Paris Face Cachée, édition 2015

Le week-end dernier, je participais pour la seconde fois à Paris Face Cachée. Tous les ans, au début du mois de février, Paris Face Cachée ouvre les portes de lieux confidentiels, habituellement fermés au public. Usines gigantesques, souterrains obscurs, coulisses de salles de spectacles réputées, ateliers d’artistes, réserves de musées, tout ce qui est habituellement inaccessible est dévoilé aux yeux des curieux. L’occasion de découvrir l’autre face de la capitale donc, et, le temps d’une visite de rencontrer ceux qui travaillent à faire notre ville dans toute sa diversité. 

Paris_Face_Cachée_2015

Paris Face Cachée tombe à une période creuse de l’année : les Journées du Patrimoine sont déjà loin, et il est encore trop tôt pour penser à la nuit des musées ou aux rendez-vous au Jardin. Il faut certes braver le froid, mais le jeu en vaut la chandelle : une centaine d’endroits insolites sont ouverts aux visiteurs le temps d’un week-end. Pour Paris Face Cachée, aucune file d’attente, il suffit de prendre rendez-vous. Quelques semaines avant l’événement, le programme est dévoilé, mais seulement en partie. Pour conserver le mystère, le contenu des visites n’est pas clairement explicité et prend la forme d’une description énigmatique (certes facile à percer pour le public averti !). Les inscriptions se font en deux vagues successives, jusqu’à remplissage des jauges. Autant dire qu’il faut être rapide pour décrocher le précieux sésame !

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La Corderie Vallois, la mémoire vivante de l’Industrie rouennaise

Le long de la rivière du Cailly, à quelques kilomètres du centre-ville de Rouen, une vieille bâtisse du début du XIXe siècle abrite une ancienne manufacture transformée en musée industriel : la corderie Vallois. Un lieu vivant, où se raconte le passé industriel Seinomarin, dans le bruit assourdissant de quelques vaillantes tresseuses mécaniques encore en état de fonctionnement.

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Corderie Vallois : tresseuses mécaniques, juillet 2014

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Le mabre et l’acier – La centrale Montemartini, Rome

Alliance réussie d’art antique et de patrimoine industriel, la centrale Montemartini, la plus récente annexe du musée national romain, est au nombre des lieux insolites à voir à Rome.

Centrale Montemartini (9)

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Félix Thiollier au Musée d’Orsay

Il vous reste un peu plus d’une semaine pour découvrir les magnifiques photographies de Félix Thiollier au musée d’Orsay. Un de mes coups de cœur parmi les expositions de l’hiver 2012-2013 pour le travail de ce photographe amateur qui n’avait presque jamais été exposé dans les institutions parisiennes. Invitation pour un voyage en noir et blanc d’une extrême beauté dans la campagne forézienne et auprès des usines stéphanoises du début du XXe siècle… Deux paysages à jamais disparus.

Félix Thiollier, Usines au bord de l’Ondaine, 1895-1910, Centre Pompidou

Félix Thiollier, Usines au bord de l’Ondaine, 1895-1910, Centre Pompidou

Félix Thiollier, un nom oublié de l’histoire de la photographie

L’œuvre de Félix Thiollier est celle d’un photographe amateur, qui, malgré 50 ans de pratique, ne s’est jamais intégré aux milieux photographiques parisiens. Photographe amateur et érudit local féru d’art et d’archéologie, Félix Thiollier décide, à 35 ans, d’abandonner la rubanerie familiale pour se consacrer à ses deux passions. L’exposition du musée d’Orsay met précisément en avant ces deux facettes de son activité dès lors : celle d’un défenseur du patrimoine forézien, tant bâti que paysager et celle d’un artiste photographe.

