Chronique 9 – Que des expos !

Holà chers lecteurs ! Reprendre le blog est motivant et même si la remise en route de la machine est un peu difficile, je me sens « sur la bonne pente ». La chronique n°9 laissera la part belle aux expositions car j’ai retrouvé le courage d’aller au musée sans m’y traîner !

Vue de l'exposition Faire le Mur aux Arts Décoratifs

Vue de l’exposition Faire le Mur aux Arts Décoratifs

Promenade en des lieux disparus au Musée du Louvre

Sous les frondaisons d’Arcueil

Le Musée du Louvre nous offre une promenade avec Jean-Baptiste Oudry dans un parc aujourd’hui disparu. Sur le territoire actuel de la commune d’Arcueil, s’élevait autrefois un château, entouré d’un immense parc en terrasses. Il était fort admiré de ceux qui le parcouraient. Mais vers 1750, le domaine est progressivement abandonné par ses propriétaires : la nature reprend ses droits sur les bosquets, les allées, les bassins… Les peintres, eux, viennent et se délectent. Jean-Baptiste Oudry est sans doute le plus assidu.

Quatre-vingts dessins sont exposés, dont beaucoup signés d’Oudry. Ils nous entraînent dans une véritable promenade : toutes les feuilles sont localisées sur un plan et l’accrochage forme un parcours cohérent, rythmé, de terrasses en bosquets, de fontaines en points de vue. Paisible déambulation, où l’on ne rencontre que quelques couples galants, espiègles enfants et blanchiseuses au travail.

En savoir plus : A l’ombre des frondaisons d’Arcueil. Dessiner un jardin au XVIIIe siècle au Musée du Louvre, jusqu’au 20 juin 2016. Entrée comprise dans le parcours permanent

Le musée des monuments français

Dans les anciennes salles de l’histoire du Louvre, c’est à une autre promenade dans un lieu disparu que le musée nous convie : le Musée des monuments français d’Alexandre Lenoir, créé dans le tournant de la Révolution.

En 1791, les églises parisiennes sont supprimées. Les oeuvres qu’elles contiennent sont rassemblées dans des dépôts, bientôt rejointes par les objets saisis aux émigrés (aristocrates ayant fui à l’étranger). Si des biens sont détruits et d’autres vendus, le mouvement révolutionnaire porte l’idée qu’il faut sauvegarder les oeuvres d’art : elles forment le patrimoine commun de la nation et doivent être transmises aux générations futures.

Alexandre Lenoir est justement responsable d’un de ces dépôts, celui des Petits Augustins, dans le centre de Paris, installé dans un ancien couvent. Mais Lenoir ne va pas se contenter d’accueillir les biens saisis et de les trier : il va aussi prospecter pour en acquérir d’autres, et, surtout, il va organiser son dépôt pour constituer un véritable musée.

Dans l’espace dont il dispose, Lenoir agence les monuments et statues selon une logique chronologique, mais non sans arrangements avec l’authenticité des artéfacts. Pour servir son discours sur l’histoire des arts français, Lenoir n’hésite pas en effet à reconstituer ce qui manque, voire à inventer des monuments à l’aide de vestiges épars. Architectes, marbriers, vitriers l’aident dans la création des décors du Musée des Monuments français, agençant les sculptures, peignant les murs, assemblant des vitraux. Toute la mise en scène concourt à créer une « ambiance » propice à frapper les esprits.

Jusqu’en 1816, date à laquelle Louis XVIII décrète sa fermeture et la dispersion de ses collections, le Musée des Monuments français sera visité par de nombreux érudits et artistes qui resteront marqués par son atmosphère.

C’est à travers les dessins de ces derniers que le Louvre nous propose une déambulation dans ce musée disparu. Le visiteur rêveur sera ravi de cette promenade merveilleuse, tandis que les plus férus de muséologie se régaleront des textes de salles qui apportent de nombreux éléments de compréhension.

Pour en savoir plus : Un musée révolutionnaire. Le Musée des Monuments français d’Alexandre Lenoir au Musée du Louvre, jusqu’au 20 juillet 2016. Entrée comprise dans le parcours permanent.

