Chambre double, une station de métro comme oeuvre d’art.

C’est un spectacle régulier auquel les usagers de la ligne 12 sont habitués mais qui pourrait bientôt cesser. Une étrange mue se déclenche tous les trois mois à la station Assemblée nationale. L’espace de quelques jours, les parois concaves des quais se parent de déchirures jaunes, noires, rouges, bleues et blanches. L’espace de quelques jours, la station Assemblée nationale prend des allures d’une immense affiche lacérée à la Villeglé. Et puis, on refait le papier peint.

Blais, chambre double assemblée nationale

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Ranson, La sorcière au Chat, 1893, Musée d’Orsay

Dans le cadre de la manifestation « un soir à Orsay », des étudiants de l’Ecole du Louvre et des universités parisiennes ont été invités à présenter les 7 et 14 février 2013 une œuvre de leur choix issue des collections du musée. Pour ma part, ma prestation concernait une nouvelle acquisition d’Orsay, le tableau de Paul-Elie Ranson intitulé « La sorcière au chat ».

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D’abord, le visiteur est surpris par cette peinture aux couleurs intenses qui contrastent tant avec les coloris pastels et évanescents des tableaux de la galerie symboliste. L’œuvre de Ranson, nouvellement accrochée sur les cimaises, saisit l’œil. Quand on demande aux visiteurs ce qu’ils y voient, la réponse est invariablement la même ; les éléments toujours énoncés dans le même ordre : « un chat, un truc à corne (une gargouille ou… peut-être bien un diable, non ?), un oiseau (corbeau, aigle), une étoile… et un personnage bien-sûr » concluent-ils comme une évidence…

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Le Blon, Préparation anatomique des parties de l’homme servant à la génération, vers 1721

Devant vos yeux mi-ébahis, mi-dégoûtés, voici ce qui pourrait ne sembler être que la simple image d’une dissection de pénis mais qui, bien plus encore, est une épatante réussite technique: publiée en 1721, cette estampe est l’un des premiers exemples aussi aboutis de l’emploi d’un procédé alors nouveau, la manière noire en couleurs. Bien sûr, j’aurais pu vous présenter une anatomie moins licencieuse, mais pourquoi se priver du plus croustillant ?

Le Blon, Préparation anatomique des parties de l’homme servant à la génération, vers 1721

Une charmante dissection

Avant de s’attaquer à la complexe technique de la manière noire en couleurs, penchons nous sur le sujet de l’estampe et la destination de celle-ci. Réalisée par J.C. Le Blon, elle était apparemment destinée à illustrer une des multiples éditions d’un célèbre ouvrage de médecine du début du XVIIIème siècle, The Symptoms, Nature and Cure of Gonorrhea du docteur William Cockburn M.D. Pour ceux qui ne l’auraient pas compris, il s’agit d’un livre consacré à la gonorrhée – plus communément appelé  « chaude-pisse » (pour plus d’infos sur cette ravissante maladie, Wikipédia saura vous renseigner, je n’ai personnellement pas eu la curiosité de dérouler les photos illustrant le phénomène).

Il s’agit donc d’une dissection du pénis, sobrement intitulée « Préparation anatomique des parties de l’homme servant à la génération, faite sur les découvertes les plus modernes ». Je ne saurais vous en dire plus sur les différents éléments de cette vue anatomique, dont vous pouvez à loisir admirer la précision : mon propos n’est pas là…

Une prouesse technique

Gautier-Dagoty, Femme debout, partiellement disséquée, 1750

L’œuvre que je vous présente ici est une prouesse technique. L’image que vous admirez est une estampe en couleur. Son impression a nécessité trois plaques de cuivre encrées chacune d’une couleur différente (bleu, rouge et jaune). Ces planches ont été travaillées selon la technique de la manière noire, mise au point au milieu du XVIIe siècle. Si ce procédé permet de délicats effets de velouté, il est extrêmement long à mettre en œuvre. Le graveur doit préalablement grainer de façon uniforme chaque planche : à l’aide d’un instrument appelé berceau, il travaille méticuleusement le cuivre pendant des heures et des heures jusqu’à ce que celui-ci soit couvert d’une infinité de minuscules creux. Si la planche était tirée à cette étape du travail, on obtiendrait un monochrome d’une intensité remarquable.

La seconde étape consiste à faire apparaître l’image sur ce fond uniforme. A l’aide d’un grattoir et d’un brunissoir, le graveur polit le cuivre là où il souhaite que la clarté soit. Ainsi, du noir profond, nait l’image. Dans le cas d’une estampe en couleurs, comme ici, le travail est doublement difficile. Le graveur doit en effet diviser mentalement l’image en couche de couleur et ne reporter sur chacun des cuivres qu’une partie de l’image finale.

