Un rail-trip en Espagne (1) : trois jours à Valence

En ce début de mois d’août*, il fait une chaleur fort peu habituelle à Paris : les températures me semblent presque plus difficilement supportables que celles qui ont baigné mes vacances en Espagne, en juillet. Et puisque la météo ravive mes souvenirs estivaux, pourquoi ne pas vous raconter mon rail-trip sur la côte hispanique méditerranéenne ? Valence, Tarragone, Barcelone, Girone, chaussez vos lunettes teintées, enduisez-vous de crème solaire et surtout, n’oubliez pas votre chapeau, cette série de billets va être ensoleillée.

* oui, ce billet a été écrit il y a un mois… 

Vue sur Valence depuis la tour del Micalet (le clocher de la cathédrale de Valence)

Fin juillet, je me suis donc livrée à un rail-trip improvisé en solitaire sur la côte espagnole, où je venais déjà de passer une belle semaine en compagnie d’amis qui me sont chers. Le programme de ces quelques jours précédents étant constitué de séances de travail (à la fraîcheur du ventilateur) ponctuées de sessions plage, il ne me semble pas nécessaire d’en développer le récit. Sachez juste que, normande jusqu’au bout des ongles, j’ai découvert avec délectation le bonheur de se baigner dans une mer à plus de 20°C, plaisir que je n’avais jusqu’alors jamais goûté. Que Sébastien et Anne-Lise soient remerciés de m’avoir fait découvrir que j’aimais la plage !

Me voici donc, le 21 juillet, dans un train pour Valence. J’avais longuement hésité entre cette ville et Saragosse. Le souvenir d’un billet de blog de Grégoire Ichou me faisait déjà pencher pour la première destination, choix arrêté après qu’Elsa m’ait mise en garde sur la chaleur étouffante qui règne en Aragon l’été. Mieux vaut alors ne pas trop s’éloigner de la côte !

Torres de Serranos, une des anciennes portes de la ville de Valence

Ruelles et façades : Valence, une ville ou déambuler

Le visiteur qui arrive en train à Valence est fort bien accueilli : la gare principale, Estació del Nord, offre un charmant décor. Construite entre 1906 et 1917, c’est un des exemples fameux du modernisme valencien, avatar du mouvement Art nouveau. Descendant du train, j’ai d’abord admiré la vaste halle métallique, avant de découvrir, émerveillée, le vestibule, qui a conservé tout son cachet, avec ses guichets en bois et son décor de céramique très fleuris. Une salle, qui accueillait probablement autrefois un café, présente de grandes mosaïques colorées. Je ne les admirerai que de l’extérieur, la boutique qui occupe l’espace étant fermée.

Quelques pas encore et je découvre la façade, où se lit l’influence de la Sécession Viennoise… dans les volumes uniquement, car les ornements, eux, sont proprement hispaniques : des branches chargées d’orangers ! Valence n’est-elle pas le jardin de l’Espagne ?

Estacio del Nord, la gare de Valence

Les églises valenciennes

Sous le fort soleil de l’après-midi, je remonte doucement vers le centre ancien : la première image que je perçois de Valence est celle d’une ville fort élégante, avec de grands immeubles aux façades ornées. Je m’enfonce ensuite dans les ruelles étroites de la vieille ville. Pas de doute, Valence va me plaire : l’urbanisme, comme l’architecture, ont tous les accents que j’aime. On y lit les strates de l’histoire : la fondation romaine en 138 avant J.-C., trois siècles de présence musulmane, les transformations de la reconquête chrétienne. Sur les églises médiévales, le baroque a imposé sa marque, avec une élégance certaine. La prospérité de la cité, au XIXe siècle, se lit sur les façades des quartiers nouveaux.

Je marche sans relâche dans les ruelles, entre dans les bâtiments publics ouverts et dans les églises (même si le tarif d’entrée est souvent prohibitif), gravis des escaliers. Depuis les clochers et les portes de la ville, on embrasse le paysage, un peu chaotique. Malgré la chaleur, ces ascensions, parfois sportives, valent largement la chandelle. S’il n’y en avait qu’une seule a recommander, ce serait celle de la tour Sainte-Catherine, à laquelle on accède depuis l’église du même nom. Elle offre un beau point de vue sur la cathédrale, mais aussi sur une amusante place ronde.

