Un soir au Musée d’Orsay, tête à tête impressionniste

Début d’été, il fait beaucoup trop chaud à Paris : le jour, je me réfugie dans la fraîcheur des bibliothèques, le soir je profite de celle des musées. Le jeudi soir, c’est le musée d’Orsay qui fait nocturne. D’habitude, j’aime déambuler dans le hall et les espaces adjacents, mais ce soir, exceptionnellement, ce sont les impressionnistes que je veux voir. Cela fait plusieurs semaines que je travaille sur Pissarro et Sisley et je ressens le besoin d’être face à leurs œuvres. D’habitude la galerie des impressionnistes est noire de monde, mais en nocturne l’ambiance au cinquième étage est toujours un peu plus calme. Je sais que je ne verrai pas les raboteurs de parquet de Caillebotte, une de mes œuvres préférées, partie en voyage aux États-Unis pour quelques mois : elle reviendra en octobre, pour mon anniversaire.

La galerie des impressionnistes quelques instants avant la fermeture du Musée d'Orsay

La galerie des impressionnistes quelques instants avant la fermeture du Musée d’Orsay

La galerie du cinquième étage, c’est un cours d’histoire de l’impressionnisme mis sur les murs. Tout y est : les signatures prestigieuses, la touche claire, les portraits des personnalités clés, les paysages champêtres, la vie moderne… Mais ce soir, je n’ai pas envie de lire linéairement mon cours d’histoire de l’art, de chef-d’œuvre en chef-d’œuvre, mais plutôt de déambuler sans autre guide que la sensibilité et la sérendipité : voyageons de fenêtres ouvertes en souvenirs. Lire la suite de cet article »

Déambuler autour de l’atelier de Brancusi

C’est comme une faille spatiale dans le plan de Paris : vous êtes à la fois ici, et un petit peu ailleurs. Dans quelque chose qui garde le souvenir de l’atelier de Brancusi sans tout à fait être l’atelier de Brancusi.
À la bordure de la piazza, un bâtiment bas, à l’ombre du Centre Pompidou, toujours noyé sous les pigeons. L’entrée de cette annexe (gratuite) du musée d’art moderne est très discrète : rien ou presque n’indique ce que l’on trouve derrière les murs. Un espace blanc, une lumière diffuse et, au centre du bâtiment, une cage de verre. Dans la cage de verre, l’atelier de Brancusi.

Atelier de Brancusi reconstitué au Centre Pompidou, 2014.

Atelier de Brancusi reconstitué au Centre Pompidou, 2014.

Constantin Brancusi, un des plus célèbres artistes roumains, est arrivé à Paris en 1904. L’histoire de l’art retiendra ses colonnes sans fin, ses délicates têtes de femmes et ses oiseaux aux silhouettes élancées.

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Splendeurs des néo-Assyriens : les bas-reliefs du British Museum

Dans les galeries du British Museum, se déploient, sur des dizaines de mètres linéaires, d’immenses pierres finement sculptées en très bas reliefs. Ces précieux panneaux, excellemment conservés, sont les derniers vestiges des prestigieux palais de l’Empire néo-Assyrien, bâtis au nord de l’actuel Irak entre le IXe et le VIIIe siècle avant notre ère. Leurs décors et leurs inscriptions nous délivrent mille et un détails sur cette civilisation.

Roi néo-assyrien chassant : détail des ornements

Détail d’un bas-relief provenant de Ninive : roi chassant le lion, British Museum

Edit de mars 2015 : Ce billet traînait dans mes brouillons depuis plus de six mois, attendant que je rédige une suite sur les collections néo-assyriennes du musée du Louvre. L’actualité dramatique de ces derniers jours, et notamment la destruction des vestiges de Nimrud me poussent à le publier immédiatement, en hommage à l’une des civilisations qui m’ont le plus impressionnée durant mes études.

