Une sélection d’expositions pour l’automne 2018

C’est la rentrée et les « sélections d’expositions à ne pas manquer » fleurissent dans les magazines et blogs culturels. Orion en aéroplane n’y échappera pas, vu le succès que vous aviez réservé à ma sélection de l’automne 2017.
Je vous présente les dix expositions soigneusement choisies qui rythmeront mon automne. Quelques blockbusters que vous verrez partout, mais aussi des manifestations plus confidentielles, parce que plus pointues, en lien avec les grandes thématiques de ce blog…

Giuseppe Castiglione, Le Salon Carré au musée du Louvre, 1861, huile sur toile, 69 x 103 cm, Paris, Musée du Louvre

Ne sachant pas ce qui allait être accroché dans ces différentes expositions, j’ai choisi mes illustrations librement. 

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L’anatomie d’une fleur. Modèles en papier-maché du Docteur Auzoux

Une fleur géante s’effeuille, vous exhibant tous ses dessous : sépale, pétale, étamine, pistil. Pas de doute, vous êtes devant un modèle du docteur Auzoux. Au XIXe siècle, cet homme, médecin de formation, s’est spécialisé dans la fabrication d’écorchés aux vertus pédagogiques.

Fleur d’oeillet, modèle botanique en papier maché du Docteur Auzoux, XIXe siècle

Au musée national de l’Education, à Rouen, quelques-unes de ses créations sont à découvrir dans une exposition intitulée « Belles plantes ! Les modèles en papier mâché du Docteur Auzoux ». Lire la suite de cet article »

Précieux pastels : la collection du Musée du Louvre

Rencontrer la meilleure société du XVIIIe siècle, presque en chair et en os, cela vous dit ? C’est ce que le Musée du Louvre nous propose jusqu’au 10 septembre avec l’exposition « En société ». L’occasion d’admirer la plus belle collection de pastels anciens au monde et de s’offrir un troublant face à face avec les grands personnages de l’Ancien Régime, car tous les pastels exposés sont des portraits !

Gustav Lundberg, François Boucher, 1741, pastel, Paris, Musée du Louvre

Le Musée du Louvre peut s’enorgueillir de nombreuses choses : le fait de posséder la plus extraordinaire collection de pastels des XVIIe et XVIIIe siècles n’en est pas la moindre, quand on sait la rareté, la fragilité et la préciosité de ces oeuvres. Cent soixante numéros, de quelques cinquante artistes différents, essentiellement français – et parmi lesquels les plus grandes signatures : Maurice-Quentin de La Tour, Chardin, Perronneau… Presque tout l’âge d’or du pastel réuni ! Cette collection s’est pour l’essentiel constituée sous la Révolution et au cours des premières décennies du XIXe siècle, à partir des fonds de l’Académie royale de peinture et de sculpture, des saisies des biens des émigrés et des collections royales qui ornaient Versailles. Lire la suite de cet article »

Marathon des expositions parisiennes qui se terminent en juillet 2018

Ces dernières semaines, j’ai fait un marathon d’expositions. Avant de fuir Paris pour une partie de l’été, il fallait que je voie toutes ces expositions qui se termineront pendant mon absence et dont j’avais (trop) repoussé la visite.

Kupka, Printemps cosmique I, Huile sur toile, 1913-1914, Pargue, Narodni galerie v Praze

Je vous livre donc un compte-rendu de ces séances muséales, qui pourront orienter ceux d’entre vous qui passeront quelques jours à Paris au cours de l’été. Certaines expositions feront (ou ont fait) l’objet de billets plus détaillés sur le blog. Lire la suite de cet article »

Guernica sans Guernica, une exposition au Musée Picasso

Dans un précédent billet, je vous parlais de Guernica et de l’émotion que j’ai ressentie lorsque je l’ai vu, en vrai, pour la première fois.

En ce moment, le musée Picasso, à Paris, consacre une exposition à ce chef-d’œuvre qui a marqué l’art moderne. Une exposition Guernica, mais sans Guernica : l’œuvre ne peut plus quitter le Reina Sofia pour des raisons de conservation… et, de toute façon, jamais l’hôtel Salé du Marais n’aurait été en capacité d’accueillir la foule que le tableau aurait immanquablement déplacée.

Pablo Picasso, Guernica, huile sur toile, 1937, Musée Reina Sofia, Madrid.

