Beaux Dégâts fait un tour par Lyon

Facebook m’a appris il y a peu que se tiendrait à Lyon la première édition de Beaux Dégâts hors de Montréal! Beaux Dégâts, c’est un concept fabuleux inventé il y a deux ans à la Fresh Paint Gallery : une soirée, de la musique, de la bonne humeur et une battle de graffeurs! 

Beaux dégats, septembre 2012, Fresh Paint Gallery, Montréal

Beaux dégats, septembre 2012, Fresh Paint Gallery, Montréal

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Accumuler le paysage urbain

C’était il y a un peu plus d’un mois, je traversais le Marais, ralliant la BPI depuis les Archives Nationales. Nous étions entre chien et loup, et comme j’aime le faire, j’explorais aléatoirement les combinaisons de ce chemin quotidien. Au détour de la rue des Blancs-Manteaux, la niche d’une fenêtre murée. Je ne l’avais jamais remarquée auparavant. Dans l’ouverture aveugle, un artiste des rues a niché une ville miniature et immense. Une invitation au voyage lointain et immobile. 

Collage de Popeye, Rue des Francs Bourgeois, Paris 3e, février 2014

Collage de Popeye, Rue des Francs Bourgeois, Paris 3e, février 2014

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Squat le BLOC, le clap de fin…

En octobre, j’avais visité le squat LE BLOC (19e arrondissement) dans le cadre des journées portes ouvertes. Séduite par les pièces de graff et de street-art qui rythment les murs du squat et par la rencontre avec quelques artistes sympathiques, je comptais y revenir pour un reportage. Malheureusement, il est désormais trop tard. Le 6 décembre, le squat a été évacué, privant 170 personnes de logement et/ou d’atelier. 

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Le squat le BLOC (Bâtiment Libre Occupé Citoyennement) animait depuis plus d’un an la vie culturelle du quartier de la Mouzaïa, au fin fond du XIXe arrondissement de Paris. Installé dans un (moche) immeuble de 7000 m2 – qui abritait auparavant la Direction régionale des Affaires sanitaires et sociales d’île de France -, le BLOC aura été un des plus ambitieux squats de la capitale : il a été tout à la fois résidence d’artistes, incubateurs pour start-up et associations citoyennes, hackerspace, galerie d’art, lieu de cours…

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On y trouvait en effet les ateliers de quelques 160 artistes, le hackerspace Blackboxe (qui a participé à museomix 2013), des musiciens, un ciné-club, des salles de concert…

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Lors de ma (trop rapide) visite, j’avais été marquée par le nombre de belles pièces de graff et de street art qui ornaient les murs du rez-de-chaussée, seul espace librement accessible aux visiteurs. Les étages et sous-sol dissimulaient mille autres trésors, qui se dévoilaient uniquement lors de visites guidées organisées par un bénévole. Contrairement aux blogueurs du Mag de Poche et à Wonder Brunette, je n’ai pas eu la chance de les suivre. Et comme je regrette…

Pour en apprendre plus:

La Tour XIII – Paris

Depuis dix jours, toute la presse parle de la Tour XIII, cette « expérience artistique » (il n’y a aucun mot juste pour qualifier ce projet) hors du commun. Pendant de longs mois, sous l’égide de la galerie Itinerrance, une centaine de graffeurs venus du monde entier ont œuvré dans un immeuble voué à la démolition. Avant la disparition définitive du bâtiment et des peintures qu’il renferme, la Tour XIII est ouverte au public pour trente jours.

Pantonio, Tour XIII, 2e étage

Pantonio, Tour XIII, 2e étage

Tous ceux qui l’ont vu vous le diront : le buzz que ce projet suscite est complètement légitime tant cette expérience est extraordinaire, les intervenants qu’elle a mobilisé divers et les œuvres qui en résultent d’une qualité incontestable. La visite est folle, remuante, surprenante et assurément incontournable !

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La rue Tailleferre prend des couleurs avec l’association Cultures Pas Sages

Samedi 6 juillet, ce sont les premières vraies grosses chaleurs estivales sur la région parisienne. Le soleil de plomb n’a pourtant pas découragé les six graffeurs venus mettre quelques couleurs sur l’immense mur gris de la rue Germaine Tailleferre. Le rendez-vous était immanquable puisqu’il s’agissait du premier événement organisé par une toute nouvelle association, Culture Pas Sages.  

