A bicyclette sur la véloroute de la Mémoire : Somme 1916

Le dernier week-end de mars, nous sommes partis en expédition entre le Nord-Pas-de-Calais et la Somme : d’Arras à Amiens, avec un crochet par Péronne, nous avons roulé 170 kilomètres à vélo sur les traces de la Première Guerre mondiale.

Sur la véloroute de la Mémoire, dans la Somme

Perdu dans un champ, ce monument marque le souvenir d’un être cher pour une famille.

Un week-end cyclotouristique en Artois et en Somme

Pour inaugurer ce premier (beau) week-end de printemps, nous avions décidé de partir en expédition cyclotouristique. Après de longues hésitations (Paris-Chartres ? Nevers-Briare ?), nous avons porté notre dévolu sur la véloroute de la mémoire (itinéraire 32) qui relie Arras à Amiens en passant par Albert.

J’y voyais l’occasion de me remettre à mon projet autour de la mémoire de mon arrière-arrière-grand-père poilu, Augustin Garnault, depuis trop longtemps en suspens (pour des raisons sur lesquelles je reviendrai dans un prochain billet), mais aussi d’aller visiter l’Historial de Péronne, musée qui attirait toutes mes curiosités, mais dont, faute de liaison ferroviaire, je repoussais sans cesse la découverte.

Péronne n’étant pas sur la véloroute de la Mémoire, j’ai dû m’arranger un peu avec le parcours pour dessiner un itinéraire qui passe par tous les centres d’intérêt que nous nous étions fixés. Grâce à l’excellent site veloenfrance.fr (qui propose des centaines d’itinéraires cyclables), j’ai pu trouver d’autres circuits à vélo, qui mis bout à bout, m’ont permis de tracer un trajet de 170 kilomètres à travers la campagne.

D’Arras à Péronne, sur les traces de la bataille de la Somme

Samedi matin, donc, nous nous embarquions avec nos vélos dans un TGV de la gare du Nord. Quarante-cinq minutes plus tard, nous débarquions à Arras, ville qui fut très durement touchée pendant la Première Guerre mondiale. Dès octobre 1915, la ligne de front se fixe en pays d’Artois. Plusieurs batailles féroces s’y déroulent, notamment en avril-mai 1917. La ville sortira ruinée du conflit : 80% du bâti ancien a été détruit par les obus…

Face à la gare, le premier monument qui accueille les visiteurs est justement le monument aux morts, très impressionnant. Son décor est assez original, puisqu’il s’inspire des conventions artistiques de l’art égyptien : bas-relief, figures de profil, étagement des scènes…

Arras, Monument aux Morts

Le monument aux morts de la ville d’Arras

Pressés de nous lancer sur la véloroute, nous n’avons pas pris le temps de visiter la ville (à regret) et nous nous sommes contentés d’un coup d’oeil au beffroi, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO et d’un crochet jusqu’à la citadelle Vauban, construite entre 1668 et 1670.

Malheureusement pour nous, le début officiel de la véloroute n’est pas à Arras même, mais dans une bourgade proche, Dainville, que nous peinons à trouver faute de signalisation (ou alors nous ne l’avons pas vue !). Les premiers kilomètres sont agréables, quoique très linéaires : nous roulons sur une ancienne voie de chemin de fer convertie en piste cyclable. Le vent est fort mais heureusement, nous l’avons (pour l’instant) dans le dos. La campagne est belle, les herbes vertes luisent au soleil, ce qui nous change un peu de Paris !

La campagne, au printemps

Nous traversons le Pays d’Artois sans trop voir les traces de la guerre : ce n’est qu’après avoir bifurqué vers Bapaume que nous commençons à traverser des villages, au centre desquels trônent immanquablement des monuments aux morts. Je prends en photo celui de Bienvillers-au-Bois, qui me semble original avec son poilu en uniforme bleu, les bras écartés, qui me semble recevoir la balle mortelle. En cherchant des informations sur ce monument, j’apprendrai que la figure s’intitule « on ne passe pas » et illustre l’attitude courageuse des soldats. Le modèle est dû au sculpteur Eugène Piron : la statue fut produite en série par la Fonderie Durenne et on la retrouve dans une bonne vingtaine de villages français.

Monument aux morts de Burcquoy

Le monument aux morts de Burcquoy dans la Somme : la figure du poilu, intitulée « On ne passe pas » est une création du sculpteur Eugène Piron. Elle fut commercialisée et fondue par l’entreprise Durenne. Elle orne une vingtaine de monuments aux morts à travers la France.

