Supplément à Orion : autour d’Hubert Robert

Chaque billet que je rédige fait naître en moi quinze idées de nouveaux billets. Telle lecture me fait découvrir tel oeuvre, tel nom me rappelle que je me suis promis de parler de cet artiste, un jour, sur le blog. Plutôt que de garder pour moi ma frustration, j’ai décidé d’adjoindre, régulièrement, aux billets d’Orion en aéroplane un Supplément, histoire de partager avec vous ces envies.

Hubert Robert, Le jardin du musée des Monuments français, 1803, huile sur toile, Paris, Musée Carnavalet. Détail

Le mois dernier, j’ai publié un billet sur l’exposition Hubert Robert et la fabrique des jardins. Il y a plusieurs années que je me promettais de parler sur le blog de cet artiste, qui compte parmi mes favoris. Mais comme pour tous mes sujets préférés, j’ai trop de choses à raconter, trop peur de mal m’y prendre, de ne pas réussir à faire à la fois complet et bref… L’exposition, dont mon amie Sarah Catala, est une des commissaires me donne donc l’occasion de parler de cet artiste sous un angle particulier, celui de « créateur » de jardins, avec tout ce que ce terme a d’ambiguïté, car il n’est ni architecte, ni jardinier, ni même entrepreneur. C’est un peintre de paysage, un dessinateur, un professeur de dessin : enfin tout ceci, vous l’apprendrez en lisant mon billet.

Avec vue sur Seine

En l’écrivant, j’ai eu envie de vous parler du château de La Roche-Guyon, que j’ai découvert – avec émerveillement – lors du vernissage : un lieu magnifique, avec une belle vue sur la Seine, un château atypique, dont une partie est troglodytique ! En attendant que je lui consacre un « Vélo-Château », pourquoi n’iriez-vous pas par vous même le découvrir ?

Rouen vu par Hubert Robert

L’exposition s’ouvrait avec quatre reproductions des Vues de La Normandie par Hubert Robert. Je les ai trouvées fort peu à propos dans le parcours de l’exposition puisqu’elles ne traitent pas de l’art des jardins. Elles étaient là uniquement pour évoquer le lien fort qui unit le peintre à la famille des La Rochefoucault-Rohan-Chabot, qui comptent parmi ses plus importants clients. Les tableaux reproduits ont été commandés par Dominique de la Rochefoucault, archevêque de Rouen, pour le palais épiscopal de la ville, où ils se trouvent toujours. Si je les ai trouvés peu à leur place dans l’exposition, j’ai néanmoins été heureuse de les voir, ou plutôt de les revoir car j’en ai admiré les originaux, il y a plus de dix ans, lors des Journées du Patrimoine. Ces quatre panneaux figurent Dieppe, Le Havre, Gaillon et Rouen… Vous voyez certainement où je veux en venir : il faudra qu’un jour je leur consacre le billet qu’ils méritent, en comparant la physionomie actuelle de ces villes à l’aspect qu’elles avaient du temps d’Hubert Robert.

Hubert Robert, Vue de Rouen, 1773, huile sur toile, Rouen, Archevêché.

Un détour par l’Italie

La section consacrée au séjour italien d’Hubert Robert m’a évidemment rappelé que j’aimerais vous parler de l’histoire de l’Académie de France à Rome, et de la tradition du Grand Tour dans l’Europe du XVIIIe siècle. Il faudrait aussi que j’exhume mes photos de la Villa Médicis que j’ai eu la chance de visiter il y a quelques années. Mais à l’époque d’Hubert Robert, l’Académie de France à Rome ne siégeait pas encore dans ce magnifique palais ! Dans cette section, il était aussi question de l’Abbé de Saint-Nom, avec qui Hubert Robert voyage dans le sud de l’Italie. Plus tard, bien plus tard, ce dernier publiera un important livre, le Voyage pittoresque ou Description des royaumes de Naples et de Sicile. Un livre illustré des gravures dont certaines réalisées d’après des dessins d’Hubert Robert ! Ce livre-là, il faudra que je lui consacre un billet de blog car je l’ai plusieurs fois consulté sur Gallica et il fait partie de ces grandes relations illustrées de voyage que j’aime tant. Malheureusement, la numérisation actuellement disponible n’est pas de très bonne qualité.

Dans l’exposition, j’ai aussi admiré plusieurs maquettes en liège de monuments antiques. J’en ai, durant mes études, croisé à plusieurs reprises, notamment à l’École des Beaux-Arts. Ce sont des objets assez intéressants et trop méconnus, qui auraient bien leur place sur le présent blog 😃. Je pensais que ces maquettes n’avaient pour but que de témoigner des monuments antiques et qu’on les collectionnait par souci documentaire, au côté des gravures (et plus tard des photographies). J’ai découvert lors de l’exposition que ces maquettes pouvaient aussi servir comme support pour présenter des projets d’aménagement de fabriques et de jardins à de riches commanditaires.