Rasty (détail)

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Da Cruz, un artiste ultralocal et multiculturel

Da Cruz, enfant du XIXe arrondissement, colore depuis plus de dix ans les murs de son quartier en plein bouleversement social et urbain. Engagé sur ces problématiques actuelles, il a mis son travail artistique au service de la communauté multiculturelle qui habite l’est parisien. A l’occasion du lancement de l’association Cultures Pas Sages, j’ai pu longuement discuter avec cet artiste. 

De grands masques colorés

Si vous vous êtes déjà baladés dans le quartier de l’Ourcq (Paris XIXe arrondissement), vous avez sûrement croisé l’une de ses œuvres : de grands masques colorés, des totems hiératiques et des figures sympathiques, un étrange mélange de diverses influences artistiques (notamment précolombiennes et africaines), le tout remarquablement réalisé sur le plan technique.

Da Cruz, quinzaine du hip-hop, Paris, berges de Seine, 5 juillet 2013

Da Cruz, quinzaine du hip-hop, Paris, berges de Seine, 5 juillet 2013

Da Cruz, une figure du XIXe arrondissement

Depuis 10 ans, à la faveur de grands plans d’urbanisme, les abords du canal de l’Ourcq se « boboïsent » à leur tour. L’ancienne usine du chauffage parisien a été démolie il y a quelques mois, et va bientôt laisser place à de nouveaux logements. Les immeubles les plus insalubres sont désormais murés, attendant dans un futur proche les pelleteuses. Au gré des chantiers, la population change, et les habitants les plus précaires sont contraints de partir, chassés par une augmentation galopante du coût de la vie. Amoureux de ce quartier multiculturel où il a grandi, Da Cruz fait le constat de ces transformations urbaines et sociales. Soucieux d’attirer l’attention sur ce nouveau « Paris qui s’en va », il a choisi son arme : la peinture.

Dernier vestiges de l'ancienne usine du chauffage parisien

Dernier vestiges de l’ancienne usine du chauffage parisien (juillet 2013)

Da Cruz a peint les façades des immeubles murés, les parois des îlots voués à la démolition, les murailles qui encerclaient l’usine, les contreforts du chemin de fer de la rue de l’Ourcq. En enjolivant ces murs lépreux, ces témoins du Paris désormais d’hier, il entendait leur offrir un ultime coup de projecteur avant leur disparition définitive ; retenir une dernière fois le regard du passant sur ces bâtiments si familiers qu’ils en étaient devenus invisibles. « Une thérapie par la couleur », en quelque sorte.

Quand les pelleteuses sont arrivées, les riverains ont déploré la disparition des créations de Da Cruz et de ses amis graffeurs. Car leurs œuvres étaient devenues un véritable « patrimoine » commun, un fragment de l’identité visuelle du XIXe.

Fresque au bord du Canal de l'Ourcq (disparue)

Fresque au bord du Canal de l’Ourcq (disparue)

Appréciées des habitants du quartier, les œuvres de Da Cruz sont devenues un véritable patrimoine local. Il n’est pas rare d’entendre les passants commenter les dernières apparitions de ses masques. Parfois, la contemplation d’une pièce pousse deux inconnus à engager le dialogue. C’est exactement ce que l’artiste recherche : susciter des réactions, créer du lien social, faire stationner les habitants dans un espace qui est le leur. C’est aussi ce qui l’incite à peindre en plein jour,  comme au début du mois de juillet lors de l’événement organisé par l’association Cultures Pas Sages. Sept graffeurs s’étaient réunis, le temps d’un après-midi, pour orner de couleurs le long mur de la rue Germaine Tailleferre. Sur le trottoir, un petit attroupement s’était formé, observant le travail en cours, discutant de la couleur des murs du quartier, des chantiers à venir, du prix de l’immobilier. Et de l’art. Ce samedi là, étaient rassemblés des promeneurs du week-end, des riverains en famille, les personnes âgées de la maison de retraite voisine, des jeunes du quartier en vacances. Autant de gens, qui, d’ordinaire, se croisent sans avoir l’opportunité d’échanger quelques mots.

Durant ces moments privilégiés, Da Cruz garde l’oreille attentive aux réactions et prend un réel plaisir à poser sa bombe pour répondre aux questions. Revient alors souvent celle de la définition du Street-Art. Da Cruz aime assurer ce qu’il appelle le « service après-vente » et en profite pour nuancer les oppositions habituellement énoncées : le tag vs le Street-Art, les créations légales vs les créations illégales.

