Encore un écran ! Comment j’ai choisi ma première liseuse éléctronique

Depuis un mois, me voici « lectrice numérique ». Oh, je lisais déjà beaucoup sur écran (pdf divers et variés, articles en ligne, numérisation sur Gallica). Non, ce qui est nouveau c’est que je fais désormais partie du petit pourcentage de Français équipés d’une liseuse électronique. Dans ce premier billet, je vous propose l’autopsie d’un choix. Un second suivra pour relater mes premières impressions, après quelques semaines d’utilisation

Josep Duran, Repassant Album, 1872, Barcelone, Musée de Catalogne

Encore un écran ! Les raisons d’un choix.

Ce qui m’étonne le plus, dans toute l’histoire que je vais vous raconter, c’est le temps qu’il m’a fallu pour sauter le pas et m’équiper d’une liseuse.
Dans mon imaginaire, les liseuses sont des objets réservés aux « gros lecteurs », catégorie dans laquelle j’ai du mal à me ranger, pour la bonne et simple raison que je ne lis quasiment pas de fiction. Je lis certes beaucoup, mais uniquement des ouvrages scientifiques, dans le cadre de mon travail ou de la rédaction de billets pour le présent blog. Mes lectures sont fragmentaires, documentaires, et les livres que je consulte (souvent des « Beaux Livres » d’art) ne se prêtent pas (ou mal) au format ePub.. et encore moins au support réduit et noir et blanc de la liseuse.

Physionomie (imaginaire) du propriétaire de liseuse numérique

Dans mon imaginaire, le lecteur « sur liseuse » était donc un gros lecteur (de fictions), avec des contraintes fortes de mobilité ou de place. Pour la mobilité, je me sentais peu concernée : je me déplace quasi exclusivement à pied ou à vélo, ce qui laisse peu le loisir de consulter un écran (quoique enfant, j’étais championne pour lire en marchant — je le suis toujours pour écrire en marchant, cela dit en passant). La place pour stocker les livres : étant parisienne, c’est un problème que je connais, mais qu’un abonnement à la bibliothèque a (presque) résolu.

À vrai dire, j’avais quand même caressé l’idée d’acquérir une liseuse en 2016, à l’époque où je cumulais deux heures de métro quotidien pour aller au travail. Une heure aller, une heure retour, dix heures par semaines, quarante heures par mois à user les fauteuils du métro. J’avais finalement renoncé à la liseuse, jugeant que j’avais bien assez de livres à lire sur mes étagères pour occuper tout ce temps et qu’un livre de poche ou un Gallimard Découvertes n’occupaient finalement pas beaucoup de place dans mon sac. Si, à l’époque, j’avais pu goûter les avantages indéniables de la liseuse, mon choix aurait probablement été tout autre…

Mais qu’est-ce qui a bien pu m’amener, en décembre 2017, à finalement sauter le pas et acquérir ma première liseuse électronique ? Un faisceau de raisons que je vais vous détailler…

Georges Croegaert, Georges, Leisure Hours, huile sur toile.

Lire plus, fatiguer moins.

La première c’est la vieillesse (hum hum) : je passe mes journées entières à travailler sur ordinateur et mes yeux fatiguent de cette omniprésence des écrans. Depuis quelques mois, j’ai régulièrement des maux de tête, des troubles rétiniens et d’autres désagréments. Sans compter les sollicitations et tentations que génère un écran en permanence connecté à internet : les mails interrompent le travail en cours, le moindre découragement instigue à se noyer dans de longues minutes de procrastination.

Pour contrer cela, je réaménage mes temps de labeur, admettant qu’une pause promenade d’une demi-heure, quand on travaille à domicile, est non seulement nécessaire, mais plus encore indispensable, car elle permet de faire décanter ce qui embrouille le cerveau. Je réserve aussi des temps sans écran, où le travail se fait uniquement sur papier, pour faciliter la concentration.

Il n’empêche que, malgré ces précautions, je ne trouve plus le courage de lire de longs contenus numériques : fini les heures à éplucher de vieux bouquins sur Gallica ou à consulter des PDF de 300 pages… ce qui ne manque pas de nuire tant à mon travail qu’au présent blog.

Cercle de Rembrandt, Vieille femme lisant (la mère de l’artiste ?), 1631-1634, collection privée

Sachant que les écrans des liseuses, avec leur encre électronique, sont spécifiquement conçus pour éviter la fatigue oculaire, n’était-ce pas là (un début de) solution ?

La petite fabrique à epub

Deux autres arguments ont achevé de me convaincre de tenter l’expérience. J’ai appris au détour d’un atelier proposé par Célia Charpentier dans le cadre des 20 ans de Gallica qu’il était très aisé de concevoir ses propres epubs et même de les enrichir d’images et d’autres contenus !

Auguste Chatillon, Léopoldine Hugo avec un livre d’heures, 1836, huile sur toile, Maison Victor Hugo

D’un point de vue pratique, cela veut dire qu’il ne doit pas être si difficile de convertir de l’OCR disponible dans Gallica en Epub, voire même d’océriser et de mettre en forme des ouvrages anciens que je numérise moi-même.
Plus ambitieux encore, je devrais pouvoir produire mes propres epubs à partir des contenus d’Orion en aéroplane ? Mais… ne serait-ce pas l’idée que m’a soufflée Shonagon il y a quatre ou cinq ans déjà ?

