Le château de Maisons, un chef-d’oeuvre de l’architecture classique

Voyageur étranger à Paris au XVIIIe siècle, il est probable que l’on vous aurait conseillé la visite au château de Maisons. Des environs de la capitale, c’est l’une des demeures dont les guides touristiques d’alors recommandent le plus vivement la visite – après les palais royaux, évidemment. Trois siècles plus tard, le château de Maisons n’a pas perdu sa réputation : il est aujourd’hui encore considéré comme le chef-d’oeuvre de François Mansart, un des plus fameux architectes de la première moitié du XVIIe siècle.

L’escalier du château de Maisons, à Maison-Laffitte

L’histoire du château de Maisons commence en 1629 quand René de Longueil hérite de la seigneurie de Maisons-sur-Seine (aujourd’hui Maisons-Lafitte) qui appartient à sa famille depuis un siècle et demi. Descendant d’une longue lignée de parlementaires, René de Longueil connaît une ascension sociale remarquable : au cours de sa carrière, il va cumuler les charges les plus prestigieuses, jusqu’à être nommé (brièvement) surintendant des Finances du Roi, puis Ministre d’État.

Enrichi par la fortune de son épouse Madeleine de Crèvecœoeur et par son habileté financière, René de Longueil veut affirmer sa nouvelle posture sociale en élevant, à l’emplacement du vieux manoir familial, un château non pas à la pointe de la mode, mais qui fasse la mode. René de Longueil a un atout de taille : le terrain qu’il possède est plein de potentiel, idéalement situé à mi-chemin entre Paris, la capitale, et Saint-Germain-en-Laye où le roi, Louis XIII, séjourne régulièrement.

Vue depuis les toits du château de Maisons à Maisons-Lafitte

Le château de Maisons ou la naissance de l’architecture classique française

Pour mettre à exécution son dessein, René de Longueil se tourne vers un architecte réputé, François Mansart, qui vient d’achever le très admiré château de Balleroy, et qui a depuis reçu de prestigieux chantiers, comme l’agrandissement du château de Blois. A Maisons, Mansart va produire son chef-d’oeuvre, aboutissement des recherches qu’il mène depuis le début de sa carrière : c’est la naissance de l’architecture classique française.

Pérelle, Le château de Maisons, eau-forte, XVIIe siècle, exemplaire conservé au Château de Versailles

La silhouette du château de Maisons est reconnaissable du premier coup d’oeil, avec ses volumes rythmés et harmonieux, ses « masses pyramidantes » et ses hautes toitures d’ardoise, ponctuées de terrasses qui offrent de beaux points de vue sur le bâtiment et son parc. La construction doit séduire l’oeil, mais surtout, elle doit impressionner : habilement, Mansart joue des formes et du rythme des volumes pour donner l’illusion que le château est plus grand qu’il ne l’est réellement.

Si la façade de Maisons marque un nouveau modèle, la pièce maîtresse de Mansart au château, c’est l’incroyable couple que forment l’escalier et le vestibule. Introduisant dans l’architecture française une formule italienne, Mansart met le vestibule au centre du château et repousse l’escalier sur le côté. Autrefois, le vestibule était largement ouvert sur le parc, simplement fermé par deux grilles de fer forgé (qui ornent depuis 1797 deux des espaces les plus prestigieux du Louvre, la chapelle et la galerie d’Apollon). Le vestibule est un chef-d’oeuvre d’élégance avec ses pilastres, son dallage de pierres noires et blanches… Quatre bas-reliefs, figurant les quatre éléments, surplombent les portes : ils sont l’œuvre du sculpteur Guérin sur un modèle dessiné par Jacques Sarrazin.

Mais le plus spectaculaire est la pièce attenante : le grand escalier présente quatre volées suspendues, c’est-à-dire sans piliers de soutènement, ce qui est, pour l’époque, une prouesse technique, étant donné la complexité des calculs et de la stéréotomie.

L’escalier, comme le vestibule, est majestueux. De plan carré au sol, il est couronné d’un entablement ovale, sur lequel repose la coupole. La corniche, saillante, supporte d’adorables enfants, exécutés par Philippe Bystel, là encore sur des dessins de Sarrazin.

Putti décorant le palier de l’escalier d’honneur du château de Maisons, sculptés par Philippe de Buyster d’après des dessins de Jacques Sarrazin,
photo CC-BY-SA Marie-Lan Nguyen

L’escalier et le vestibule réservent quatre appartements. Le plus prestigieux est l’appartement à l’italienne, ou appartement du Roi, avec sa grande et impressionnante salle de bal (qui servait également aux concerts et aux festins). Elle est ouverte par une grande arcade sur l’antichambre du Roi et son impressionnante cheminée aux belles (fausses) cariatides… qui s’appellent, ai-je appris, des canéphores (femmes porteuses de paniers).