Rue de l'Ourcq (décembre 2012)

Rue de l’Ourcq (décembre 2012)

Si les explications de Da Cruz sont si éclairantes, elles sont le reflet de son long parcours, de l’adolescent en recherche d’un moyen d’expression à l’artiste reconnu dans les sphères institutionnelles mêmes. Da Cruz, dont la technique m’impressionne tant, est un autodidacte. Son cursus n’a été validé par aucune école, sinon celle de la rue. Adolescent, baigné dans la culture hip-hop, il commence à graffer en s’emparant d’un marqueur. Le tag devient une façon d’exister en bravant les interdits. Au blaze rapidement tagué succède la recherche d’un style. Conscient qu’il faut se démarquer pour véritablement exister, il singularise son trait, tout en explorant, selon un schéma classique, de nouveaux outils : les marqueurs, puis les bombes. Plus tard, de fil en aiguille, Da Cruz en arrivera au pinceau. Sa technique s’améliore, ses motifs se diversifient. « La rue, c’est l’école en accélérée. Une expérimentation continuelle, un apprentissage mutuel. »

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Da Cruz rue Tailleferre, juillet 2013

Sa pratique, illégale, est toujours de l’ordre du hobby, alors qu’il enchaine les petits boulots. « Ca devient ton oxygène, le truc qui te permet de supporter les tafs merdiques. Avant que je puisse m’avouer que c’était ma vie, et que ça devienne mon boulot, ça a pris des années. Mais ça faisait parti du chemin, ça m’a permis d’expérimenter différentes facettes de la société ».

Un goût prononcé pour le multiculturalisme

J’avais repéré les créations de Da Cruz dès mes premières virées street-art dans l’est parisien. J’appréciais beaucoup ses pièces qui me rappelaient le travail de Labrona, dont j’avais pu admirer les oeuvres à Montréal. J’ai mis un nom et un visage sur ces pièces que j’appréciais à l’occasion du « M.U.R. Oberkampf » de janvier 2013, sans avoir l’occasion d’échanger avec Da Cruz. Ses créations me plaisaient par leur beauté et leur technique aboutie mais aussi par les nombreuses références artistiques que j’y décelais. Ses masques n’étaient pas sans m’évoquer les œuvres que l’on peut observer au Musée du Quai Branly, des pièces d’Amérique du Sud, d’Afrique et d’Océanie. Des inspirations que Da Cruz m’a confirmées.

Da Cruz au M.U.R Oberkampf

Da Cruz au M.U.R Oberkampf

Enfant, Da Cruz a découvert les arts précolombiens à travers le dessin animé Les merveilleuses cités d’or. Sa pratique artistique grandissante et sa curiosité l’ont poussé, plus tard, à s’intéresser aux arts dit premiers, notamment l’art africain et à la création moderne et contemporaine. Cette période de maturation a eu lieu avant l’explosion d’Internet et il a fallu aller chercher les œuvres dans les musées, dans les livres. Un job alimentaire au Grand Palais a été un tremplin pour « piocher dans ce grand inconnu ». Puis des voyages en Afrique et en Amérique du Sud lui ont permis de se confronter directement à « l’ailleurs » et à « l’autre ».

Fresque Paris Hip-Hop, 5 juillet 2013

Fresque Paris Hip-Hop, 5 juillet 2013

Aux yeux de Da Cruz, le Street Art fait parti d’un grand tout, il est un maillon dans l’histoire de l’art contemporain. Parmi les sources qui marquent sa pratique artistique personnelle, il y a donc les arts dits premiers, mais aussi le Pop Art. Dans ceux-ci, comme dans la peinture de Kandinsky ou de Delaunay, Da Cruz est touché par la couleur, « le terreau commun de l’art ». Si ces sources l’ont inspiré, il les adapte au contexte contemporain et urbain et à de nouveaux outils, telle la bombe.

De la rue au musée, du musée à la rue, abolir les frontières d’un art pour tous.

Maillon de l’histoire de l’art, le street-art a-t-il sa place au musée et sur le marché de l’art ? « Peut-être bien… L’entrée au musée et en galerie est la preuve d’une reconnaissance du Street-Art, de sa vitalité, de sa force et de sa créativité ». S’il reconnait que « parfois on se fait assez chier » dans les galeries et que l’institutionnalisation n’est pas sans poser la question du sens de l’art urbain, le Street-Art et les musées ne lui semblent pas incompatibles.