Hubert Robert à Versailles

J’avais oublié qu’Hubert Robert avait travaillé pour le Roi, notamment à Versailles. Pourtant, comme j’avais été frappée par son tableau de L’Abattage des arbres du parc, lorsque je l’avais découvert ! Il avait quelque chose de désolant et triste. Je lui consacrerais bien un billet. A Versailles, Hubert Robert a aussi participé au réaménagement du bosquet d’Apollon, qui est un de mes endroits préférés du parc. Un lieu à l’histoire mouvementée ! (si j’écris encore « il faudrait que j’y consacre un billet, vous allez me trouver répétitive, n’est-ce pas ? Partons donc du principe que chaque sujet que j’évoque ici s’ajoute à la longue liste de mes « idées de billets »).

Au jardin

Evidemment, l’exposition de La Roche Guyon traitait en long et en large du renouvellement qui s’opère dans l’art des jardins dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, avec l’avènement du jardin paysager, inspiré de l’exemple anglais et de l’esprit des Lumières, auquel il participe. Ce sujet m’a toujours beaucoup plu, je vous en touchais un mot dans l’article sur l’exposition Jardins, en septembre. Je possède même un ouvrage sur la question à la maison, car je rêve depuis longtemps de l’aborder dans un billet, rassemblant toutes les gravures et ouvrages savants que j’ai pu consulter sur Gallica. Mais pour cela, il faudrait peut-être que j’aille aussi visiter les derniers parcs existants : celui d’Ermenonville, ainsi que le désert de Retz…

Hubert Robert, Le château et le parc de Méréville, vers 1790, Huile sur toile, Musée du Domaine départemental de Sceaux.

Chez Alexandre Lenoir

Enfin, l’exposition de La Roche-Guyon m’a procuré le plaisir d’admirer un de mes tableaux favoris d’Hubert Robert, que je craignais de ne pas revoir avant plusieurs années puisque le musée qui le possède est fermé pour de (gros) travaux. Il s’agit du Jardin du Musée des Monuments français, ancien couvent des Petits-Augustins, conservé au Musée Carnavalet. Ici, Hubert Robert, agé de soixante-dix ans peint le jardin d’un tout jeune musée à l’existence brève : le musée des Monuments français, créé par Alexandre Lenoir avec les saisies de la Révolution.

Hubert Robert, Le jardin du musée des Monuments français, 1803, huile sur toile, Paris, Musée Carnavalet.

Dans l’ancien couvent des Petits-Augustins, transformé en dépôt temporaire d’oeuvres d’art, il aménage un véritable parcours muséologique, proposant un exposé de l’art français du Moyen Âge au XVIIIe siècle. Dans le jardin attenant, il dispose sculptures et tombeaux factices, dont celui d’Héloïse et Abélard. Le lieu, qui ne survit qu’une décennie, marque profondément les artistes, qui sont nombreux à venir y dessiner : son fantôme entera l’imaginaire du XIXe siècle tout entier… et le mien ! En 2016, le Louvre a consacré une exposition à ce lieu mythique. Depuis, le catalogue scientifique dort sur une de mes étagères en attendant de nourrir le présent blog.

4 commentaires sur “Supplément à Orion : autour d’Hubert Robert

  • 10 décembre 2017 à 21 h 35 min
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    Sympa comme idée ce supplément ! J’adhère 🙂

    Je retiens surtout La Roche-Guyon à visiter pour ma part.

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  • 10 décembre 2017 à 21 h 56 min
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    Ton esprit marche à toute vitesse, une chose en entraînant une autre, puis une autre…et l’envie de tout transmettre. Heureusement pour nous, tu arrives à mettre un peu d’ordre et de logique dans tes billets!
    J’ai connu le château de Laroche-Guyon grâce à Blake et Mortimer (je ne sais plus quel opus)! Mais je ne l’ai jamais vu « en vrai ». Comme toi, je suis amoureuse des oeuvres d’Hubert Robert depuis mes études d’Histoire de l’Art (années 70). Il y a 3 ou 4 ans, j’ai exploré Gallica à la recherche d’ouvrages sur les jardins, juste pour avoir quelques idées pour le jardin de la maison! Hem! J’ai trouvé de superbes illustrations, mais je n’ai pas conservé les références. Maintenant, j’ai un mini-jardin à la française, tout simple.
    Oui, le supplément est une riche idée. C’est plus libre, tu peux nous parler de ce qui te passe par la tête au moment où tu l’écris.

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