Mettons tout de même les lecteurs d’Orion en garde : que ce soit pour rêver du Musée des Monuments français ou du domaine d’Arcueil, il faut aller au Musée du Louvre muni d’une playlist agréable et d’un bon casque. Car si les oeuvres invitent à la déambulation imaginaire, le brouhaha des touristes ramène bien vite à la dure réalité.

Dans l’atelier, l’artiste photographié, au Petit Palais

J’ai toujours eu un goût particulier pour les photographies d’ateliers d’artistes, soigneuses mises en scènes qui donnent l’illusion d’entrer dans l’intimité de la création… il y a toujours mille et un détails auxquels les yeux peuvent s’accrocher, des histoires qui se racontent à travers l’image. Quelle ne fut pas ma joie de voir cette thématique – la photographie d’atelier – au programme du Petit-Palais, dont j’apprécie toujours les expositions…

Gautier Deblonde, atelier de Ron Mueck, photographie exposée au Petit Palais

Gautier Deblonde, atelier de Ron Mueck, photographie exposée au Petit Palais

Dès la première salle me voilà conquise : grandiose introduction au sujet, qui met subtilement en regard des photographies contemporaines – les ateliers de Ron Muek, Soulages, Anish Kapoor saisis par Gautier Deblonde et des clichés anciens de l’atelier du peintre Fortuny, surchargé de bibelots. Les deux séries partagent plus d’un point commun, dont un format similaire, panoramique.

Il règne sur les photographies de Gautier Deblonde une aura de mystère. Il opère à l’heure du midi, quand l’artiste et ses assistants déjeunent. Il flotte encore quelque chose dans l’air : le silence lumineux de l’atelier de Soulages parfaitement rangé, l’étrangeté de ce géant sans tête abandonné dans celui de Ron Mueck. Images de grande qualité, qui nous donnent l’impression d’être dans l’atelier.

On se plonge ensuite dans la pléthorique série d’Edmond Bénard « les artistes chez eux » dont j’avais déjà parlé dans un précédent billet – et qu’il faudrait remettre à jour, tant la recherche a depuis évolué. Dans ces clichés, ce n’est pas tant la réalité d’un environnement de création que l’on voit, que la mise en scène et la représentation de personnages médiatiques, emblématiques du statut social nouveau de l’artiste dans la société du XIXe siècle.

Ensuite, l’exposition explore de nombreuses problématiques, malheureusement de manière un peu fouillis. Je regrette que certaines questions n’aient été que survolées, d’autres encore presque éludées. La question de l’archive de la création, de la photographie comme trace de la performance, ou encore le tabou des assistants…

Pour en savoir plus : Dans l’atelier. L’artiste photographié d’Ingres à Jeff Koons au Petit Palais jusqu’au 17 juillet 2016.

D’affiches en papiers peints… au Musée des Arts décoratifs

Aux Arts décoratifs en ce moment, il y’a une exposition sur l’affiche et la caricature (1850-1918) et une autre sur le papier peint. Deux choses qui relèvent de l’impression et entrent donc dans mes centres d’intérêt. J’avais d’ailleurs précédemment publié sur ce blog un article consacré au papier peint du XVIIIe siècle et deux autres aux affiches autour de 1900 (ici et ici).

Si je conseille les deux expositions des Arts décoratifs, c’est plus pour la flânerie et la contemplation que pour apprendre quelque chose : la médiation fait défaut dans l’une comme dans l’autre. Mais heureusement, toutes deux présentent des pièces remarquables.

Faire le mur présente une joyeuse juxtaposition de papiers qui se font écho, prouvant la pérennité et le renouvellement de certains motifs, certaines inventions. Mais rien pour expliquer la fabrication du papier peint, ses usages, son évolution… Dommage ! Les cartels étant regroupés sur des petites fiches, difficiles même de dater les échantillons proposés !

Même déception côté médiation dans l’exposition De la caricature à l’affiche. L’ambition de celle-ci est de montrer les liens qui unissent le monde de la caricature et celui de l’affiche, ainsi que la vitalité de ce dernier dans la seconde moitié du XIXe siècle et jusqu’en 1918.