Péniche du Canal de l'Ourcq, juillet 2013

Péniche du Canal de l’Ourcq, juillet 2013

Lui-même produit pour le marché de l’art, bien qu’il ne soit pas rattaché à une galerie en particulier. Dans l’atelier qu’il partage avec Marko en Seine-Saint-Denis, il crée des compositions sur toile mais conçoit également des produits dérivés (t-shirt, autocollants). Un lieu fixe qui lui permet de travailler l’hiver et d’avoir une autre approche de son vocabulaire visuel. Car il n’est pas question de copier/coller sur toile les pièces qu’il réalise dans la rue. Une telle démarche, contreproductive, affaiblirait son travail : il s’agit plutôt de décliner et de réinventer l’univers qu’il a conçu dehors sur des supports plus « conventionnels ».

Da Cruz a aussi le souci de créer des petits objets en séries très limitées pour un public qui n’aurait pas les moyens de s’offrir une œuvre sur toile, toujours dans l’optique d’être accessible à tous.

En exposant en galerie, en acceptant des partenariats avec des institutions comme récemment au Musée d’Histoire de l’Immigration, Da Cruz espère créer des passerelles et décloisonner les mondes des arts. Mais ce mouvement est à double sens ; en peignant dehors, c’est aussi le musée et l’art qu’il amène dans la rue : le Street-Art permet d’offrir localement une pratique culturelle et de s’adresser à des gens qui ne fréquentent pas ou peu les institutions muséales.

Un tableau noir et des craies: JP enchante les berges de la Seine

Si vous vous êtes promenés sur les berges de la Seine nouvellement ouvertes, peut-être vous êtes vous arrêtés devant l’immense tableau noir et ses craies offerts à la créativité des passants. Un peu plus chanceux, vous avez peut-être observé JP travailler, ou admiré l’une de ses œuvres… Dimanche dernier, j’ai rencontré celui qui illumine de ses créations l’ardoise noire du port de Solférino !

30 juin 2013

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Entre la rue et le musée : des street-artistes au Palais de Tokyo

L’évènement avait fait un petit buzz en fin d’année 2012. Dans le cadre des interventions d’artistes régulièrement pratiquées sur la structure du Palais de Tokyo, trois graffeurs, Lek, Sowat et Dem189 ont été invités à investir un des espaces cachés du Palais, une cage d’escaliers de secours. D’un projet modeste cantonné aux marches de l’escalier supérieur, l’intervention s’est propagée aux plusieurs centaines de m2 de cet espace de secours et des trois street-artistes invités, se sont finalement une trentaine de graffeurs qui ont ici créé, interagi, formant ainsi une œuvre collective, singulière et riche de sens, reflet des tendances de la scène française et représentative de quelques-unes de problématiques prégnantes de ce champ de l’art contemporain.

Entrailles Palais Tokyo graffiti Lek Sowat Dem189 (1) Lire la suite de cet article »

« The End » : lancement du cycle « Ex-Situ » au Studio 13/16

Samedi dernier, le Centre Pompidou inaugurait le nouveau cycle du studio 13/16, l’espace dédié aux adolescents. Intitulé « Ex-Situ », cette nouvelle programmation est une prometteuse initiative qui fait entrer le Street Art au musée par une porte originale et de façon intelligente.

Sept artistes pour plusieurs événements

Pour cette nouvelle saison du studio 13/16, le Centre Pompidou a su convaincre sept grands noms de la scène du Street-Art : JonOne, Vhils, Ox, RERO, Mark Jenkins, Ludo et YZ. Autant d’artistes que les ados auront la chance se rencontrer pendant leurs résidences successives au sein de l’institution.