La route est difficile, non pas qu’elle soit très fréquentée ou trop vallonnée (l’itinéraire est vraiment agréable) mais c’est que le vent est très fort et latéral : plusieurs fois, je manque de finir dans le fossé, faute de résister aux bourrasques. Nous apprendrons plus tard qu’il soufflait à 60 km/h !

Après avoir déjeuné à Burcquoy, nous reprenons la route en direction d’Achiet-le-Petit puis de Miraumont. La campagne est vraiment belle, légèrement vallonnée. Tout est bien paisible sur les rives de l’Ancre. Pourtant, il y a un siècle, s’est déroulée ici l’une des batailles les plus terribles de la Première Guerre mondiale : la bataille de la Somme (juillet-novembre 1916). Pendant quatre mois, de juillet à novembre 1916, une bataille terrible se joue : le front progresse de 5 à 12 kilomètres selon les zones, au prix de 1 200 000 hommes mis hors de combat (blessés, prisonniers ou morts…)  J’essaie d’imaginer ce petit bout de pays sous le feu de l’artillerie ; les arbres décharnés ; les routes boueuses. Les lieux sont méconnaissables comparés aux images d’archives que j’ai en tête.

Dans chaque village, un panneau marqué d’un coquelicot nous accueille : c’est le symbole de la mémoire de la guerre pour les anciens pays du Commonwealth. Nous sommes ici sur un territoire qui a été défendu par les soldats de l’Empire britannique : au bord des routes que nous empruntons, nous croisons des cimetières australiens, irlandais, sud-africains, canadiens…

Alors que nous longeons une petite rivière dans un joli vallon, une tour s’élève au sommet d’une colline. Une tour médiévale, seule, au milieu de nulle part. À mesure que nous grimpons vers le monument, nous nous interrogeons : est-ce un pastiche XIXe néo-médiéval ? Comment peut-il être encore debout alors qu’ici les combats ont été terribles ? Quel propriétaire a commis cette folie de reconstruire à l’identique après-guerre ?

Tour néo-médiéval d'Ulster à Thiepval

La Tour d’Ulster à Thiepval (Somme) : un mémorial aux soldats irlandais.

Nous aurons l’explication une fois devant le monument : c’est en fait un mémorial commémorant le sacrifice de la 36e division d’Ulster qui a perdu sur ce terrain, le seul 1er juillet 1916, 5000 hommes. Plus largement, il s’agit un lieu de souvenir dédié à tous les bataillons provenant d’Ulster qui ont pris part à la bataille de la Somme. Mais pourquoi un monument néo-médiéval ? C’est qu’il s’agit de la réplique d’une tour qui se trouve dans un parc de Clandeboyne en Irlande, où l’Ulster division s’entrainait. Un peu de chez eux apporté sur le terrain où ils sont tombés…

Le mémorial de Thiepval

Nous arrivons à Thiepval, où se trouve le mémorial franco-britannique. Thiepval est un lieu important de la bataille de la Somme, déclenchée le 1er juillet 1916 par les Britanniques en réponse à la bataille de Verdun (février 1916). Le 1er juillet 1916, à 7h20 du matin, l’offensive est lancée : 100 000 hommes sortent des tranchées. Ce sont pour l’essentiel des soldats britanniques, les fameux « bataillons de copains » enrôlés volontairement. La défense allemande est impitoyable et au soir du premier jour de la bataille, 20 000 des soldats britanniques sont tombés ; 40 000 autres sont blessés ou prisonniers. Il faudra encore 87 jours de combats pour que les troupes s’emparent du village de Thiepval, tenu par les Allemands.

Monument commémoratif de Thiepval, vue d'ensemble

Le mémorial franco-britanique de Thiepval

À la fin des années 1920, la colline de Thiepval est choisie pour commémorer les 72 205 hommes des armées britanniques qui sont tombés dans la Somme entre juin 1915 et mars 1918. Sur les murs du monument, élevé entre 1929 et 1932 par l’architecte Edwin Lutyens, sont inscrits les noms des soldats dont les corps n’ont jamais été retrouvés. Régulièrement, la liste est amendée, parce qu’on avait oublié le nom de l’un d’eux ou parce que le corps d’un autre a été identifié et qu’il dispose désormais d’une tombe.