L’appartement dit du Roi recèle une pièce aussi discrète que précieuse : le cabinet aux miroirs, un espace intime où René de Longueil recevait des invités triés sur le volet pour converser de choses raffinées. Les murs sont couverts de glaces, un luxe certain pour l’époque (pensez à la galerie des Glaces de Versailles, quelques années plus tard !). Les lambris sont peint d’or et de lapis lazuli… Quand au sol, il est couvert d’une extraordinaire marqueterie de bois précieux. Un écrin fabuleux que les visiteurs sont contraints d’admirer depuis le seuil de la porte tant la pièce est fragile !

Le décor du château de René de Longueil rassemble les meilleures signatures du temps : François Mansart pour l’architecture et le dessin des jardins, Jacques Sarazin pour le modèle des sculptures, Michel Corneille pour les peintures. Malheureusement, une partie de ces décors d’origine ont disparu, certains du temps même de leur commanditaire, remplacés par des décors plus à la mode. Aux XVIIIe et XIXe siècle, les différents propriétaires n’eurent eux aussi de cesse de mettre au goût du jour les intérieurs. Aussi le décor actuel est un mille-feuille de styles et d’époques qui réserve, à chaque seuil franchi, de nouvelles surprises !

Enfilade du premier étage du château de Maisons

Maisons, destinée d’un château

A la mort de Longueil, en 1677, le château de Maisons reste aux mains de ses descendants. Le château n’a pas perdu sa réputation, et les guides des environs de Paris sont nombreux à en recommander la visite aux étrangers de passage dans la capitale. Déjà en 1665, quand Le Bernin séjourne en France, Colbert insiste pour que le célèbre artiste italien y soit conduit (mais on ne sait pas s’il s’y est rendu).

En 1777, le château est vendu au comte d’Artois (futur Charles X) qui y effectue quelques travaux de mise à la mode. Mais, une décennie plus tard, la Révolution gronde et le Maisons est saisi comme bien d’émigré. Son mobilier est dispersé… Le château échappe à la destruction et va, le calme revenu, passer de main en main tout au long du XIXe siècle. Le plus connu des propriétaires qui se succèdent est sans aucun doute Laffite dont la ville de Maisons a adopté le nom en 1882 pour devenir Maisons-Lafitte. Mais pourquoi donc ?

Quand Jacques Lafitte achète le château, en 1818, il est régent et gouverneur de la Banque de France. Sa carrière politique brillante (il sera député, ministre et même président du Conseil de Louis-Philippe) ne l’empêche pas de finir ruiné. Au début des années 1830, il doit à tout prix trouver des liquidités : il cède alors sa magnifique forêt de Breteuil, les diamants de sa femme… et imagine une ambitieuse opération immobilière à Maisons. En 1833, il propose à la vente des parcelles du parc du château pour y créer un lotissement paysager sur le modèle anglais. La proposition séduit l’élite parisienne et les écuries dessinées par Mansart disparaissent au profit de cossues maisons de campagne, bâtie selon un cahier des charges strict.

Mais le succès du parc (aussi nommée « colonie ») de Maisons ne s’affirmera qu’avec le propriétaire suivant, Thomas de Colmar. Sous le Second Empire, en effet, Maisons devient un lieu de villégiature très prisé de la haute bourgeoisie parisienne : la spéculation immobilière s’emballe, et, à l’orée du XXe siècle, l’appétit des promoteurs menace le château, qui est heureusement sauvé par l’intervention de l’Etat. En 1905, ce dernier se porte acquéreur du monument, qui sera classé en 1914.
Si les écuries et une grande partie du parc ont disparu au cours du XIXe siècle, l’essentiel a été sauvé : le château. Et pour retrouver les fastes verdoyants du passé, il suffit juste au visiteur de faire preuve d’un peu d’imagination !

Une visite inoubliable

Ma visite du château de Maisons restera gravée dans ma mémoire puisque j’ai eu la chance de le découvrir dans des conditions très particulières, par une belle soirée d’été.  A l’occasion de la remise en place d’une sculpture sur la façade dans le cadre d’un chantier de restauration, j’avais été invitée – avec quelques autres blogueurs et à la suite de journalistes, à (re)découvrir le monument. Notre guide n’était autre que David Madec, administrateur du château : passionné et passionnant, il nous a fait pénétrer les moindres recoins de demeure, du sous-sol… jusqu’aux combles ! Des espaces qui sont d’ordinaire inaccessibles au public et que je suis très heureuse de partager avec vous à travers ces quelques photos.

Un grand merci à David Madec – administrateur du château – et à l’équipe du CMN qui m’a reçue pour cette visite privilégiée et passionnante. Pour prévenir les éventuelles déceptions, je rappelle que les terrasses des toitures et la partie haute de l’escalier ne sont pas ouverts à la visite. Attention également, la façade sur cour est actuellement en travaux (et non visible) jusqu’à la fin de l’année. Pour visiter le château de Maisons, consultez son site internet.

Le château de Maisons durant les travaux

2 commentaires sur “Le château de Maisons, un chef-d’oeuvre de l’architecture classique

  • 15 juillet 2017 à 11 h 22 min
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    Bonjour

    Bravo pour ce reportage complet et…concis
    Cordialement
    PS : N’oubliez pas les courriers de votre grand-père que je suis impatient de découvrir

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