RERO, Do Not Cross the Line, 2012, Centre Pompidou, photo © Cristobal Diaz

RERO, Do Not Cross the Line, 2012, Centre Pompidou, photo © Cristobal Diaz

Par cette sélection, le Centre Pompidou offre du Street Art une vision large quoique non exhaustive, qui permet de prendre conscience de l’ampleur et de la diversité de ce mouvement, tant sur le plan des médiums que des champs de réflexions ou encore de l’esthétique. RERO interroge le sens des mots, inscrivant sur de grandes surfaces des mots qu’il barre sans pour autant les rendre illisibles. Le travail de JonOne a aussi pour sujet l’écrit : multipliant son blase à l’infini, il travaille sur la calligraphie des lettres, dépassant le tag qu’il pratiquait dans les années 70 pour tendre vers l’abstraction. Les collages et lavis de YZ mettent en scène des figures féminines d’une très grande poésie, tandis que Ludo crée par infographie des figures hybrides mêlant nature et technologie. OX intervient sur les affiches publicitaires, y peignant ou y collant des formes abstraites ou géométriques, prenant toujours en compte la nature visuelle et commerciale de son support et l’environnement dans lequel il s’inscrit. Mark Jenkins crée à l’aide de mannequins illusionnistes des situations absurdes dans l’environnement quotidien afin de faire réfléchir et réagir les passants sur nos agissements. Enfin, le portugais Vhils est connu depuis quelques années pour ses portraits gravés sur l’épiderme des murs.

Installation RERO, Do Not Cross the Line, 2012, Centre Pompidou, photo © Cristobal Diaz

Installation RERO, Do Not Cross the Line, 2012, Centre Pompidou, photo © Cristobal Diaz

Ex-situ se décline en plusieurs événements. Chaque résidence d’artiste débutera par une intervention réalisée dans le Centre ou dans ses alentours immédiats. RERO, en ouverture de la programmation, a déjà inscrit sur l’escalator-chenille emblématique du bâtiment un monumental « DO NOT CROSS THE LINE ». Des ateliers « workshops », réunissant les ados et les artistes durant 35 après-midi, marqueront un temps de dialogue et de création collective. Enfin, le cycle se terminera par une journée de performances dans Paris : le 1er juin, sept kiosques de la ville de Paris seront le support de créations élaborées en concertation par sept groupes d’adolescents et les artistes invités.

Une collaboration prometteuse du musée et de l’ « art urbain »

Nombreux sont ceux qui déplorent les relations maladroites/laborieuses entre les musées et le milieu du Street Art. Les enjeux des deux protagonistes ne sont en effet pas toujours compatibles, quand ils ne sont pas tout simplement radicalement antinomiques. En outre, les institutions muséales sont souvent accusées d’offrir en exposition un Street Art dénaturé, vidé de son sens…

A mon goût, l’opération du Centre Pompidou rompt radicalement avec cette tendance, offrant du Street Art une approche novatrice en ce qu’elle est respectueuse de son esprit. Par ce cycle « Ex-Situ », c’est un véritable dialogue qui est appelé à s’instaurer entre le public et les artistes, en marge des expositions temporaires et des collections permanentes. Il n’est en effet pas question d’exposer à cette occasion les œuvres des artistes mais d’initier les ados à une réflexion sur le Street-Art. S’il y aura bien quelque chose à voir du travail de RERO, Vhils et des autres artistes au centre, l’essentiel du contenu de ce cycle, dont le but premier est la transmission, prendra forme dans les workshops où les jeunes seront invités à s’emparer des moyens d’expression des intervenants pour formuler leur propre message.

« Ex-Situ »,  interroger la relation au lieu : que devient le Street Art hors de la rue ?

Pour la plupart des street artistes, l’œuvre naît de leur interaction avec l’environnement spécifique dans lequel ils interviennent. Initiée par l’artiste, cette interaction est d’ailleurs appelée à se prolonger au-delà du moment de l’acte créateur : un passant viendra peut-être modifier un détail, un autre graffeur recouvrira une partie de l’œuvre, plus tard peut-être dissimulée derrière un quelconque affichage sauvage… Bref, ce sont le temps et la vie qui feront leur œuvre.

Lancement d'Ex-Situ au Centre Pompidou, Photos H. Véronèse

Lancement d’Ex-Situ au Centre Pompidou, Photos H. Véronèse

C’est cette relation au lieu, à l’environnement que le Centre Pompidou entend interroger. Plus précisément, par le titre donné à la manifestation « Ex-Situ », le studio 13/16 explore les formes que peut prendre le Street-Art lorsqu’il est sorti de son « milieu naturel », la rue, pour être présenté dans un espace autre – ici une institution culturelle reconnue comme « légitime ».