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Dans les réserves du musée national de l’Éducation

À Rouen, le musée national de l’Éducation s’apprête à rouvrir après un an de travaux. En attendant de découvrir les nouvelles expositions temporaires « 50 ans de pédagogie par les petits écrans », « les enfants de la Patrie (1871-1939) » et le parcours permanent, je vous emmène dans les nouvelles réserves externalisées, inaugurées en 2010 à un jet de pierre du musée de la rue Eau de Robec. Elles conservent, dans des conditions impeccables, les 950 000 artéfacts qui composent les collections du musée national de l’Éducation, et, fait remarquable, sont régulièrement ouvertes au public.  

Réserve du mobilier, Musée national de l'Education, Rouen

Réserve du mobilier, Musée national de l’Éducation, Rouen

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Une forêt de moulages : les Cast Courts du Victoria and Albert Museum

Lors d’une visite de l’immense Victoria and Albert Museum, consacré aux arts décoratifs, il ne faut pas manquer de se perdre dans les vastes Cast Courts où sont rassemblées les collections de moulages du musée.  Négligés tout au long du XXe siècle, ces artefacts regagnent, depuis deux décennies, leurs lettres de noblesse. Au milieu d’une forêt de plâtres, immergez-vous dans l’ambiance victorienne et redécouvrez l’intérêt de la copie et du multiple.

Cast Courts Victoria and Albert museum, moulages

Cast Courts, Victoria & Albert Museum : Lion (Allemagne, XIIe siècle) et portail de la Gloire (Santiago, Espagne, XIIe siècle)

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La Corderie Vallois, la mémoire vivante de l’Industrie rouennaise

Le long de la rivière du Cailly, à quelques kilomètres du centre-ville de Rouen, une vieille bâtisse du début du XIXe siècle abrite une ancienne manufacture transformée en musée industriel : la corderie Vallois. Un lieu vivant, où se raconte le passé industriel Seinomarin, dans le bruit assourdissant de quelques vaillantes tresseuses mécaniques encore en état de fonctionnement.

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Corderie Vallois : tresseuses mécaniques, juillet 2014

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Les faïences de Saint Porchaire

Témoin de la virtuosité atteinte dans les arts du feu en France durant la Renaissance, la « céramique de Saint Porchaire » demeure encore très mystérieuse. On ne sait rien ou presque des circonstances de production de ces pièces d’un raffinement extrême, dont seuls 70 témoins nous sont parvenus. 

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Une nuit des musées en banlieue

Pour cette dixième européenne des musées, le 17 mai 2014, pourquoi ne pas explorer les richesses culturelles de l’Ile-de-France? A contre-courant et loin de la foule parisienne, voici une sélection pour une nuit des musées banlieusarde et insolite! 

nuit-des-musees-2014

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La galerie des Sculptures et des Moulages – Château de Versailles

Depuis une quarantaine d’années, les petites écuries du château de Versailles servent d’entrepôt à 5000 statues : des marbres magnifiques et une cohorte de plâtres plus ou moins ravagés par le temps, issus des collections du Musée du Louvre, de l’Ecole des Beaux-Arts et de la Sorbonne. Le 2 mars prochain, le château de Versailles ouvre exceptionnellement les portes des Petites écuries. Une occasion unique d’admirer les pièces de la Galerie des Sculptures et des Moulages.

Edit du 3 avril 2014 : jusqu’à septembre 2014, la galerie sera ouverte le premier dimanche de chaque mois [Plus d’info]

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L’Art de ne jamais faire la queue au musée

Le Louvre, l’été : une file interminable serpente autour de la pyramide sous un soleil de plomb. Grand Palais, l’automne : une foule trempée se presse pour voir la dernière expo à succès sous une pluie torrentielle. Qui n’a jamais renoncé à voir une exposition devant les mètres et les mètres de queue qui le séparent de l’entrée d’un musée ? La file devant le musée, ce supplice interminable à vous faire haïr la culture à tout jamais, mais dont l’image est cependant fièrement exhibée à la une de quelques journaux nationaux, comme preuve d’une fréquentation record dans les musées français, pourtant discutable.

