me fascinait par sa beauté et son histoire : mariée deux fois, le destin l’avait faite veuve deux fois, après quelques mois de mariage. Elle avait tout sacrifié pour son unique fils et aimé sans limite ses trois de petits-enfants et neuf arrière-petits-enfants. Lire la suite de cet article »