Dans le langage de l’Art contemporain, on emploie le terme in-situ pour désigner une œuvre créée pour et dans un environnement spécifique et qui ne peut exister et n’avoir de sens que dans ce contexte précis (les colonnes de Buren forment l’un des exemples les plus connus d’interventions in-situ). Par nature, donc, le Street Art est un mode d’expression in-situ. En entrant au Centre Pompidou, le Street Art est déplacé hors de son environnement naturel et devient donc « ex-situ ».

Il y a là, à mon sens, un niveau de réflexion que l’on ne retrouve malheureusement pas dans la plupart des expositions sur ce champ de l’art vivant. Ainsi, quelle déception a été pour moi l’absence de mise en perspective de telles questions dans la récente exposition du musée de la Poste, au titre pourtant prometteur d’ « Au-delà du Street Art » !

Lancement d'Ex-Situ au Centre Pompidou, Photos H. Véronèse

Lancement d’Ex-Situ au Centre Pompidou, Photos H. Véronèse

Bien déterminée à assister à quelques uns des workshops, je reviendrai volontiers sur la nature des interventions des artistes dans de prochains billets. Si vous avez-vous-même assisté à certains d’entre eux, n’hésitez pas à partager votre expérience via les commentaires, la page facebook ou le formulaire de contact : votre avis m’intéresse ! 

Plus d’informations sur la page facebook du studio 13/16

crédits photos: toutes les images illustrant cette article sont tirées de la page facebook et des brochures du Centre Pompidou.

Borondo

La galerie Itinerrance, à deux pas de la BnF Mitterrand et des Frigos, présente jusqu’au 13 avril les œuvres de Borondo. Jeune madrilène fraîchement apparu dans la sphère du Street Art, Borondo, encore méconnu des parisiens, bien qu’il ait réalisé deux fresques à Vitry, ne manquera pas de séduire.

Borondo, photo tirée du blog de l'artiste

Borondo, photo tirée du blog de l’artiste

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Fresh Paint Gallery – Montréal

Montréal est une ville extrêmement dynamique en matière de création contemporaine et s’est notamment illustrée durant ces dernières décennies dans le domaine du street art. Durant mon séjour, cet aspect de la culture urbaine m’a beaucoup intéressée. J’ai notamment été marquée par l’Espace Peint Frais ou Fresh Paint Gallery, qui me semble être une expérience originale et méritant la réflexion. 

Under Pressure

Un lieu pour exposer et promouvoir le Street Art

En juin 2011, à la faveur du festival de graffiti UnderPressure¹, Sterling Downey, aidé de plusieurs bénévoles, investit les locaux. Ils y ouvrent un nouveau lieu destiné à la création et à la promotion du street art dans les anciens locaux du journal montréalais La Patrie, en plein centre ville. Deux étages du bâtiment sont transformés en espace d’exposition, intitulé « Fresh Paint Gallery ». Mais il ne s’agit pas d’une galerie dans le sens traditionnel du terme: ici, pas de roulement d’expositions, pas de commissariat, pas de catalogue, pas de cartels avec des prix. Continuellement, la présentation des oeuvres change, évolue, au fil des interventions des artistes, à qui rien n’est interdit: ici, tout est espace d’expression, du sol au plafond.

I love Cheese

Outre l’exposition permanente d’un certain nombre d’installations, le lieu vit de plusieurs dizaines d’évènements, dont le plus prisé est sans nul doute « Beaux-Dégats » dont la dernière édition a eu lieu dans le courant du mois d’octobre. Le principe est simple: 6 équipes de 4 à 5 artistes/graffeurs s’affrontent durant une battle. Un thème est imposé en début de soirée : les équipes ont alors 2 heures pour réaliser une oeuvre sur un panneau de deux mètres sur deux. Le public déambule librement, sur un fond musical mixé par deux DJ, et vote, à l’aide de canettes de bière vidées, pour la (les) réalisation(s) de son choix. La bière n’est pas chère, et l’ambiance excellente.

Fresh Paint – soirée battle « Beaux-Dégats »

Le Street Art s’expose-t-il hors de la rue?

Le Street Art étant habituellement cantonné à des pratiques urbaines et illégales, la question de son exposition en galerie, voir même en musée pose évidement question. Quelle est la légitimité de la galerie a présenter un art conçu pour la rue? Extraire le Street Art de son contexte transforme-t-il son sens?

