La lumière dorée du soleil en noir et blanc : l’oeuvre gravé du Lorrain

Si l’oeuvre peint et dessiné de Claude Gellée, dit Lorrain (1600-1682) est très exposé, commenté et admiré, ses estampes demeurent confidentielles. Elles sont certes peu nombreuses (44 à 51 selon les catalogues) mais figurent parmi les chefs-d’oeuvre de l’eau-forte libre : Le Lorrain y démontre une inventivité technique et esthétique exceptionnelle.

Jusqu’au 7 juin 2015, un accrochage du Petit Palais permet de découvrir une vingtaine d’estampes du Lorrain.

Claude Gellée dit Le Lorrain, Scène de port avec soleil levant, eau-forte, cinquième état suit huit, 1634, Metropolitan Museum of Art, New-York

Claude Gellée dit Le Lorrain, Scène de port avec soleil levant, eau-forte, cinquième état sur huit, 1634, Metropolitan Museum of Art, New-York

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Belles impressions : le salon de l’estampe 2015

Le dernier week-end d’avril avait lieu au Grand Palais le salon international du livre rare, de l’autographe, de l’estampe et du dessin. Devant l’enthousiasme qu’ont suscité les photos que j’ai postées sur les réseaux sociaux, j’ai rédigé un compte-rendu de ma visite au salon.

Salon international de l'estampe, Grand Palais, 2015

Salon international de l’estampe, Grand Palais, 2015

Il ne s’agit en fait pas d’un, mais de deux salons qui ont lieu concomitamment sous la nef du Grand Palais : le salon du livre et de l’autographe d’une part, et le salon de l’estampe et du dessin d’autre part. Le premier, organisé par le syndicat national de la librairie ancienne et moderne, rassemblait 160 exposants, tandis que le second, organisé par la chambre syndicale de l’estampe, du dessin et du tableau, était plus modeste, avec seulement une trentaine de stands. Plus petit, certes, mais avec beaucoup à voir : j’ai passé deux après-midi à arpenter les allées et à contempler de belles pièces. Lire la suite de cet article »

Le phallus phénoménal de Vivant Denon

Curiosité connue des amateurs, le phallus phénoménal appartient à un ensemble à part de l’œuvre gravé de Vivant Denon (1747-1825), le recueil priapique, composé de 23 estampes licencieuses.

Phallus Phénoménal, estampe de Vivant Denon

Dominique Vivant Denon, Le Phallus Phénoménal , eau-forte, avant 1793, exemplaire du British Museum

Plus que pour son œuvre gravé, Vivant Denon est connu du public pour son rôle dans l’entreprise du Voyage en Egypte et pour son poste de premier directeur du musée du Louvre. Mais Denon fut aussi un graveur amateur et passionné, doublé d’un collectionneur acharné d’estampes. S’il a commercialisé certaines de ses œuvres, il n’a jamais cherché à vivre véritablement de cet art, sinon durant la Révolution. En 1792, alors qu’il traversait des difficultés financières, il rassemble sous le titre de recueil priapique 23 estampes à sujet érotique qu’il a gravées durant les dix années précédentes. Ces pièces, hétérogènes, sont pour certaines sorties tout droit de son imagination ; d’autres  transcrivent des scènes érotiques qu’il a observées sur les vases antiques ou sur les parois des murs d’Herculanum pendant ses longs séjours en Italie.

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Charles Meryon et Paris, entre réalisme et fantastique

Il semblerait presque qu’une invention de Jules Verne ait envahi une vue gravée de Paris comme en produisaient de nombreux aquafortistes de la seconde moitié du XIXe siècle. Nous sommes à l’extrémité nord de la place de la Concorde. La façade latérale du ministère de la Marine se dresse, massive, à notre gauche. Le ciel est dégagé, le temps clair. Mais la foule s’agite : tous ont les yeux braqués vers le ciel. Les chevaux de la garde s’affolent tandis que des coups de fusil détonnent. On tire en l’air. Dans le ciel a surgi un étrange cortège d’êtres volants : entouré d’un escadron de poissons, un char tiré par sept chevaux survole Paris. À ses côtés vogue une pirogue mue par des ailes.

Vision fantasmagorique d’un Paris envahi de créatures étranges, cette estampe est l’œuvre d’un graveur fameux et torturé, Charles Meryon, figure emblématique et singulière, qui illustre le renouveau de l’eau-forte au milieu du XIXe siècle.