Les affiches sont regroupées par auteur et accompagnées d’une courte biographie. Aucune explication sur les affiches en elles-mêmes, ce qui est problématique quand on présente, par exemple, des affiches antisémites. Pas non plus de remise en contexte : ni sur la naissance de la réclame ni sur l’affichomanie… Mais il ne faudrait cependant pas passer à côté de cet accrochage : on y voit en effet des affiches de dimensions exceptionnelles… Si exceptionnelles qu’elles ne tenaient pas sur les murs et qu’il a fallu incliner les cimaises ! C’est très impressionnant : il ne reste plus qu’à les imaginer accrochées dans les rues de Paris.

Pour en savoir plus : Faire le mur, quatre siècles de papiers peintsjusqu’au 12 juin 2016 et De la caricature à l’affiche, 1850-1918jusqu’au 4 septembre 2016. Expositions comprises dans le billet « parcours permanent » du Musée des Arts décoratifs

Jardins d’Orient à l’Institut du Monde Arabe

L’arrivée du printemps, le retour des fleurs, voilà qui donne envie d’aller s’enivrer des inspirants jardins d’Orient qui s’exposent à l’Institut du Monde Arabe. Le jardin est un élément important dans les cultures et l’urbanisme du monde musulman ; c’est aussi un des poncifs de l’Orient tel que représenté et fantasmé par l’Occident. C’est enfin aujourd’hui, dans une quête de renouvellement de nos manières d’habiter le monde, une source d’inspiration et d’enseignement : comment, depuis les temps anciens, les hommes du Nord de l’Afrique et du Proche-Orient ont-ils exploité une ressource rare et précieuse – l’eau, pour faire pousser des plantes et aménager des jardins, source de fraîcheur ?

Voilà quelquesunes des questions que tente d’aborder l’exposition de l’IMA, sans grand succès. Les textes de salle sont assez creux et répétitifs et l’accrochage plutôt terne. C’est à regret que je dois avouer que ce qui m’a le plus plu dans « Jardins d’Orient » c’est la magnifique affiche que l’on voit dans le métro…

Pour en savoir plus : Jardins d’Orient, jusqu’au 25 septembre 2016, Institut du Monde Arabe

Des explorateurs aux Archives nationales

Si l’on rêve d’évasion et que l’on est fasciné par les explorateurs d’hier et de demain, c’est aux Archives nationales qu’il faut se rendre. À l’hôtel de Soubise est présentée l’exposition « Des voyageurs à l’épreuve du terrain. Études, enquêtes, exploration, 1800-1960 » ou une histoire du voyage scientifique à travers les archives. Elle dévoile les coulisses de ces expéditions, qui loin de l’imaginaire d’Indiana Jones, étaient soigneusement préparées, financées, encadrées et rassemblaient parfois des dizaines de personnes. D’expéditions ultra-célèbres en illustres inconnus, les Archives nationales nous dressent un manuel quasi exhaustif du voyage d’exploration : comment trouver un financement ? Comment rassembler une équipe ? Comment s’équiper ? Comment documenter ? et évoque toutes les éventualités – l’accident, la maladie… jusqu’à l’assassinat.

Pour une telle exploration de l’histoire du voyage, il faut s’armer de temps, temps nécessaire pour se pencher sur les documents présentés, mais aussi pour lire le livret d’accompagnement, qui, comme toujours aux Archives nationales, est fort complet.

Pour en savoir plus : Des voyageurs à l’épreuve du terrainArchives nationales (Paris), jusqu’au 19 septembre 2016. 

Et vous, qu’avez-vous pensé de ces expositions ? En avez-vous d’autres à me recommander ? 

2 commentaires sur “Chronique 9 – Que des expos !

  • 28 mai 2016 à 14 h 03 min
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    Je viens deux jours à Paris en juillet pour faire des expos – et la lecture vient d’en ajouter deux au programme qui en totalise donc 5 ! Je vais être en surchauffe. Ce qui me désole dans l’histoire c’est que je visite très peu les collections permanentes parisiennes avec cette multitude d’expositions temporaires palpitantes !

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    • 13 juin 2016 à 12 h 53 min
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      Ah, ce problème de l’offre trop grande pour un appétit pourtant immense, ça me connaît ! J’ai même un article sur le feu sur ce sujet là 🙂

      Bon séjour à Paris, en espérant qu’une prochaine chronique n’ajoute pas 3 expo de plus à la liste !

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