Les attitudes face à cette question de l’exposition dans les galeries et de la marchandisation d’un art né de la rue sont très diverses. Si certains acteurs du Street Art refusent toute forme de présentation hors de la rue, d’autres recherchent la reconnaissance du marché de l’art « conventionnel », allant même jusqu’à produire des graffiti ou des pochoirs sur toile. Pour certains, même, la pratique du street art n’est qu’une étape dans le développement de leur carrière d’artiste: la rue permet de « se faire connaître » et ainsi de pénétrer progressivement le marché de l’art traditionnel.

Coin boutique

Fresh Paint, en n’adhérant pas exactement aux règles traditionnelles du monde des galeries, affirme un statut à part. Ici, l’artiste dispose d’une plus grande liberté : c’est cela que de nombreux acteurs du Street Art montréalais apprécient. L’espace est entièrement géré par des bénévoles, il n’y a ni contrat d’exclusivité ni engagement financier de la part des exposants. Si certaines oeuvres sont pourtant à vendre, c’est dans un espace spécifique du bâtiment (proportionnellement assez réduit par rapport à la surface totale d’exposition) qui s’apparente plus à une boutique qu’à une véritable galerie: on y trouve des multiples, des produits dérivés (types t-shirt), à tous les prix. La création accessible à tous!

Soirée beaux-dégats

Soirée beaux-dégats

Quant à la question de l’environnement de création, la configuration des lieux, la nature même des murs en font de Fresh Paint un espace similaire à ceux habituellement explorés par les street artistes. Certes, les problématiques de la circulation, du point de vue ne sont pas tout à fait les mêmes que dans la rue, par exemple. Au delà de ces points, l’artiste retrouve ici la possibilité de dialoguer librement avec les éléments déjà en place, comme il le ferait en contexte urbain. De plus, par ses aspects de « squatt », Fresh Paint ne ressemble-t-il pas un peu aux usines désaffectées qui accueillent certains créateurs?

Et l’avenir?

Conçu comme un projet temporaire et estival, Fresh Peint a fêté ses 14 mois d’existence. Le succès est toujours au rendez-vous. Cependant,  «Rester un an, c’était contre nos principes parce qu’on est devenu une institution, a avoue Sterling Downey, le fondateur du lieu. Ce n’est pas parce qu’il existe un lieu que ça crédibilise le « street art ». Un graffiteur n’a pas besoin d’une institution pour valider son œuvre².» Afin de se renouveler, l’équipe de Fresh Paint a décidé de fermer son espace de la rue Sainte-Catherine pour s’installer dans de nouveaux locaux dont l’adresse sera révélée dans les semaines qui viennent.

Certainement mon oeuvre préférée

Pour en savoir plus: le blog de Fresh Paint, sa page facebook et son fil twitter

¹ Depuis 1996, le festival Under Pressure rassemble chaque été, durant 3 jours, des graffeurs du monde entier. Les Foufounes électriques  haut lieu de la culture underground  sont le quartier général de cet évènement.

² Propos issu de l’article de Geneviève Raymond, « «Beaux Dégâts», une compétition d’art éphémère« , publié le 17 octobre 2012 sur le site de TVA nouvelles.

Amsterdam Street Art

En novembre dernier, j’ai effectué un court séjour à Amsterdam. Restée peu de temps sur place, je n’ai pas pu m’adonner à une exploration urbaine approfondie, mais mes quelques heures de ballade dans le centre ville m’ont permis de profiter des dernières couleurs de l’automne sur les canaux, et de repérer quelques spots intéressants de street art. 

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N’étant que très peu sortie du centre-ville, ces quelques photos ne sont qu’un aperçu bien incomplet de la scène graff d’Amsterdam.

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En centre-ville, les stickers sont omniprésents. Il y en a partout! N’étant pas trop fan de ce type de médium, je n’ai pris qu’une photo pour garder trace du phénomène. J’ai en revanche montré un plus grand intérêt pour les pièces peintes et les collages, ces derniers étant plus fréquent que les graffs.

Dans le centre-ville, Spuistraat est incontestablement le spot le plus connu: une sorte de rue Desnoyez amstellodamoise, qui évolue cependant moins vite que sa consoeur parisienne. On y observe essentiellement des pièces de Bustart, un artiste suisse installé à Amsterdam depuis quelques années avec son amie Zaira, qui oeuvre également sur la Spuistraat. J’ai eu quelques difficultés à identifier les noms des auteurs des graffitis et collages que j’avais photographié: on reconnait cependant un pochoir du français C215 et un autre de FAKE, un des graffeurs majeurs de la scène amstellomoise.