Longues files, immenses queues, attente interminable… pourtant si faciles à éviter … pour peu que l’on connaisse quelques astuces! Aujourd’hui, je vous livre mon guide de survie pour impatients assoiffés de culture.

Esplanade d'Orsay trente minutes avant l'ouverture du musée - été 2011

Esplanade d’Orsay trente minutes avant l’ouverture du musée – été 2011

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Laissez vous guider ! Les soirées jeunes médiateurs dans les musées

Visiter un grand musée peut se révéler très intimidant. Par quoi commencer ? Que regarder ?  Comment comprendre et apprendre quand on « n’y connaît rien » ? Comment profiter de ces musées « un peu chiant, avec un tableau, une étiquette, une sculpture, une étiquette… » ? Voici une rengaine que j’entends souvent dans la bouche de mes amis « non familiers des musées ». Il y a mille et une manières de rendre une sortie au musée plus vivante, plus enrichissante. L’une d’elles est de profiter des opérations « les jeunes ont la parole » : plusieurs musées parisiens proposent régulièrement des après-midi ou des soirées pendant lesquelles l’animation et la médiation des collections est confiée à des étudiants en histoire de l’art et en médiation.

photo: Musée du Louvre

photo: Musée du Louvre

Vendredi dernier, 300 étudiants bénévoles avaient investis les salles du musée du Louvre pour présenter au public une œuvre qu’ils avaient choisie et étudiée. Ici, pas de visite guidée ni de parcours imposé, c’est à la carte. Les étudiants, reconnaissables à leurs t-shirt orange et noir, sont positionnés devant les œuvres : libre au visiteur de les solliciter pour une courte présentation des pièces exposées. Prenant souvent la forme d’un dialogue, la médiation est personnalisée et intimiste. Les étudiants s’adressent à des groupes réduits (souvent moins de 3 auditeurs simultanés), ce qui facilite l’échange et les jeux de questions-réponses.

Le concept n’est pas spécifique au Louvre : de nombreuses institutions parisiennes offrent des opérations similaires en partenariat avec les écoles et universités parisiennes. Ainsi, on retrouvera des étudiants médiateurs au Musée d’Orsay et à la Cité de l’architecture certains jeudi soir. D’autres établissements ont préféré programmer ça le premier dimanche du mois, quand l’accès au musée est gratuit, afin de toucher le public le plus large. C’est ainsi le cas au Musée de Cluny et au Musée des années trente.

Pour beaucoup d’étudiants, participer à ces opérations est expérience formatrice marquante : c’est l’opportunité d’une première confrontation à la réalité du « face public ». Il faut prendre la parole devant des inconnus, s’adapter à l’auditoire, rendre son propos compréhensible et surtout transmettre sa passion ! Bien sûr, le public doit faire preuve d’une certaine indulgence : certains étudiants sont déjà rodés à l’exercice, auquel ils participent régulièrement, tandis que d’autres, plus jeunes, débutent à peine.

Opération "Les jeunes ont la parole" (JOP) au Musée du Louvre, 29 nov 2013, photo: Mathilde Ledur

Opération « Les jeunes ont la parole » (JOP) au Musée du Louvre, 29 nov 2013, photo: Mathilde Ledur

Prochaines dates (2014-2015)

En général, les opérations jeunes médiateurs ont lieu de novembre à avril.