Une fois les trois plaques obtenues, le graveur – ou l’imprimeur – n’est pas au bout de ses peines. On imprime successivement sur la même feuille les trois couleurs : en se superposant, elles révèlent le sujet. Pour que l’image rende parfaitement, il faut encore que l’impression soit d’une précision irréprochable. Si l’une des planches est très légèrement décalée par rapport aux deux autres, tout l’effet visuel est fichu.

Ici, vous en conviendrez, la précision du repérage est remarquable : tous les détails sont rendu avec une extrême finesse. Mais au-delà de cette perfection technique, le graveur, Le Blon, montre une réelle sensibilité artistique : employant à merveille un éclairage délicat, il évoque parfaitement les différentes textures des chairs.

L’estampe est publiée en 1721: par ce coup de maître, Le Blon est parvenu à convaincre le cercle savant des apports avantageux que sa nouvelle technique de gravure, fruit de vingt années de recherches acharnées, pouvait fournir à la diffusion des connaissances scientifiques.

Merveilleuses planches d’anatomies en couleurs

Suite à la publication de cette planche et malgré l’intérêt que suscitent les résultats de Le Blon, le graveur n’arrive pas à rendre l’exploitation commerciale de sa technique rentable. La famille Gauthier-Dagoty récupère le procédé et parvient, en le simplifiant, à rentabiliser les coûteux investissements que nécessitent la réalisation des planches. De leurs presses sort ce que l’on a retenu comme le chef d’œuvre de la gravure en manière noire en couleur, l’ange anatomique. Le succès est cependant de courte durée : faute d’une bonne gestion financière, les Gauthier-Dagoty font à leur tour faillite en 1780.

Gautier-Dagoty, l’ange anatomique, 1746

Pour en savoir plusL’anatomie de la couleur. L’invention de l’estampe en couleurs, catalogue d’exposition, Bibliothèque nationale de France, 1996.

Edward Wadsworth, Dazzle camouflage, toile et gravures sur bois.

Impossible de me souvenir de la toile ou de la gravure laquelle j’ai vu la première. Devant les deux oeuvres, la même sensation de gigantisme. J’ai eu envie d’en savoir plus sur leur auteur, Edward Wadsworth…

Wadsworth, Dazzle-Ships in Drydock at Liverpool, 1919, National Gallery of Canada

Wadsworth, Liverpool shipping, gravure sur bois, 1918, Contemporary Art Society

Artiste majeur du Vorticisme, un courant d’avant-garde britannique du début du XXe siècle, Edward Wadsworth a réalisé ces oeuvres au lendemain de la première guerre mondiale. Leur sujet, comme leur effet visuel, est largement lié à l’activité de l’artiste au sein de la Royal Navy durant le conflit.

En 1917, alors que fait rage la première bataille de l’Atlantique, Norman Wilkinson, peintre et lieutenant de la marine propose une solution innovante pour protéger les navires britanniques des torpillages allemands: camoufler les coques des bateaux grâce à d’immenses peintures géométriques et contrastées. Il ne s’agit pas de faire disparaître le bateau en le fondant dans la couleur de son environnement maritime mais de le parer de lignes dynamiques et contrastées qui empêcherait l’ennemi, par un effet d’illusion d’optique, de distinguer le type de navire, ses dimension, sa vitesse et son cap. Ainsi, impossible pour les sous-marins de viser de façon précise leur cible, la technologie du radar n’ayant pas encore été mise au point.

Rapidement, la conception des plans de ces peintures est confiée à une douzaine d’artistes de la Royal Academy of Art, parmi lesquels Edward Wadsworth, qui a lui même supervisé le camouflage de près de 200 navires.

Au lendemain de la guerre, Wadsworth va exploiter ses souvenirs des chantiers de Liverpool dans une série de gravures sur bois et à travers quelques toiles. La force esthétique des « camouflages dazzle », qui fait écho aux recherches des avants-gardes européennes (cubisme, vorticisme, futurisme…) devient tout à la fois sujet de l’oeuvre et moyen d’expression. Dans les estampes de Wadsworth, les motifs peints sur la coque envahissent l’intégralité de la plaque et reconstruisent le paysage.

Wadsworth, Drydocked for scaling and painting, gravure sur bois, 1918

La femme qui pisse de Rembrandt

Bien avant que le scandale du Piss Christ éclate, j’avais préparé, en vue de l’ouverture du blog, un article sur la femme qui pisse de Rembrandt. 

Rembrandt, La femme qui pisse, Eau-forte, état unique, 81 x 64 mm, signée du monogramme RHL. BNF Estampes, Res. Cb-134-13a.

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