Des églises, je retiendrai celle de Saint-Nicolas, que les guides touristiques présentent comme « la Chapelle Sixtine de Valence » et dont le plafond peint de la toute fin du XVIIe siècle vaut effectivement le coup d’oeil (malgré une entrée à huit euros !). Il n’a fallu que trois ans au peintre Dionis Vidal, qui travaillait d’après des dessins d’Antonio Palomino, pour couvrir les 2000 mètres carrés de la voûte. Les scènes des lunettes relatent la vie des saints auxquels est consacrée l’église : Saint Nicolas et Saint Pierre Martyr.

Plafond de l’église Saint-Nicolas à Valence

Il faut aussi prendre le temps d’aller scruter la façade de Sainte-Catherine, apparemment fort simple, mais dont on s’aperçoit vite qu’elle cache quelques trésors : des pierres de récupération ont servi à boucher une ancienne ouverture, et parmi elle, un fragment de statue ancienne, désormais prisonnière du mur.

Beaucoup de touristes semblent passer devant la basilique (cet édifice rose derrière la cathédrale) sans la voir. Pourtant, elle mérite qu’on y passe une tête, ne serait-ce que pour son plafond peint en trompe-l’oeil, vertigineux.

La basilique de Valence, plafond peint

Mais la plus belle des églises de la ville, c’est sans doute la cathédrale, qui se dresse à l’emplacement de l’ancien forum, où, plus tard, les Arabes ont établi la grande mosquée, qui disparaîtra après la reconquête. Une vaste cathédrale, donc, à l’architecture médiévale, sur laquelle les hommes du XVIIIe siècle ont plaqué un délicat et raffiné portail tout en courbes et sculptures.

L’intérieur, également, recèle quelques merveilles et un petit musée d’art religieux.

Architecture civile : palais et marchés

L’autre chef-d’oeuvre de la sculpture baroque, c’est le portail du palacio del Marqués de Dos Aguas qui, je l’avoue, a en grande partie motivé cette excursion à Valence et dont mon ami Grégoire Ichou livre les secrets sur son blog. Fascinant palais, bâti au XVe siècle, et dont la façade a été entièrement remodelée au XVIIIe siècle, par un placage de marbre et de stucs richement sculptés. Le portail en albâtre rose, dégouline de figures et de motifs pour le plus grand plaisir des yeux !

Façade du Palau del Marques Dos Aigues à Valence

Du circuit obligé des touristes en goguette à Valence, il me reste à vous parler de la Llotja des Mercaders, la bourse du commerce municipale, édifiée à la fin du XVe siècle et fleuron de l’architecture gothique civile espagnole. Les colonnes torsadées de la grande salle sont extrêmement impressionnantes, surtout si, comme moi, vous avez la chance de les voir quand tous les touristes sont occupés ailleurs (… par exemple, à manger). À l’étage, la grande salle du tribunal offre un imposant plafond de bois peint. On mesure, à la richesse de ce monument, la prospérité de Valence au XVe et XVIe siècle. La ville était alors le principal port d’Espagne et devait notamment sa fortune au commerce de la soie…

Grande salle de la loge de la Soie (Llotja de Mercaders) à Valence

Je vous sens épuisé de ces déambulations dans la ville ! Et si nous faisions une petite pause rafraichissante au Marché central, immense vaisseau posé au coeur de la ville ? Encore un exemple de l’architecture moderniste, joliment restauré. Je lui ai trouvé une authenticité plus grande que ses confrères de Barcelone, bien que prisés des touristes… pourvu qu’il sache la garder !

Mercat central, le marché central de Valence

À l’ombre des musées

Mais, me direz-vous, je ne vous ai pas encore entraîné dans les musées, alors même que je désire toujours tous les visiter ! À vrai dire, ils m’ont quelque peu déçue, malgré leur abondance. Le musée de la céramique, sis dans le Palais des Marques dos Agueo, dont je vous ai parlé plus haut, manque cruellement de pédagogie. Il vaut surtout pour la visite des pièces d’apparat de la seconde moitié du XIXe siècle – où l’on ne manquera pas le salon de porcelaine, absolument kitsch.

J’ai jeté des coups d’oeil émerveillés aux céramiques à lustre métallique – une technique venue du monde musulman, qui offre de beaux reflets dorés – et curieux aux assiettes ornées de motifs populaires, mais sans trouver de quoi nourrir mes connaissances ! Dommage !

