Camille Godet, un peintre à Rennes dans la première moitié du XXe siècle

De passage (rapide) à Rennes, j’ai pu voir in extremis l’exposition estivale du Musée des Beaux-Arts, consacrée à une figure artistique locale de la première moitié du XXe siècle, Camille Godet.

Vue d’ensemble de l’exposition Camille Godet

Par cette exposition, le musée entend faire (re)découvrir à son public le peintre auquel la ville doit plusieurs de ses grands décors (Hôtel de Ville, Maison du Peuple, salon de l’Opéra), mais également mettre en valeur un important don d’une centaine de dessins consenti par les héritiers de l’artiste, il y a 27 ans déjà.

Camille Godet, autoportrait.

L’essentiel de la carrière de Camille Godet, né en 1879, s’est déroulé à Rennes. Après avoir été formé à l’École des Beaux-Arts de la ville durant la dernière décennie du XIXe siècle, il y devient professeur en 1914. Mais cette première expérience d’enseignement est de courte durée, car, bien que non appelé, Camille Godet part à la guerre comme engagé volontaire. Déjà âgé (35 ans), il est affecté à la territoriale et d’abord incorporé dans un escadron du train avant de rejoindre le service topographique.

Camille Godet, Divers dessins de guerre, Musée des Beaux-Arts et collections particulières.

En retrait de la ligne de front, il consacre son temps libre à dessiner le quotidien des poilus. Une cinquantaine de ces croquis et gouaches sont exposés au musée. Certains ont servi pendant la guerre pour la publication de cartes postales, leur offrant une large diffusion.

Camille Godet, essais d’impressions pour cartes postales, 1914-1916, collection particulière

De retour à Rennes après la guerre, Camille Godet partage son temps entre l’enseignement et la réalisation de grands décors peints pour des monuments de la ville. Proche de l’architecte municipal Emmanuel Le Ray, il se voit confier la réalisation des décors peints sur plusieurs de ses chantiers.

Planche d’un album sur l’oeuvre de Le Ray. Ici, l’aménagement du Panthéon Rennais, à l’hôtel de ville et les peintures réalisées par Camille Godet

La plus importante de ces réalisations est le « Panthéon rennais » qui orne une des salles de l’Hôtel de Ville. Il s’agit d’une grande frise peinte, surplombant les panneaux de marbre où sont inscrits les noms de ceux qui sont tombés pour la France. Godet y a représenté un long cortège de soldats français et alliés. Le style évoque les grandes frises patriotiques du même genre, comme celle que l’on peut contempler gare de l’Est à Paris.

Camille Godet, études pour le Panthéon Rennais, Union des combattants d’Ille-et-Vilaine

L’évocation de cette commande majeure de la carrière de l’artiste constitue le clou de l’exposition : le musée présente une trentaine d’études préparatoires aux figures des soldats. L’effet d’ensemble est très impressionnant, et la contemplation de chaque feuille témoigne du talent de l’artiste autant que de son souci de vérité.

Après ce gigantesque chantier (le décor est inauguré à l’été 1922), Camille Godet reçoit d’autres importantes commandes publiques : le décor de la salle des mariages de Guéméné et celui de la salle de réunion de la Maison du Peuple de Rennes.

Cette Maison du Peuple, destinée à recevoir les réunions des syndicats, est née de la volonté du maire de l’époque, Jean Janvier, très attaché aux questions sociales. Le thème de la frise destiné à la salle de réunion s’impose de lui-même : le travail. C’est un sujet — le travailleur — que Godet a toujours apprécié, croquant, tout au long de sa vie, des scènes de chantier, l’activité des ateliers, etc.

Que ce soit dans le décor de la Maison du Peuple ou dans ses carnets de croquis, Camille Godet montre la genèse des monuments qui font la gloire de sa ville, comme la piscine Saint-Georges — et, par conséquent, ce qu’ils doivent aux ouvriers du bâtiment. Quelle émotion cela doit être pour ceux qui ont eu des ancêtres maçons, charpentiers ou couvreurs à Rennes dans ces années-là que de découvrir ces dessins, hommages sensibles et témoignage d’un quotidien de labeur.

La dernière section de l’exposition, un peu fourre-tout en regard des précédentes, évoque les voyages effectués par l’artiste, en Bretagne et à l’étranger. À la gouache, Camille Godet dépeint avec sympathie le pittoresque de la Bretagne du milieu du XXe siècle : le ramassage des pommes de terre à Saint-Guénolé en 1932, les pêcheurs sur le port de Concarneau en 1930….

Amusant spectacle que ce marché saisi en 1952 : si les Bretonnes portent toujours leurs coiffes, les jupes ont raccourci et l’on devine parmi la foule un enfant en culotte courte et une femme en tenue de vacancière. Peut-être ma toile préférée de l’exposition !!

Camille Godet, Marché, toile, 1952, collection particulière

Exposition Camille Godet, peintre, dessinateur et pédagogue en Bretagne, à voir jusqu’au 3 septembre 2017 au Musée des Beaux-Arts de Rennes

Un commentaire sur “Camille Godet, un peintre à Rennes dans la première moitié du XXe siècle

  • 30 août 2017 à 16 h 38 min
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    Parmi les travailleurs représentés, peut-être auras-tu vu sans le savoir ton arrière-grand-père… Tu le sais certainement, il était artisan menuisier à Rennes.

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