Assez de livres pour remplir toute une vie ?

Enfin, un cadeau a précipité mon acquisition d’une liseuse. Lors des fameuses journées qui célébraient les 20 ans de Gallica à La Rochelle, le Centre du Livre et de la Lecture en Poitou-Charente m’a remis un coffret « les clés du patrimoine », dont l’établissement est l’éditeur. Ce coffret est composé de deux clés USB, contenant chacun une centaine d’epub et de deux livrets illustrés, formant un menu alléchant du contenu de cette bibliothèque portative. D’abord destiné aux acteurs de la lecture publique, ce coffret est un outil de médiation autour du livre et du patrimoine numérisés.

Marguerite Guérard, La lecture, fin XVIIIe siècle, collection privée

Deux ans plus tôt, on m’avait déjà offert un coffret similaire, édité par BNF partenariat et intitulé Anthologie singulière. Un code donne accès à une centaine d’ouvrages numériques téléchargeables en ligne. Il s’agit d’une sélection de textes emblématiques de l’esprit du XIXe siècle. Faute de liseuse pour dévorer ces ouvrages, je n’avais pas téléchargé les fichiers numériques, mais uniquement dégusté le livret d’accompagnement, qui présente chaque titre de la sélection.

Grâce à ces deux coffrets, à peine ma liseuse livrée, elle se remplirait de près de 300 ouvrages !

Je reviendrai plus tard sur ces deux coffrets, que j’ai, depuis, commencé à explorer.

Un épineux choix que l’acquisition d’une liseuse

Mais avant de pouvoir charger 300 ouvrages sur ma liseuse, il fallait d’abord l’acheter ! Or, le choix d’une liseuse est relativement compliqué : sera-t-elle pratique ? Robuste ? Agréable sous les doigts ? … sans compter quelques pièges retors.

Félix Valloton, Lectrice à la chaine Jaune, 1912.

Une liseuse libre ?

Par exemple, j’ai d’office éliminé la Kindle d’Amazon, car son système est fermé et tout repose sur un logiciel et un format propriétaire (AZW). Plutôt que de respecter le standard qu’est l’epub et qui assure l’interopérabilité d’un fichier, quelle que soit la liseuse sur laquelle on le lit, Amazon a opté pour son propre format que seules ses liseuses peuvent lire.
Alors certes, avec un peu d’entrainement, il est, semble-t-il, facile de convertir un fichier d’un format vers un autre, mais par principe je refuse de cautionner ça et d’y participer. Quelques histoires que j’avais pu lire sur internet m’avaient d’ailleurs depuis longtemps dégoûtée de ce système.

J’ai éliminé Kobo de la Fnac sensiblement pour des raisons similaires. Kobo fonctionne avec le standard epub mais je me méfie de l’usage que la FNAC peut faire des données personnelles. Par ailleurs, je voulais une liseuse la plus ouverte possible, qui ne me limite pas à un catalogue de libraire.

Jean-Honoré Fragonard, La Liseuse, 1772, Washington, National Gallery of Art.

Définir ses besoins, lister ses critères

Mais une fois Kindle et Kobo éliminés, que me restait-il ? J’ai demandé à Twitter et plusieurs personnes m’ont recommandé un blog francophone de référence, Aldus.

Deux fois par an, Aldus publie un classement des meilleures liseuses du marché. Par ailleurs, Clotilde, une ancienne étudiante de mon master, qui s’est depuis spécialisée dans le livre numérique m’avait recommandé une marque française, Bookeen, sur laquelle je m’étais promis de jeter un œil plus attentif.

Une fois défini un budget (120 euros, ce qui est dans la moyenne haute), j’ai lu les derniers tests d’Aldus, qui sacrait Nolim, conçue par Bookeen pour Carrefour et la liseuse Tea. J’ai rapidement éliminé cette dernière pour de (bêtes) question d’esthétique.

Restait donc la Nolim, qui semble remporter tous les suffrages d’Aldus… notamment pour son « ingénieuse » couverture intégrée. C’est bien ce dernier point qui m’a arrêtée.
Une couverture intégrée, qui ne se remplace pas : cela a stoppé net mon enthousiasme pour ce modèle. À mes yeux, ma liseuse devra me servir pendant sept sinon dix ans avant d’être remplacée. Or, je doute qu’une pochette y survive, si je dois la trimbaler partout avec moi. La pochette n’est-elle pas là pour protéger l’appareil qu’elle contient, et être remplacée après très de bons et loyaux services qui auront épargné à la liseuse la moindre rayure, fissure, choc ?

Alfred Stevens, Jeune Femme lisant, Huile sur toile,1856, collection privée.

