Chronique hebdomadaire #7 : ambiance de vacances

À la veille de la rentrée, il est temps de tenir mes bonnes résolutions 2016 et de remplir mon exercice hebdomadaire de la chronique. Voici que se clôturent dix jours de vacances reposantes. J’ai peu à raconter, car je ne suis pas beaucoup sortie : mon compteur à expo est inhabituellement bas, mais de grande qualité : tout ce que j’ai vu ces derniers temps m’a séduit.

Un résumé représentatif de mes vacances :)

Un résumé représentatif de mes vacances 🙂

Images du Grand Siècle

Juste avant les vacances, je suis retournée voir « Images du Grand Siècle. L’estampe au temps de Louis XIV » à la BnF. Au titre de l’exposition, on peut s’attendre à une exposition un peu froide et grandiloquente sur Louis XIV, ce qui, personnellement ne m’enthousiasme pas du tout. Heureusement, il en est tout autrement : l’exposition ne s’intéresse pas tant à l’image de Louis XIV qu’aux images à l’époque de Louis XIV, dans toute leur diversité. Si le pouvoir est à l’origine d’une importante production imprimée, l’image au XVIIe siècle est d’une étonnante diversité : des portraits du roi aux caricatures populaires, des figures de mode aux almanachs, des cartes géographiques aux reproductions d’œuvres d’art, l’exposition propose une plongée surprenante et divertissante dans un siècle plus proche de nous qu’il n’y paraît. Comme ne pas faire le parallèle entre les gravures de mode du Mercure galant avec nos magasines de mode ? Comment ne pas être subjugué devant les grands almanachs, autrement plus beaux que nos calendriers des PTT ? Et surtout comment ne pas sourire devant les caricatures et les rébus, encore très mordants, pour celui qui prend le temps de les regarder ?


C’est une exposition très surprenante, qui secoue un peu nos idées reçues sur le Grand Siècle et l’estampe. On y découvre des gravures de dimensions très importantes, et d’une perfection technique époustouflante. À ne pas rater, assurément !

Du Sépik au fleuve Amour

Dans un tout autre genre, j’ai été séduite par les deux expositions du Quai Branly : « Esthétique de l’Amour » et «  Sepik. Arts de Papouasie-Nouvelle-Guinée ». Pour l’une comme pour l’autre, il faudra que j’y retourne, car la fin de mes visites s’est heurtée à l’heure de fermeture du musée.

J’avais déjà rapidement parlé de l’Esthétique de l’Amour dans ma précédente chronique. En m’y rendant, je ne savais absolument pas quoi trouver. Dès le premier texte, j’ai été embarquée dans un voyage aux confins de la Sibérie, sur les rives du fleuve Amour, un morceau du monde dont j’ignorais jusqu’à l’existence. Pour des raisons que j’ignore, le Quai Branly possède une très belle collection d’objets produits aux XIXe et XXe siècles dans cette région. Des artéfacts qui éveillent nos sens et notre curiosité, car fabriqués dans des matériaux ignorés de notre culture occidentale : la peau de poisson d’une part, l’écorce de bouleau d’autre part. L’une comme l’autre sont d’une richesse plastique surprenante, dont on s’émerveille en admirant ces manteaux ou ces boîtes magnifiques, qui se déploient sur les cimaises, dans toute leur magnificence et leur fragilité.
Je suis ressortie de cette exposition absolument enchantée et surtout, dans un état d’apaisement total : cette sérénité, on le doit tout autant à l’esthétique de l’Amour qu’aux textes de salle, remarquablement écrits, presque de la poésie !

Une objet réalisé en peau de poisson, exposition Esthétique de l'Amour, Quai Branly

Une objet réalisé en peau de poisson, exposition Esthétique de l’Amour, Quai Branly

Autre région du monde, autre voyage : avec Sepik, le Quai Branly nous emmène en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Depuis ma scolarité à l’École du Louvre, j’éprouve une grande fascination pour les arts océaniens : leur esthétique me séduit autant que leur histoire, leurs mythes me passionnent. Aussi j’ai beaucoup aimé l’exposition, qui présente des artéfacts d’une incroyable beauté. La plupart des pièces proviennent des collections ethnographiques allemandes : elles ont été collectées au début du XXe siècle, alors que la région était sous « protectorat » germanique. Même si ça n’est pas évoqué dans l’exposition, l’histoire de ces objets est douloureuse, puisque les sociétés traditionnelles ont été profondément bouleversées par les colonisations successives au cours du XXe siècle.

Une maison des hommes en construction, début du XXe siècle

Une maison des hommes en construction, début du XXe siècle

Les sociétés du Sepik ont pour point commun la prégnance des ancêtres sur l’existence : l’ancêtre s’incarne partout. Chaque objet, par son décor, ses fonctions, porte la trace de la manifestation des ancêtres. Présent dans chaque chose, l’ancêtre ne se dévoile cependant pas à tous. L’organisation des sociétés du Sepik repose sur de strictes hiérarchies et sur le secret. L’initiation permet d’accéder à certaines connaissances, à certains objets. C’est ce qui explique que beaucoup d’objets collectés il y a un siècle à peine demeurent mystérieux : personne n’a gardé la mémoire de leur usage ou de leur signification secrète.