Je n’ai pas non plus été convaincue par le Palais du Marquis del Campo, où j’ai trouvé l’accrochage inégal, bien, qu’évidemment, quelques tableaux aient retenus mon regard.

Palau del Marqués de Campo, le musée

En revanche, le musée d’histoire de Valence, un peu éloigné du centre-ville, m’a vraiment enthousiasmée. Installé dans un ancien réservoir de la ville (voilà un cadre surprenant !) il retrace l’histoire de la cité. Indispensable pour flâner ensuite avec érudition dans les rues ! Il faut avoir la présence d’esprit de demander le livret en français, sans quoi la visite perd de beaucoup de son intérêt. Peu d’objets sont présentés, mais les modes de vie successifs des Valenciens – et les problématiques qui ont marqué des siècles – sont clairement exposés. Juste un regret : l’histoire du tissu urbain – ce que je préfère – ne se découvre que via un dispositif numérique et dans des conditions peu confortables.

Le Musée d’Histoire de Valence est installé dans un ancien réservoire de la ville

Pour compléter cette visite, il faut faire un crochet par les trois sites archéologiques qui jouxtent la cathédrale, où l’on pénètrera successivement dans le Centre Arqueologique de l’Almoina, la Cripta Arqueologica de Sant Vicente Matir et l’Almodi. Le premier permet d’explorer, sous une place, les vestiges du forum romain, où l’on aperçoit également quelques murs de la première cathédrale wisigothique. La crypte archéologique, quant à elle, est constituée des restes d’une chapelle funéraire de la même époque, reconvertie sous le califat de Cordoue en… Hammam.

L’almodi a encore ses quatre murs et son toit : c’est l’ancienne halle au blé municipale. On y admire des peintures murales des XVIe et XVIIe siècles, amusantes par leur naïveté. Mais là encore, la médiation manque cruellement pour véritablement en tirer quelque chose.

Le musée des Beaux-Arts de la ville, l’autre point d’intérêt qui a motivé mon séjour valencien nécessite lui aussi une visite : on y découvre une belle collection de retables médiévaux, tous exposés dans une vaste salle. Effet wahou garanti. La plupart des panneaux proviennent de la région et permettent de se faire une idée des particularités de la peinture valencienne du Moyen-Age. Il est possible d’approcher de très près les oeuvres et ce plaisir est un véritable enchantement !

Galerie des peintures médiévales au musée des Beaux-Arts de Valence, en Espagne

J’allais à Valence avec l’espoir d’y trouver de nombreuses peintures de Joachim Sorolla, un peintre fameux du tournant du XXe siècle, originaire de la région. Le Musée des Beaux-Arts lui consacre une salle, mais cela ne vaut pas la visite de sa maison musée à Madrid (dont je vous parlerai un jour !).

Crochet par la plage et déambulation dans un musée de plein air

Me souvenant des belles scènes de bords de mer peintes à Valence par l’artiste, j’ai été faire un tour sur la plage (aussi – et surtout pour me rafraîchir !). Car c’est l’un des atouts de Valence : la mer borde la cité. Bon, il faut l’avouer, si la plage est vaste, on a vu des sites plus agréables : où que le regard se porte, on aperçoit les installations portuaires. C’est ça, la plage à la ville !

Faute de photo de la plage…

Le front de mer à une physionomie un peu particulière : il y a la plage, des maisons… et aucune promenade bordée de commerces. Plus surprenant encore : une sorte de « vide urbain » entre les premières maisons et le front de mer. De luxueuses habitations côtoient de petites habitations mitoyennes un peu décrépies, voire d’anciens entrepôts aux airs abandonnés.

Dans la vieille ville même, j’ai été surprise du nombre de dents creuses – nom donné aux parcelles laissées vides entre plusieurs bâtiments. Visiblement, beaucoup de vieux immeubles ont été démolis sans qu’aucun projet n’aboutisse ensuite. La faute à la crise ? Ces vides laissent le champ libre aux street-artistes, et, dans ce domaine, Valence est assez dynamique : le promeneur découvrira, au gré de ses flâneries, de belles murales. Quant à l’alternance des immeubles parfaitement rénovés et des façades décrépites, ils participent au charme et à l’authenticité de la cité.