J’ai donc éliminé la Nolim pour regarder les autres produits conçus par Bookeen. À ce stade, il était nécessaire d’affiner mes critères. On m’avait vivement conseillé le rétroéclairage de l’écran, si possible modulable, pour lire dans toutes conditions de luminosité. Mon achat étant grandement nécessité par un souci de confort oculaire, cette fonctionnalité était pour moi indispensable. Cela tombe bien, la plupart des liseuses Bookeen proposent le rétroéclairage (FrontLigth).
Ensuite, je l’ai dit, je voulais le système le plus ouvert possible : j’avais lu quelque part que Bookeen était l’une des marques qui respectent le mieux le standard de l’epub. Le plus : son système d’exploitation est sous Linux, ce qui peut éventuellement laisser la place à des hack si le firmware (le logiciel de fonctionnement de la liseuse) ne me convient pas. Malheureusement le code du firmware de la Cybook n’est pas entièrement ouvert (et de toute façon, je suis pas assez compétente pour en faire quoi que ce soit).

Pour la résolution de l’écran, j’hésitais entre du moyen gamme et du haut de gamme. Ecribouille, qui a testé de nombreuses liseuses, m’indiquait que la résolution jouait sur la finesse des caractères et donc le confort de lecture. De mon coté, ayant un certain goût pour l’image et voulant produire des epub illustrés de gravures anciennes, il me semblait aussi que je devais accorder une certaine attention à la résolution de l’écran.
Enfin, voulant des livres augmentés d’images, je devais prévoir que mes fichiers pèseraient peut-être plus lourd qu’un Epub classique et qu’il pourrait être nécessaire d’augmenter la mémoire. Heureusement, la plupart des produits Boookeen proposent un port micro-SD ce qui permet à l’utilisateur d’installer un stockage supplémentaire.

Ivan Kramskoi, Portait d’une femme lisant, 1881, huile sur toile,
Yekaterinburg Museum of Fine Arts

Au regard de ces critères, la Cybook Muse pouvait suffire, mais la HD offrait une résolution et une mémoire plus importante.
Ne restait plus que la fameuse prise en main (vaut-il mieux des boutons ou l’écran tactile pour tourner les pages ?). Je me suis donc mise en quête d’un magasin parisien où comparer physiquement les produits. La Fnac ? Ils n’ont que la Kobo. Darty ? Ils appartiennent à la FNAC, donc ils n’ont (aussi) que la Kobo. À ce petit jeu là j’ai vite abandonné (quoique j’aurais pu tester Boulanger) et commandé ma liseuse en ligne, directement au fabricant.

M’octroyant une petite folie (un merci à ma grand-mère), j’ai adopté le modèle haut de gamme, la Cybook Muse HD, qui m’a été livrée la veille du départ en vacances… Ce qui tombait parfaitement, car j’avais justement neuf heures de TER à meubler, idéal pour tester la liseuse !

Albert Anker, une lectrice, 1884.

La deuxième partie de ce retour d’expérience a été publiée ici.

5 commentaires sur “Encore un écran ! Comment j’ai choisi ma première liseuse éléctronique

  • 28 janvier 2018 à 21 h 46 min
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    Elle est sûrement très bien. J’ai quant à moi la Pocketbook, choisie également pour son système ouvert…

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  • 30 janvier 2018 à 13 h 27 min
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    Ça me fait beaucoup rire de lire cela, car j’ai eu un raisonnement très semblable pour acheter une liseuse il y a un an et demi ! (Avant de partir en vacances 3 grosses semaines toute seule, faire le tour de l’Italie en train, avec seulement un petit sac à dos, ce qui rendait la liseuse indispensable). Et je me suis tournée vers la Cybool Muse aussi! J’en suis très satisfaite, mis a part que j’ai le modèle a bouton, et au bout de 18mois ils deviennent de plus en plus difficile à enfoncer et je dois m’armer de patience pour retourner au menu principal, grrr. Petit conseil : les bibliothèques de la ville de Paris ont un super système d’emprunt de ebooks, que j’utilise pour la fiction, mais ils ont une belle sélection d’essais également. Bonne journée 🙂

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  • 31 janvier 2018 à 13 h 10 min
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    Petite correction: les liseuses Kobo ne sont absolument pas dans un système fermé. Elles sont compatibles avec le DRM Adobe, utilisé par un grand nombre d’éditeurs. J’en possède une depuis quelques mois et elle est loin d’être parfaite, mais elle me permet de lire les ePubs que j’achète, chez Kobo ou ailleurs, et les articles que je sauvegarde sur Pocket (pas besoin donc de les convertir moi-même en ePub). Mais je suivrai avec intérêt la suite de ce billet car je suis curieuse de savoir quels sont les avantages et les inconvénients de la Muse.

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  • 3 février 2018 à 17 h 13 min
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    J’ai une bookeen (une Cybook Odyssey) depuis des années. Je fais partie des gros lecteurs et je voyage pas mal aussi. Et en plus je lis beaucoup de classiques XIXe, qui sont gratuits, donc pour moi c’est formidable. Et la liseuse est costaud, j’ai la mienne depuis 2013 et elle roule toujours. Il arrive simplement que des fichiers mal codés soient un peu long à traiter, mais à part ça… Lectures et voyages !

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