La visite au musée : le provincial au Louvre en 1841

En attendant la nuit des musées ce week-end, Gallica vous propose une journée des musées à travers les nombreux documents numérisés disponibles sur la bibliothèque en ligne. Je profite de l’événement pour vous annoncer la création d’une nouvelle rubrique sur ce blog, intitulée « La visite au musée« . A la manière de ce que fait Virgile Septembre sur son excellent tumblr, cette nouvelle catégorie sera nourrie d’extraits littéraires, d’images anciennes et de divers documents mettant en scène les visiteurs des musées. Pour ce premier billet, nous suivons un provincial dans sa visite du Louvre en 1841.

Un provincial au Louvre en 1841. Extrait de la physiologie du provincial à Paris, pp. 67-71.

Physiologie du provincial à Paris, p.67« Il va sans dire que le provincial consacre une de ses premières expéditions à la visite du Musée, qu’il appelle et qu’il écrit: Musaeum, pour prouver qu’il a fait ses humanités. Il n’y va pas le dimanche; -car c’est bon pour le peuple, pour les Parisiens vulgaires. Lui, provincial, a des privilèges. Avec son passe-port, le Louvre lui est ouvert tous les jours. C’est là un des bénéfices, une des prérogatives de sa qualité, c’est un avantage qu’il possède sur les indigènes, et il en use avec une noble, une risible fierté.
Le moment où notre provincial visite les tableaux du Louvre, est l’heure matinale employée aux études classiques. Trente chevalets sont plantés dans la galerie. Des artistes des deux sexes se livrent à la copie des maîtres. Des demoiselles reproduisent l’académie pure sous l’oeil maternel. Les mamans tricotent en rêvant l’avenir raphaélique de leur fille. Les rapins vont choisir leurs modèles sous les corniches, et travaillent perchés au bout d’une échelle comme de simple peintres d’enseigne, se préparant ainsi peut-être à la haute mission que leur réserve l’avenir.
L’arrivée d’un oisif, d’un curieux, produit nécessairement un mouvement de distraction parmi les travailleurs. la tournure du provincial, son costume, produisent leur effet. On le lorgne en souriant, en ricanant. Sept ou huit copies de Rubens, de Rembrandt, de Léonard de Vinci sont momentanément abandonnées pour une mois grave composition. De caustiques crayons esquissent rapidement sur le papier une caricature, ou plutôt un portrait aussi ressemblant que s’il avait été procrée par l’opération du daguerréotype.
– Que signifie ceci? s’écrie le provincial, dont l’indiscrète curiosité s’est égarée par-dessus l’épaule d’un des dessinateurs.
– Vous le voyez bien, répond l’artiste sans se déconcerter.
physiologie du provincial à Paris, p.70-Je trouve cette plaisanterie assez déplacée! répond le provincial, mécontent de voir son image si peu flattée.
-Qu’appelez vous une plaisanterie! s’écrie l’artiste; rien n’est plus sérieux. Voici le fait: Je suis attaché au Journal des Modes, pour les gravures. L’apparition d’un dandy tel que vous, était une bonne fortune: je l’ai saisie. Votre élégant costume fera l’ornement du prochain numéro.
A
 ces mots, le provincial sourit, s’excuse, salue, remercie, se rengorge et s’éloigne en faisant la roue et en se disant:
– Voilà que je vais donner le ton aux merveilleux de Paris! je suis le type de l’élégance. »

Paris au XIXe siècle: les physiologies

Entre 1840 et 1842, plusieurs centaines de petits volumes in-32°, comptant 132 pages, illustrés d’une cinquantaine de vignettes et vendus un franc, inondent le marché parisien. Ces petites plaquettes, que l’on voit partout, portent le nom de physiologies. La mode de ces physiologies a été un phénomène aussi bref qu’intense, mais néanmoins marquant tant il est représentatif des évolutions que connait l’édition française au milieu du XIXème siècle.

La numérisation récente d’un corpus d’une centaine titres par le département des Estampes et de la photographie de la BnF, nous invite à (re)découvrir  tout un pan de la littérature populaire du XIXème siècle.

Mosaïque Physiologies

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