Encore quelques musées…

Voulant explorer systématiquement les musées valenciens (spoiler : j’ai échoué), j’ai même été jusqu’à tester l’IBER, Museu dels Soldadets de plom – la traduction est transparente : le musée des soldats de plomb. Ouais. Bof. Un brin monomaniaque, sans le caractère fascinant du cabinet de Curiosité du musée de l’Armée, à Paris.

Le musée des Soldats de plomb à Valence

J’ai plus apprécié ma visite de la Casa-Museu Benlliure, qui est une maison-musée, celle du peintre José Benlliure (1855-1937). Les guides touristiques présentent ce site comme l’opportunité de pénétrer dans un intérieur bourgeois des années 1900. Effectivement, on peut voir un salon, une salle à manger, un cabinet de travail avec leur mobilier. Aux étages, le décor originel a été perdu et a fait place à un accrochage du peintre, de son frère et de son fils. Il y a aussi quelques oeuvres de Sorolla, les artistes se connaissant.

Maison Benlliure à Valence. La salle à manger

Cependant, ce qui fait tout l’intérêt de la visite (et qu’il est si facile de rater !), c’est la dépendance au fond du jardin : l’atelier du peintre, conservé dans son jus. Une expérience vraiment marquante, car j’ai eu l’impression de pénétrer dans une de ces photographies du XIXe siècle figurant l’intérieur des artistes. À ne pas manquer, vraiment !

Turia, le fleuve fantôme

Avant de quitter Valence, il nous reste à faire une promenade dans le lit du fleuve… Drôle d’histoire que celle du Turia, dont vous entendrez beaucoup parler sans jamais le voir. Et pour cause, les Valenciens l’ont exilé ! En 1957, le fleuve est entré dans une terrible crue, qui a ravagé la ville. En conséquence, et pour se prémunir de toutes ses colères futures, le cours d’eau a été détourné et coule maintenant bien au sud de la ville. L’ancien lit a failli devenir une autoroute, projet heureusement contré : il a laissé place à un agréable jardin, qui fait le bonheur des sportifs, des cyclistes et des promeneurs. Si la fraîcheur est au rendez-vous sous les arbres, le calme un peu moins : on entend toujours le trafic des voitures sur les quais hauts. Pour la quiétude, mieux vaut rejoindre le grand parc urbain qui le prolonge, le parce de la Capçalera.

Vue sur le Turia asséché depuis la Torres de Serranos, une des anciennes portes de Valence


Ce qui n’empêche que Valence semble être une ville super cyclable : j’ai vu beaucoup de gens circuler à vélo – et sans casque ! Les pistes cyclables bordent toutes les rues un peu importantes et de ces aménagements se dégage une forte impression de sécurité : jamais je n’y ai vu de véhicule motorisé s’y aventurer. Comme quoi, les Français devraient en prendre une bonne leçon : caractère latin et respect du Code de la route sont visiblement conciliables !

À ce stade de mon récit, qui comptabilise déjà 2500 mots (merci et bravo de m’avoir suivie jusqu’ici), je me dis que c’est bien assez pour un premier billet. La suite dans un second volet, très prochainement !

Immeubles remarquables de Carrer de la Pau, à Valence

Coté pratique : J’ai dormi dans l’une des auberges de jeunesse de la ville, Purple Nest Hostel. Les tarifs sont abordables, mais la qualité n’est pas au rendez-vous. Calme très relatif, lits qui grincent et ménage approximatif, ce qui est problématique pour une auberge de bord de mer. Bonne ambiance cependant : il y a toujours des gens pour proposer d’aller prendre un verre ou de casser la croute en ville ! Pour les repas, j’ai suivi les bons conseils de mon ami Grégoire et j’ai fait du café Lisboa ma base habituelle. Bon gaspacho, petits sandwichs goutus et abordables. Sur la même place, El Kiosko propose des tapas à petit prix dans un cadre assez … authentique. Suivant les conseils de mon guide, j’ai mangé des moules à la Pilareta, dont le décor vaut le coup d’oeil. En revanche, je crains que cela soit un peu touristique. Pour manger léger, mon meilleur plan demeure tout de même le Marché central, où l’on trouve quelques viennoiseries traditionnelles à prix défiant toute concurrence. La plupart des primeurs proposent des gobelets de fruits découpés (… sous vos yeux !). A part le gros problème des déchets que cela génère, c’est plutôt pratique.

 

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