    • dimanche 1 mars 2015 : Musée de Cluny – 13h30-17h30 – entrée gratuite pour tous
    • vendredi 13 mars 2015 : Musée du Louvre – 19h-21h – entrée gratuite pour les – de 26 ans
    • jeudi 19 mars 2015 : Cité de l’architecture – 18h30-20h30 – entrée gratuite pour les – de 26 ans
    • vendredi 20 mars 2015 : Musée du Louvre – 19h-21h – entrée gratuite pour les – de 26 ans
    • vendredi 27 mars 2015 : Musée du Louvre – 19h-21h – entrée gratuite pour les – de 26 ans
    • dimanche 5 avril 2015 : Musée de Cluny – 13h30-17h30 – entrée gratuite pour tous
    • dimanche 5 avril 2015 : Musée des Années 30 – 15h30-17h – entrée gratuite pour tous
    • dimanche 3 mai 2015 : Musée de Cluny – 13h30-17h30 – entrée gratuite pour tous
    • dimanche 5 avril 2015 : Musée des Années 30 – 15h30-17h – entrée gratuite pour tous
    • dimanche 7 juin 2015 : Musée de Cluny – 13h30-17h30 – entrée gratuite pour tous

A savoir : le musée du Louvre également des nocturnes « musique et danse » avec la participation des étudiants des conservatoires d’île de France. Des étudiants des écoles d’art (Estienne, Duperré, Boulle) participent également aux soirées « les jeunes ont la parole »

A lire chez les autres blogueurs : la sortie « que vois-tu? » de Frélie, « Les jeunes ont la parole » et « Un dimanche avec les étudiants à Cluny » vus par le Point Culture.

Tutoyer le musée du Louvre

Cinq ans d’études à l’École du Louvre, des milliers d’heures passées à arpenter les innombrables salles du palais du même nom. Munie d’une carte « magique » conférant un accès gratuit et illimité aux collections, j’ai appris à tutoyer le Musée du Louvre.

Pyramide du Louvre, automne 2013

Pyramide du Louvre, automne 2013

Le rapport qu’un étudiant en histoire de l’art entretient avec le musée est de l’ordre de l’intime et du singulier. Les trois premières années de l’École du Louvre impliquent de passer beaucoup de temps « au contact direct des œuvres », un principe qui est la marque de fabrique de l’institution. Aux centaines d’heures de travaux dirigés devant les œuvres (T.D.O.) se succèdent autant de temps à réviser dans les mêmes salles. Tout élève assidu en vient à connaître par cœur les chemins qui conduisent de la Victoire de Samothrace à la cour Marly, de la Joconde aux appartements de Napoléon. Les heures de pointe, les raccourcis, les jours tranquilles, les flux de touristes, la quiétude des salles isolées sont autant de choses que nous connaissons parfaitement.

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Mes expositions de la rentrée

Septembre, la rentrée littéraire, le début de la saison culturelle… Sur les blogs et dans les journaux spécialisés, voici que fleurissent les sélections des « expositions de la rentrée ». Orion en aéroplane n’y coupe pas, voici la liste des événements que j’attends avec impatience pour la fin d’année 2013.

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Les journées européennes du patrimoine (2013

Ah, les journées européennes du Patrimoine (JEP), l’orgie de l’amateur de culture… Des milliers de monuments ouverts gratuitement, des lieux secrets exceptionnellement accessibles, des rencontres avec des acteurs du patrimoine, des visites contés qui captivent toute la famille. Le programme est foisonnant ! Que faire, par où commencer, comment traquer les activités qui rendront votre week-end inoubliable ? Pour vous guider, je vous propose plusieurs sélections personnelles au sein du programme 2013, sur la base de mes expériences passées. 

Envie de plus d’idées? D’autres blogueurs vous proposent leurs sélections:

Les musées font leur pub (1) : le Musée de l’histoire de l’Immigration

Les campagnes de publicité des musées sont décidément très réussies ces temps-ci. Dernièrement, les parisiens ont vu fleurir dans le métro et sous les abribus les nouvelles affiches du musée de l’histoire de l’Immigration.

Nos ancêtres n'étaient pas tous des gaulois

Quatre slogans chocs imprimés en grosses lettres blanches sur des photographies sépia des années 60. « 1 français sur 4 est issu de l’immigration » ; « L’immigration ça fait toujours des histoires »; « Ton grand père dans un musée ! » ; « Nos ancêtres n’étaient pas tous des gaulois ». 