Charles Meryon, Ministère de la Marine, eau-forte, 6ème état (détail)  Gallica/BnF

Charles Meryon, Ministère de la Marine, eau-forte, 6ème état (détail) Gallica/BnF

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A la découverte de l’URDLA, Centre international de l’estampe et du livre

Installée à Villeurbanne, l’URDLA – Centre international de l’estampe et du livre est un lieu d’art contemporain dédié à l’estampe. Structure unique en Europe, elle perpétue un savoir-faire traditionnel, initie des artistes aux techniques de l’estampe et accompagne les recherches de ceux qui en ont fait leur moyen d’expression de prédilection. Lors de mon dernier séjour lyonnais, j’ai été reçue par le directeur de l’URDLA, Cyrille Noirjean, qui m’a accordé un entretien passionnant, la matière du présent billet (et de plusieurs autres, qui ne sauraient tarder à venir).

Matrice linogravée d'une oeuvre de Damien Deroubaix, El Sueno, URDLA.

Matrice linogravée d’une oeuvre de Damien Deroubaix, El Sueno, URDLA.

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Les voyages pittoresques et romantiques dans l’Ancienne France

Monument de l’édition du XIXe siècle, incontournable entreprise de l’histoire patrimoniale française, les Voyages pittoresques et romantiques dans l’Ancienne France formaient jusqu’à récemment un ouvrage aussi inaccessible que célèbre. Lourds, peu maniables et extrêmement précieux, les dix-neuf tomes des Voyages, conservés avec soin dans les bibliothèques, ne se dévoilaient qu’aux yeux des spécialistes. Aujourd’hui, tout un chacun peut les feuilleter librement grâce à la campagne de numérisation menée par la Bibliothèque nationale de France. À la suite de l’exposition « La Fabrique du romantisme » au Musée de la Vie Romantique, je vous propose de découvrir quelques-unes des 3282 planches qui illustrent cette fabuleuse aventure éditoriale.

 Fragonard, lithographié par Engelmann, Ruine du Palais de la Reine Blanche à Liry, Voyages (...), Ancienne Normandie, tome 2, 1824, Gallica/BnF

Fragonard, lithographié par Engelmann, Ruine du Palais de la Reine Blanche à Liry, Voyages (…), Ancienne Normandie, tome 2, 1824, Gallica/BnF

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Une journée à la chalcographie, l’impression d’une estampe

Il y a toujours quelque chose de fascinant à observer lorsqu’on passe dans les locaux des ateliers d’art de la Réunion des Musées Nationaux (RMN). Lors de ma dernière visite, quelques jours avant Noël, je rencontre Lucile Vanstaevel, jeune imprimeur d’art anciennement apprentie et employée depuis quelques mois à la Chalcographie du Louvre. Elle tirait une planche figurant les ponts de Paris, gravée vers 1910 par Caroline-Helena Armington (1875-1939). L’occasion de décrire le savoir-faire perpétué ici, ou « comment imprime-t-on des matrices anciennes ? ».

Impression d'une estampe à la chalcographie du Louvre

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Une matrice inachevée de Gustave Doré

L’œuvre de Gustave Doré est foisonnante : des milliers d’illustrations contenues dans les pages de monumentaux ouvrages, accompagnant les textes de Cervantes, Rabelais, La Fontaine… Paradoxalement, peu de dessins préparatoires subsistent de ces gravures. Et pour cause : le multiple que nous admirons est né de la destruction de l’œuvre originale. 

Gustave Doré et Héliodore Pisan, "Et on acheva de laver Don Quichotte", matrice inachevée (gouache sur bois), vers 1860, BnF, réserve du département des Estampes et de la photographie (détail)

Gustave Doré et Héliodore Pisan, « Et on acheva de laver Don Quichotte », matrice inachevée (gouache sur bois), vers 1860, BnF, réserve du département des Estampes et de la photographie (détail)

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Enquête à propos d’un lot de matrices de cuivre : épisode 2

Il y a presque deux ans (déjà !) je recevais à Noël un lot de matrices anciennes sans aucune indication sur leur provenance. Je m’étais lancée dans l’identification de ces cuivres, avec la volonté de diffuser sur le blog les étapes de ma recherche. Malheureusement, je n’ai jamais eu le temps d’écrire la suite du premier épisode, bien que mon enquête ait progressé. Presque deux ans plus tard, je vous livre donc l’identification des trois premières matrices, en espérant dévoiler la suite dans des délais plus raisonnables ! 

Chodowiecki danse  matrice 1780 eau forte

Daniel Chodowiecki, La danse, détail de la matrice, 1780.