Une expo Guernica sans Guernica, est-ce que cela vaut le coup ? Oui ! Du moins, moi, j’ai beaucoup apprécié la visite : redécouverte la genèse de l’œuvre, l’onde de choc qu’elle a provoquée… Le tout servi par un bel accrochage, comprenant un célèbre portrait de Dora Maar, de précieuses études dessinées, un superbe ensemble d’estampes, parmi les plus importantes réalisées par l’artiste. Bref, de quoi vous convaincre, j’espère, de faire le déplacement.

Scénographie de l’exposition Guernica à Paris, 2018

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Voir Guernica, en vrai

En 2015, j’ai fait un bref séjour à Madrid, une ville qui regorge de grands musées. Une des étapes obligées est la visite du Reina Sofia, qui abrite depuis 30 ans l’œuvre la plus célèbre de Picasso, Guernica. Qu’est-ce que ça fait de voir en vrai Guernica ?

La foule devant Guernica, Musée Reina Sofia, Madrid. Photo via Jean R (Tripadvisor, licence non connue)

Ce billet a été rédigé en 2016 et était depuis resté en brouillon. Je le publie finalement en écho à l’exposition Guernica, au musée Picasso (printemps-été 2018) : une exposition « Guernica sans Guernica » (le tableau ne voyage plus depuis 1981), mais néanmoins passionnante : je vous en recommande vivement la visite.

Pour mon premier voyage à Madrid, je ne tenais pas particulièrement à voir Guernica : je l’ai mille fois aperçu sur des pages de papier glacé, il est dans tous les cours d’histoire et m’a toujours — avouons-le — fait un peu peur.
Ayant un timing serré et étant face à une offre muséale exponentielle, j’ai favorisé les salles du Prado, mais j’ai néanmoins profité de la nocturne du mardi soir pour consacrer quelques heures aux salles du musée d’art moderne, le Reina Sofia. Lire la suite de cet article »

Israël Silvestre ou une invitation à la promenade dans la France du Grand Siècle

Des centaines d’estampes, des dizaines de dessins — moins connus, il est vrai — : voici l’œuvre d’Israël Silvestre, un des plus célèbres graveurs de vues topographiques du XVIIe siècle. Son crayon et sa pointe ont immortalisé les plus beaux points de vue de la France d’alors (on ne disait pas encore panoramas), façonnant et fixant l’image de quelques remarquables châteaux depuis disparus ou de perspectives urbaines aujourd’hui transformées.

Israël Silvestre, Vue du collège des Quatre-Nation, Plume et encre brune, noire et grise, lavis gris et brun-vert, vers 1670, Paris, Musée du Louvre

Israël Silvestre : en dehors des amateurs d’estampes et des passionnés du Grand Siècle, qui a retenu son nom ? Et pourtant, tant de fois ses gravures ont été reproduites ! Besoin d’évoquer un château du milieu du XVIIe siècle ? C’est certainement une gravure de Silvestre que l’on reproduira. Mais au-delà de ces quelques eaux-fortes tant de fois montrées, que faut-il retenir de sa carrière ?

Israël Silvestre, Château et parc de Meudon, vus du côté du village de Fleury, Graphite, plume et encre brune, lavis brun, aquarelle, 1687, Paris, Musée du Louvre

Jusqu’au 25 juin 2018, le Musée du Louvre consacre une belle exposition à Israël Silvestre, renouvelant profondément la connaissance que nous avons de cet artiste, notamment par la mise en avant de ses dessins, jusqu’alors injustement méconnus. Lire la suite de cet article »

Pieter de Josselin de Jong : des salons mondains aux usines métallurgiques

Lors de ma visite du Panorama Mesdag, que je vous relatais dans un précédent billet, le musée présentait une petite exposition temporaire consacrée au peintre Pieter de Josselin de Jong, dont je ne connaissais pas l’existence. Une chouette découverte que je souhaite partager avec vous.

Pieter de Josselin de Jong, Lamineurs, pastel, 1896, Museum Helmond

Du bruit, de la chaleur, la lumière du métal en fusion, des machines monstrueuses, des hommes en plein effort : voilà ce que je retiendrai de Pieter Josselin de Jong, artiste de la fin du XIXe siècle à la carrière protéiforme. Lire la suite de cet article »

Exquises Esquisses ou le feu de la création

Le 2 janvier 2017, je commençais l’année par les visites du musée des Moulages de Montpellier et du Pont du Gard, en compagnie de Jean-Luc Cougy. En 2018, les premières heures de janvier ont aussi été très culturelles avec la découverte du musée Magnin, – le seul ouvert à Dijon un mardi – et son exposition « Exquises esquisses », qui depuis Paris me donnait bien envie.