Visuellement, ça m’évoquait un peu la charte graphique des Archives Nationales, et j’ai d’abord penché pour la pub d’une O.N.G avant d’identifier l’institution concernée : la Cité de l’Immigration (dont le titre exact est aujourd’hui Musée de l’histoire de l’immigration).

Des slogans chocs pour susciter le dialogue et encourager la visite

Avec des phrases aussi directes, clairement ancrées dans les débats de société, dans un contexte de tension sociale chaque jour un peu plus perceptible, le pari était osé. C’est sans surprise que j’ai vu, dès les premiers jours de la campagne, les premiers vandalismes fleurir sur ces affiches. « Dehors ! Dehors ! » avait inscrit une main sur le slogan « 1 français sur quatre est issu de l’immigration ». « Malheureusement » précédait maintenant « Nos ancêtres n’étaient pas tous des gaulois » dans une autre station.

un français sur quatre

Un vandalisme à déplorer, mais qui – paradoxalement – témoigne de la pertinence de cette campagne publicitaire et marque son efficacité. Les affiches suscitent des réactions, qu’elles soient positives ou négatives. Certains débattent du sens des slogans dans les rames, avec un proche, un collègue ou un inconnu, d’autres taguent, mais rares sont ceux qui n’y jettent pas au moins un regard intrigué.

Percutantes, les affiches invitent au dialogue et inscrivent le musée dans l’espace public. Or, n’est-ce pas là l’un des buts des institutions muséales que de susciter l’échange, le dialogue ?

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Changer l’image d’un jeune musée [mé/mal]connu

La cité de l’immigration est une institution jeune. Ouverte en 2007, la nouvelle institution a été marquée par le contexte tendu dans laquelle elle est née : en pleine ère Sarkozy, la Cité a eu a souffrir d’une mauvaise appréhension du message qu’elle entendait délivrer.  Associée par la force des choses à l’action du pouvoir en place vis-à-vis des problématiques migratoires, la Cité a été perçue par une partie de l’opinion comme un musée instrumentalisé. Depuis, des élections sont passées par là, mais le musée est toujours taxé de « propagandisme » par ses détracteurs. Il est pourtant révélateur de souligner que l’institution n’a jamais été officiellement inaugurée et qu’elle attend toujours qu’un Président de la République s’y déplace!

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Autre difficulté pour la jeune cité : le lieu qui l’accueille n’est pas neutre. Le Palais de la Porte Doré, chef-d’œuvre de l’architecture art déco, construit pour l’Exposition coloniale de 1931, a longtemps abrité le Musée national des arts d’Afrique, d’Asie et d’Océanie dont les collections ont été versées au Musée du Quai Branly. Certains visiteurs y cherchent encore trop souvent ces collections, ou s’attendent à y découvrir l’histoire des colonies ou des Dom-Tom.

La campagne publicitaire a donc pour ambition de renouveler l’image du musée. En délivrant un aperçu plus clair du contenu du musée, il s’agit de conquérir de nouveaux publics et d’inciter à la visite. A tous, les affiches adressent le constat qu’ «un français sur quatre est issu de l’immigration » et que « Nos ancêtres n’étaient pas tous des gaulois ». Un quart des français dont ni l’histoire personnelle ni la généalogie n’est anecdotique puisque largement partagée au sein de la population. Sur la photographie, quatre écoliers regardent ensemble un territoire commun, patrimoine de la Nation.

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« L’immigration ça fait toujours des histoires » proclame une autre affiche, illustrée d’un jeune couple de danseurs à un bal populaire. C’est peut-être le slogan le plus osé de la campagne puisqu’il assume clairement le caractère polémique de son sujet dans le contexte social actuel. Un internaute a récemment suggéré sur twitter que l’on fasse précéder « histoires » de « belles », mais la photo dit ce que les mots taisent…

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Ton grand père dans un musée