Félix Thiollier, Figure contemplant monts du Mézenc, Collection Julien-Laferrière

Félix Thiollier, Figure contemplant monts du Mézenc, Collection Julien-Laferrière

En défenseur du patrimoine régional, il publie en 1889 un ouvrage intitulé « le Forez pittoresque et monumental » qu’il illustre de ses propres clichés. La campagne forézienne figure parmi les premiers motifs qu’il saisit. Face à ces paysages dont il pressent la disparition prochaine, Félix Thiollier adopte une esthétique proche de celle des artistes de Barbizon dont il collectionne par ailleurs les œuvres. Proche de Auguste Ravier, un peintre local, Thiollier n’hésitera pas à poser son matériel au côté du chevalet de son ami, lui-même également photographe : leurs œuvres entretiennent d’évidents liens. La première partie de l’exposition est consacrée à ces photographies champêtres dont on admire la poésie. Dès ses débuts de photographes, Thiollier porte une attention particulière aux reflets sur les plans d’eaux et aux beaux effets atmosphériques, conférant à ses clichés une grandeur théâtrale.

Félix Thiollier, Etang à Mornand, Forez (Loire), Musée d'Orsay/photoRMN

Félix Thiollier, Etang à Mornand, Forez (Loire), Musée d’Orsay/photoRMN

Son intérêt pour les paysages champêtres de sa région natale l’amène à fréquenter les paysans dont il réalise de très émouvants portraits. Une dizaine sont exposés à Orsay. Loin des codes photographiques du portrait de l’époque, ses clichés surprennent par la proximité des modèles et marquent le visiteur par leur sensibilité et leur justesse.

Fumée des usines stéphanoises

La seconde partie de l’exposition présente une autre facette de l’œuvre de Thiollier photographe : ses vues industrielles stéphanoises. A la fin de sa vie, en effet, Félix Thiollier se passionne pour le paysage industriel de Saint-Etienne. Ses clichés sont un étonnant témoignage d’un bâti dont les ruines qui subsistent sont aujourd’hui élevées au rang de patrimoine.

Thiollier, Décor de fête ou de foire, Saint-Etienne(?), 1890 et 1910, Paris, musée d'Orsay/photoRMN

Thiollier, Décor de fête ou de foire, Saint-Etienne(?), 1890 et 1910, Musée d’Orsay/photoRMN

Image saisissante qui ouvre cette seconde partie d’exposition : un décor de théâtre usé, peuplé d’exotiques figures d’Asie et d’Amérique, de femmes au port de princesse, d’anges… Nous sommes sur un champ de foire. Dans l’ouverture de la toile relevée, une vieille femme courbée… et l’envers du décor ; une cour, les vestiges de quelques bâtisses abattues, un cabanon, le sol boueux, une échelle, des hommes, des poutres amassées. Plongée auprès des ouvriers des mines et aciéries stéphanoises.

Thiollier, La cokerie Verpilleux, environs de Saint-Etienne, Musée d'Orsay/photo RMN

Thiollier, La cokerie Verpilleux, environs de Saint-Etienne, Musée d’Orsay/photo RMN

Au visiteur contemporain, ces paysages charbonneux semblent irréels, magnifiés par d’extraordinaires effets atmosphériques saisis par Félix Thiollier. Du paysage champêtre aux paysages industriels, on retrouve ainsi le même goût des cadrages pittoresques, le même intérêt pour les belles lumières. Tas de crassier fumants, enfants parmi la ferraille, mineur poussant un tombereau, à Saint-Etienne, Félix Thiollier concentre son regard sur l’architecture des usines, les décharges, baignées d’une fumée vaporeuse, dans laquelle se détachent quelques silhouettes d’ouvriers, achevant de composer ces nouveaux paysages pittoresques.

Thiollier, Grappilleurs au sommet d'un crassier, Saint-Etienne, Musée d'Orsay/photo RMN

Thiollier, Grappilleurs au sommet d’un crassier, Saint-Etienne, Musée d’Orsay/photo RMN

Il faut venir ici avec une loupe pour véritablement voir. Voir la moue boudeuse de cet enfant à la casquette, l’expression goguenarde de cet adolescent, le sourire que l’on devine édenté de cet autre… Curieux amassés autour de l’appareil du photographe, grappilleurs indifférents à la présence du bourgeois amateur, il faut regarder ces visages…

Félix THIOLLIER, Mineurs à Saint-Etienne, vers 1900, musée Art moderne Saint Etienne

Félix THIOLLIER, Mineurs à Saint-Etienne, vers 1900, musée Art moderne Saint Etienne

Retrouvez toutes les informations sur cette exposition sur le site officiel du Musée d’Orsay