Antoine Jean Gros, Eléazar préfère la mort au crime de violer la loi en mangeant des viandes défendues, 1792, huile sur toile, Dijon, Musée Magnin

Il faut dire qu’il y a, autour de cette exposition, un battage médiatique assez important : on trouve des publicités jusque dans le métro parisien ! Lire la suite de cet article »

Le Pérou, bien avant les Incas !

De mes lointains cours d’histoire des arts des Amériques, j’avais gardé un souvenir assez émerveillé des céramiques des Mochicas, aussi appelés Moches. Ces merveilleux artéfacts — et la culture qui les a produits — sont à l’honneur cet hiver au Musée du Quai Branly avec l’exposition « Le Pérou avant les Incas ».

Bouteille à anse-goulot en étrier représentant un prêtre aveugle en prière, au visage scarifié, Moche III, 300-400 ap. J.-C., céramique modelée et peinte, Museo Huacas del Valle de Moche.

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Supplément à Orion : autour d’Hubert Robert

Chaque billet que je rédige fait naître en moi quinze idées de nouveaux billets. Telle lecture me fait découvrir tel oeuvre, tel nom me rappelle que je me suis promis de parler de cet artiste, un jour, sur le blog. Plutôt que de garder pour moi ma frustration, j’ai décidé d’adjoindre, régulièrement, aux billets d’Orion en aéroplane un Supplément, histoire de partager avec vous ces envies.

Hubert Robert, Le jardin du musée des Monuments français, 1803, huile sur toile, Paris, Musée Carnavalet. Détail

Le mois dernier, j’ai publié un billet sur l’exposition Hubert Robert et la fabrique des jardins. Il y a plusieurs années que je me promettais de parler sur le blog de cet artiste, qui compte parmi mes favoris. Mais comme pour tous mes sujets préférés, j’ai trop de choses à raconter, trop peur de mal m’y prendre, de ne pas réussir à faire à la fois complet et bref… L’exposition, dont mon amie Sarah Catala, est une des commissaires me donne donc l’occasion de parler de cet artiste sous un angle particulier, celui de « créateur » de jardins, avec tout ce que ce terme a d’ambiguïté, car il n’est ni architecte, ni jardinier, ni même entrepreneur. C’est un peintre de paysage, un dessinateur, un professeur de dessin : enfin tout ceci, vous l’apprendrez en lisant mon billet. Lire la suite de cet article »

Jean-François Millet, peintre (des) paysan(s) ?

S’il l’on demande à quelques personnes de donner les noms des artistes du XIXe siècle les plus importants, probablement qu’aucun d’eux ne citera Jean-François Millet. Pourtant, ce peintre est l’auteur d’une des œuvres les plus célèbres de son temps, L’Angélus. Un tableau si connu, si reproduit que l’on a fini par en oublier l’auteur, écrasé par l’icône.

C’est le peintre que le Musée des Beaux-Arts de Lille entend faire redécouvrir au grand public avec la rétrospective « Jean-François Millet » (13 octobre 2017 — 22 janvier 2018).

Jean-François Millet, Le bain de la Gardeuse d’Oie, 1863, Huile sur toile, Baltimore, The Waiters Art Museum.

Assez logiquement, l’exposition s’ouvre avec une évocation de l’extraordinaire postérité de L’Angélus, mille fois reproduit. Mais si, souvenez-vous, vous l’avez probablement déjà croisé ornant une boîte métallique à gâteaux chez vos grands-parents ou une poussiéreuse babiole à la brocante… Un couple de paysans, penchés dans un paysage désolé. Je l’avoue, j’ai toujours trouvé cette œuvre un peu sinistre et je me suis souvent demandé : pourquoi ? Pourquoi un tel engouement ? Est-ce parce qu’elle évoque l’image éternelle d’une France rurale et pieuse ? Lire la suite de cet article »

Les jardins pas si imaginaires d’Hubert Robert

Le oélèbre peintre de ruines Hubert Robert ne s’est pas contenté de représenter de poétiques jardins : il a aussi donné forme dans le réel aux paysages issus de son imaginaire. Hubert Robert, créateur de jardins, paysagiste avant l’heure, voici un pan méconnu de l’œuvre de cet artiste protéiforme… Méconnu, mais plus pour longtemps ! À La Roche-Guyon, une exposition (dont on devine qu’elle fera date) entend lever le voile sur le rôle d’Hubert Robert dans « la fabrique des jardins » des derniers feux du XVIIIe siècle.