Pour relire le premier épisode, cliquez ici

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Entre mythe et réalité, Londres vu par Gustave Doré

A en observer le nombre de visites guidées proposées aux touristes dans l’East End, le Londres populaire de la fin XIXe siècle fait encore frissonner les imaginations : ruelles sombres de Whitechapel, ballets des dockers, crimes de Bricklane, misère des prostituées… Si le souvenir est fort, il faut se demander à quelles images se réfère notre mémoire collective. Quelques adaptations cinématographiques de Dickens, une vignette d’un journal de faits divers titrant en 1888 sur Jack l’Éventreur, et, surtout, des illustrations fascinantes de Gustave Doré. En effet, vers 1870, l’artiste, qui séjourne alors régulièrement à Londres, illustre l’un de ses chefs-d’oeuvre, London, a pilgrimage, qui va marquer la culture visuelle de toute une époque. Frappantes, ses images du petit peuple londonien sont-elles pour autant le reflet d’une réalité ? Ne témoignent-elles pas plutôt de la vision fantasmée d’un illustrateur poète à l’imagination débordante? 

Londres, banlieue, misère, rail, Gustave Doré

Gustave Doré, Over London by rail, planche pour London, a pilgrimage, 1872, BnF/Gallica

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De sanguine, de pierre noire et d’encre, dessins français du XVIIe siècle

Il ne vous reste que quelques jours pour voir l’exposition « Dessins français du XVIIe siècle » et y admirer quelques-uns des fleurons du département des Estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France, dont certains sont des inédits récemment redécouverts.

Michel corneille, dessin Hercule

Michel Corneille le père, Hercule, pierre noire avec rehauts de craie blanche, BnF

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Fêtons l’estampe – 26 mai 1660, la gravure comme art libre

Le 26 mai, des dizaines d’ateliers, musées, galeries à travers toute la France fêtent l’estampe. Mais pourquoi cette date, le 26 mai? Ce jour là, on commémore un événement majeur de l’histoire de l’estampe, l’arrêt de Saint-Jean-de-Luz, qui, le 26 mai 1660 confirme la gravure comme un art libre.

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Abraham Bosse, L’atelier du graveur au burin et à l’eaue-forte (détail), 1643, BnF/Gallica

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De Picasso à Jasper Johns, l’atelier d’Aldo Crommelynck

Pablo Picasso, Francis Bacon, Antoni Tapiès, Joàn Miro : voici quelques grands noms qui suffisent à évoquer toute la vitalité de l’estampe d’après-guerre. Mais les maîtres qui ont façonné et façonnent encore l’estampe contemporaine ne sont pas seulement les artistes-graveurs : les imprimeurs d’art et les éditeurs jouent également un rôle majeur dans ce domaine. Jusqu’au 13 juillet 2014, la BnF rend hommage à l’un des plus brillants artisans de l’estampe contemporaine, Aldo Crommelynck, imprimeur d’art. 

Red Grooms, Portrait of AC, 1994, Eau-forte et aquatinte, BNF. Red Grooms portraiture Aldo Crommelynck entrain de travailler sur une de ses matrices

Red Grooms, Portrait of AC, 1994, Eau-forte et aquatinte, BNF. Red Grooms portraiture Aldo Crommelynck entrain de travailler sur une de ses matrices

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Les coffrets à estampe

Gallica s’est récemment enrichi de 15 « coffrets à estampe », précieux trésors de la Réserve du département des Estampes et de la photographie. Caractérisées par la présence d’une image imprimée au revers de leur couvercle, ces boîtes datées de la fin du XVe siècle ont fait couler beaucoup d’encre, tant leur usages demeurent mystérieux.

Coffret à estampe à la Crucifixion, vers 1490/1500, Gallica/BnF

Coffret à estampe à la Crucifixion, vers 1490/1500, Gallica/BnF

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L’âge d’or du papier peint est dans Gallica

Le département des estampes et de la photographie de la BnF conserve une singulière collection d’échantillons de papiers peints de la fin du XVIIIe siècle. Constituée entre 1799 et 1803 à la faveur des lois du dépôt légal mises en place pendant la période révolutionnaire, cette collection rassemble 2250 échantillons aux couleurs extraordinairement bien conservées. Jusqu’à leur numérisation en octobre 2007, ces pièces étaient très difficiles d’accès, leur fragilité rendant quasi impossible leur consultation. Or, ce corpus est une source riche et parfaitement documentée pour qui s’intéresse à l’histoire du papier peint à la fin du XVIIIe siècle : tous les échantillons sont inscrits du nom de leur fabriquant, du numéro de catalogue et de leur date de dépôt…

Jacquemart et Bénard , papier peint à motif répétitif, 1803

Jacquemart et Bénard , papier peint à motif répétitif, 1803

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