« Ton grand-père dans un musée » interpelle directement le français dont un ancêtre a fait, il y a quelques décennies, le choix de la France. Ce slogan, qui vise ce quart de la France « issu de l’immigration » est symboliquement fort. Le musée est la vitrine du patrimoine, l’endroit où l’Histoire de la Nation s’expose. Entré au musée, l’immigrant d’hier est reconnu comme appartenant à cette Histoire au même titre que le serment du jeu de Paume, une relique royale ou la carte d’un électeur du XIXe siècle. D’ailleurs, le changement récent de l’intitulé de l’institution est révélateur de cette volonté : le titre de Musée, qui a remplacé celui du Cité lui donne une force symbolique nettement supérieure. Durant la dernière décennie, on a renommé à tour de bras des institutions en « cité » voulant véhiculer une image plus dynamique, jeune, vivante que le traditionnel « musée », jugé « poussiéreux ». Retour de balancier, on se rend aujourd’hui compte que le titre « cité » a surtout brouillé les cartes pour le visiteur qui découvre l’institution : on a des cités administratives, des cités des sciences, des cités sensibles, et…  une cité de la céramique, une cité de l’architecture… 

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Faut-il un musée pour l’histoire de l’immigration ? Réflexion d’une néophyte sur les musées « d’identité »

Un musée des Arts et traditions populaires (mort), un musée de l’histoire de France (à Versailles, fermé depuis longtemps et pour encore longtemps), un projet d’une maison d’histoire de France (enterré), un Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (nouveau-né), un musée de l’histoire de l’immigration… cinq institutions, l’une disparue, la seconde soustraite aux yeux du public, la troisième jamais concrétisée, les deux dernières très récentes, pour parler d’un même sujet : l’identité et de son histoire au sein d’une culture mondialisée. Nationales, régionales, locales ou communautaires, fallait-il donc tant de musées pour parler de l’identité, des identités ?

Je fais partie de ceux qui regrettent le défunt M.N.A.T.P. imaginé par Rivière dans les années 30 et ouvert au lendemain de la seconde guerre mondiale. Le MuCEM a hérité des collections d’arts et traditions populaires françaises mais son projet scientifique et culturel, axé, comme son titre l’indique, sur les Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, ne les exploitera pas à leur juste mesure. Le projet du MuCEM est pourtant louable et même nécessaire, mais avec de si riches collections, n’y avait-il pas de quoi faire vivre les deux musées, possiblement sous une direction commune ?

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Quant au Musée de l’histoire de l’Immigration, il est légitime en ce qu’il affirme comme appartenant à l’histoire nationale une partie de la population dont jusqu’alors on ne reconnaissait pas assez la place. Cependant, on pourrait reprocher à la Cité de l’immigration, en étant consacrée à la seule histoire des immigrants de l’isoler volontairement du reste de l’Histoire nationale. De ce fait, on pourrait réclamer un musée d’histoire de la Nation, qui traite tout autant des arts et traditions populaires régionaux que de l’immigration ou que de la Révolution. Bref, un véritable musée de l’histoire commune.

Note: cette réflexion n’est pas issue d’une expérience de visite personnelle des trois musées cités mais des échos de leurs programmes respectifs qu’en ont fait la presse et les réseaux sociaux. Il est donc totalement subjectif et potentiellement erroné.

Pour conclure en revenant à nos moutons, c’est-à-dire la campagne publicitaire de la Cité de l’Immigration, sachez qu’elle m’incite très fortement à la visite ! Ce sera l’occasion de revoir ma réflexion au regard du message délivré dans l’espace muséologique.

Pour aller plus loin: si le sujet vous intéresse, ne manquez pas l’interview de Mercedes Erra sur le blog Culture et communication (signalé par Louvre pour tous). Il y est rappelé que cette très belle campagne publicitaire a fait l’objet d’un mécénat de compétence : la RATP, JC Deceaux, Le Monde, TV Magazine et Psychologie ont gratuitement mis à disposition les panneaux d’affichage tandis que l’agence BetC s’est chargée de la conception graphique. Pour suivre les réactions des internautes à la campagne, il existe aussi un storify consacré à cette question.