Quiétude des images. Manière noires de Judith Rothchild

Le dernier billet que je vous ai livré était très intime, beaucoup plus que ceux que je publie habituellement ici. Récit à la première personne d’un moment en solitaire dans l’atelier de l’artiste Judith Rothchild, avec qui je partage beaucoup, à commencer par l’amour de l’estampe.

Judith Rothchild, Feathers, manière noire. Publiée avec l’autorisation de l’artiste, reproduction interdite.

Judith et moi, nous nous connaissons depuis quatre ou cinq ans. Nous nous sommes rencontrées un jour de juin, à la foire de l’estampe de Saint-Sulpice. Je devais écrire un compte-rendu de la manifestation pour les Nouvelles de l’estampe et Lise Follier-Moralès, une artiste que je connais, m’avait fortement encouragée à m’arrêter devant le stand de Judith, une des rares graveuses contemporaines à pratiquer la manière noire. J’avais admiré son travail, et nous avions longuement discuté. Nous nous sommes ensuite revues, de salons en expositions, jusqu’à ce que je descende découvrir le village du sud de la France où elle vit et travaille. Depuis, je ne fais pas un voyage dans la région de Montpellier sans lui rendre visite.

En mai dernier, j’ai passé dix jours en sa compagnie pour l’aider dans une tâche importante : l’établissement de son catalogue raisonné gravé, c’est-à-dire la liste de toutes les estampes qu’elle a créées. C’est une expérience très particulière que d’accompagner une artiste et amie dans ce travail, tant il est intime : il faut ouvrir tous les tiroirs, les placards, les portefeuilles, inventorier chaque image, exhumer des feuilles oubliées. Travail de mémoire, travail délicat : avec les gravures ressurgissent les souvenirs personnels, les moments de la vie dans lesquels sont nées telles ou telles oeuvres.

Le chantier de l’inventaire des gravures de Judith Rothchild. Judith me montrant l’un de ses autoportraits

Travail émouvant, captivant, travail fastidieux également : compter, recompter, mesurer, transcrire, photographier. Toute une rigueur, toute une méthode. Le cocktail des deux peut se révéler parfois éprouvant, épuisant, pour l’une comme pour l’autre.

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Dans l’atelier de Judith Rothchild

Ce texte a été écrit dans l’atelier de Judith Rothchild en août 2017. Je me promets de vous parler depuis très longtemps du travail de cette artiste dont je suis proche. Ceux qui me suivent sur Twitter ont pu vivre par procuration l’établissement de son catalogue raisonné, que j’ai effectué en mai 2018 et que je relatais sur les réseaux sociaux.
Si je publie aujourd’hui ce texte, c’est pour vous inciter à aller voir son exposition à la galerie de l’Echiquier à Paris, dont j’ai signé le texte d’accompagnement (16 rue de l’Echiquier, 10e arr., jusqu’au 23 novembre) et l’exposition que le musée Médard (Lunel, jusqu’au 16 mars 2019) consacre à la maison d’édition Verdigris, que Judith a fondée avec son compagnon Mark Lintott.

Judith Rothchild, Nid trouvé, manière noire. Publié avec l’autorisation de l’artiste, reproduction interdite.

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