Hubert Robert, Vue du parc de Méréville, 1791, huile sur toile, Collection particulière (détail)

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Les belles fleurs de Pierre-Joseph Redouté

Un parterre de fleurs, toutes plus belles les unes que les autres, voici ce que proposait le Musée de la Vie romantique tout l’été avec l’exposition Pierre-Joseph Redouté, le pouvoir des fleurs.

Pierre-Joseph Redouté, Tableau de fleurs, le fond représente un paysage, 1822, gouache sur vélin, Paris, Centre national des arts plastiques.

Pierre-Joseph Redouté (1759-1840) est un, sinon le plus, fameux peintre de fleurs de la fin du XVIIIe siècle et des premières décennies du XIXe siècle. Il s’est à la fois illustré par ses sérieuses planches botaniques — d’une exactitude remarquable, recherchées des scientifiques — et par ses exubérants bouquets peints, prisés des clientes les plus huppées, à commencer par l’Impératrice Joséphine. Mais Redouté, c’est aussi un extraordinaire fournisseur de modèles dont les dessins vont influencer la création pendant plusieurs décennies.

Scénographie de l’exposition au Musée de la Vie Romantique

L’exposition du Musée de la Vie Romantique s’attachait à traiter ces différents aspects, replaçant Redouté dans le contexte de son époque. L’artiste naît au milieu du XVIIIe siècle, dans les Ardennes Belges. Doué pour le dessin, il fait son apprentissage de peintre de fleurs en Flandres et en Hollande, une terre où s’est épanouie, depuis le XVIIe siècle, une belle tradition de tableaux de bouquets. Redouté s’inspire d’ailleurs directement de cette tradition quand il peint sa Vierge pastourelle, totalement dans l’esprit des Madones entourées de couronnes de fleurs, typiques de la production anversoise du siècle d’or. Lire la suite de cet article »

Trésors néerlandais : les collections d’Aix-la-Chapelle invitées au Musée des Beaux-Arts de Reims

Intriguée par les photographies postées sur Twitter par Maxence Hermant de l’exposition temporaire du Musée des Beaux-Arts de Reims, j’ai profité de mon séjour en Champagne pour aller la découvrir de mes propres yeux. En fait d’exposition, c’est plutôt un accrochage temporaire d’une douzaine d’œuvres issues des collections du Suermondt-Ludwig-Museum d’Aix-la-Chapelle. Pour fêter les cinquante ans de jumelage entre ces deux villes, leurs musées respectifs ont décidé d’échanger, le temps de quelques mois, une douzaine d’œuvres de leurs collections. Les Corot du MBA de Reims se sont offert un séjour en Allemagne, remplacés sur les cimaises par une sélection de belles pièces de la peinture néerlandaise du XVIIe siècle conservées à Aix-la-Chapelle.

Frans Snyders, La chouette appelant, autour de 1620, Huile sur bois, 64x 106 cm, Suemrondt-Ludwig Museum, Aix-la-Chapelle.

Dans le cadre de cette programmation anniversaire, le Suermont Ludwig Museum a donc choisi de montrer au public rémois un ensemble représentatif de ce qui forme le point fort de sa collection : la peinture néerlandaise du XVIIe siècle. La sélection est constituée de douze œuvres, des natures mortes, quelques scènes de chasse et une représentation de basse-cour.

L’accrochage est certes restreint, mais il brille par sa cohérence et la beauté des œuvres, qui occupent longuement le regard… il y en a des choses à voir ! Je regrette bien que la photo soit interdite dans cette exposition (quelle bêtise !), car j’aurais aimé vous montrer tous les détails qui ont retenu mon attention.

L’affiche de l’exposition « Regard sur… chefs-d’oeuvre néerlandais du Suermondt-Ludwig-Museum d’Aix-la-Chapelle » au Musée des Beaux-Arts de Reims

Je vais, avec l’aide du Petit Journal, fascicule gratuitement remis à tous les visiteurs (quelle bonne initiative !) et aux clichés, souvent médiocres, que l’on trouve sur internet, tenter de vous résumer ma visite. Lire la suite de cet article »