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Au coeur de la Spuistraat, on ne peut manquer les deux grandes façades peintes du squat d’artiste de Vrankrijk dont je n’ai pu savoir si il avait définitivement fermé ou non. Jusqu’à récemment, la législation néerlandaise en matière de squat était parmi les plus tolérantes d’Europe. Cependant, en 2010, la ville d’Amsterdam s’est lancée dans une politique très répressive face aux occupations illégales de bâtiments, contraignant de nombreux lieux de créations alternatifs à la fermeture. Vrankrijk, squatté depuis 1982 était un centre culturel extrêmement actif, notamment sur le plan politique. 

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Un prochain séjour aux Pays-Bas, programmé pour le printemps me permettra certainement de poursuivre ce premier aperçu.

Garbage Beauty

Ne parlez pas dans mon dos, Garbage Beauty, 2012

Le 1er juillet, alors que tout le Canada célèbre la fête nationale, Montréal déménage. Car ici, on fête le Québec le 24 juin. Le 1er juillet, c’est tout au plus un jour chômé pratique pour déménager: à cette date, tout le monde à la tête dans les cartons; sur la chaussée, c’est le ballet des camions, et sur le trottoir s’amoncellent les meubles et vieux objets dont on ne veut plus. J’étais partie en vadrouille avec l’idée qu’une telle journée pouvait être un excellent sujet photo. Chemin faisant, j’ai croisé, sur le Plateau-Mont-Royal, de bien étranges inscriptions sur quelques vieux meubles abandonnés. Amusée de ces phrases bien tournées, j’ai suivi à la trace ces malicieux poètes urbains, mais j’ai bien vite perdu la piste quelque part sur la rue Fabre….

Mourir démembré, je ne le souhaite à personne, Garbage Beauty, 2012

… Pour la retrouver deux mois plus tard, à deux blocs de chez moi, à Fresh Paint Gallery. Derrière les inscriptions qui avait tant piqué ma curiosité se cache « Garbage  Beauty ».

Installation Garbage Beauty à Fresh Paint Gallery, 2012

Garbage Beauty, c’est un groupe de quatre jeunes montréalais (dont un français). Le soir, la veille des poubelles, ils sillonnent le Plateau, Hochelaga-Maisonneuve ou la Petite Patrie, inscrivant au fil des découvertes parmi les déchets des phrases élégamment calligraphiées. Leur démarche s’inspire de celle d’un groupe bulgare, les Trash Lovers, qui, depuis quelques années, graffent eux aussi les poubelles, dans le but de rendre le quotidien des éboueurs plus joyeux et des travaux de quelques calligraphes contemporains tels Luca Barcellona.

Ils tracent sur nos objets abandonnés des phrases qui nous invitent à réfléchir sur notre société de consommation. Mais tout ça sans jugement, toujours avec poésie et humour. Ils révèlent l’âme du meuble, en lui donnant « une dernière parole », en essayant de raconter son vécu avant la rue.

« c’est des oeuvres éphémères. Donc, ce qu’on fait, même des fois on est pas satisfaits mais c’est éphémère donc ça disparaît, ça part. C’est comme une ardoise, ça s’efface. »

La vie c’est mieux que les images, Garbage Beauty, 2012 (photo prise sur le site web du groupe)

Pour en savoir plus: le journal montréalais Le Devoir a publié le 3 août 2012 un article assez fouillé sur le groupe Garbage Beauty (Emilie Folie-Boivin, « Des Hommes et des lettres« ). On trouve également sur vimeo un reportage de cinq minutes sur le groupe. 

[vimeo http://vimeo.com/47259293]

Emmanuel Laflamme

La première fois que j’ai vu une oeuvre d’Emmanuel Laflamme c’était dans un des gratuits gay distribués sur Sainte-Catherine Est. Frappée par le détournement d’une madone jouant à la game boy, j’ai découpé  cette image que je croyais la création d’une agence de com’. Deux mois plus tard, à l’occasion de la cinquième édition de Beaux-Dégats à la Fresh Paint Gallery, j’ai pu mettre un nom sur l’image que j’avais collé dans mon carnet de voyage et découvrir le travail d’Emmanuel Laflamme…

E. Laflamme, Hesychasm, 2010

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