La scénographie et le parcours de l’exposition tentent de reproduire la complexité des sociétés du Sépik et les multiples facettes de la figure de l’ancêtre. J’ai apprécié cet effort ; en revanche, j’ai regretté que les mythes fondamentaux soient simplement évoqués et non racontés (la fin de l’exposition corrige peut-être cette impression, mais j’ai dû passer trop vite pour lire tous les textes).

Bons baisers de Paris

Le 31 décembre, j’ai assouvi la curiosité qu’un post de Louvre pour Tous avait suscitée en visitant la dernière exposition des bibliothèques de la Ville de Paris, consacrée à l’histoire du tourisme dans la capitale. C’est un sujet qui m’intéresse beaucoup : j’avais consacré une partie de mon mémoire de master de l’École des Chartes aux guides « touristiques » du XVIIe et XVIIIe siècles et j’échange régulièrement avec mon ami Damien Peterman sur les questions de représentation des cités à travers le regard du touriste. J’ai donc été contente de parcourir cette exposition, très grand public. Je n’y ai pas fait de découverte fondamentale, mais j’ai apprécié le choix iconographique. Elle a le mérite de tirer des fils entre passé et présent et de nous poser des questions très actuelles sur les tensions que l’économie touristique fait peser sur l’espace social. Mais je n’en dis pas plus, car j’ai un billet sur le sujet à l’ouvrage !

Paroles de bêtes (à l’usage des princes)

Ma dernière exposition des vacances est « Paroles de bêtes (à l’usage des princes) » à l’Institut du monde arabe, vue in extremis : elle se terminait ce dimanche soir ! Elle m’avait été conseillée par Aurélien, que je remercie infiniment, car sans lui, je serai passée totalement à côté. L’exposition traite de l’incroyable vitalité d’un texte, les fables de Kalila et Dimna. Nées en Inde, d’abord véhiculées oralement, ces histoires sont portées à l’écrit au IIIe siècle. Traduites dans de nombreuses langues au cours de l’Histoire, enrichies et métamorphosées au contact d’autres cultures, ces fables continuent d’irriguer notre culture contemporaine.

Articulées autour d’un échange entre un roi et un philosophe, elles forment un ouvrage pédagogique et ludique à l’usage des princes, enseignant les principes d’une bonne gouvernance appuyée sur la morale. À chaque chapitre, le roi interroge le sage sur une question universelle (le savoir, l’amitié, la justice, l’éthique, la morale), et ce dernier lui répond par une fable à la morale éclairante.
Traduites en arabe, puis en hébreu et en latin et dans de nombreuses autres langues, ces fables ont autant irrigué la culture orientale que la culture occidentale. Elles figurent parmi les sources que La Fontaine a compulsées pour composer ses propres fables, dont quelques-unes sont des réécritures de Kalila et Dimna.
De nombreux ouvrages anciens, issus des fonds de la BnF, permettaient d’appréhender la circulation des textes, mais aussi des images, car de la même manière que le texte évolue et demeure, les illustrations s’enrichissent et se métamorphosent au gré des transferts culturels.

Il ne faut pas cracher sur de telles occasions d’admirer les richesses des collections de la BnF, même si, une fois de plus, je déplore qu’il ne soit nulle part indiqué au visiteur qu’il peut retrouver tous les ouvrages exposés sur Gallica (je m’en étais déjà indigné dans ce billet : “Libérez les livres !”).

Lectures

Puisque nous causons bouquins, faisons le point sur mes lectures du moment :  j’ai presque terminé mes deux livres sur la Première Guerre mondiale : Permissionnaires dans la Grande Guerre d’Emmanuelle Cronier et 14-18. Vivre et mourir dans les tranchées de Rémy Cazals et André Loez . Lectures difficiles – il y a des passages insoutenables – mais instructives, tant sur le vécu des soldats (ce qui m’intéresse en premier lieu) que sur les méthodes de recherche historiques. Il faudra que j’en reparle un jour ou l’autre tant ces lectures me font réfléchir…

Durant les vacances, j’ai eu l’occasion de feuilleter 100 tableaux qui racontent Paris à l’époque des impressionnistes. Si la sélection des oeuvres m’a séduite (elle correspondait à mes goûts et j’ai découvert de beaux tableaux), j’ai franchement été déçue par les textes, obscurs et peu pédagogiques. Les commentaires passent complètement à côté de la thématique des tableaux : un comble pour un livre qui prétend explorer le paysage urbain parisien à travers la peinture !

Autre ville, toujours au passé : j’ai feuilleté avec plaisir le tome 1 de Rouen, photos inédites, publié par Guy Pessiot, que ma maman avait reçu à Noël. Que de belles découvertes pour moi qui aime tant me plonger dans les entrailles de la ville. Néanmoins, ce genre de livres me frustre toujours un peu : impossible de zoomer sur un détail, de manipuler l’image. Définitivement, je préfère les bases de données !

 

En forme pour la rentrée !

Durant ces vacances, nous aurions dû voyager dans le sud de la France, à Toulouse et Marseille. Mais un peu fatigués par l’année écoulée, nous avons préféré regagner Paris après un Noël rouennais. Choix sage : je suis parfaitement reposée pour attaquer un premier trimestre 2016 qui va être sportif. Quant à Toulouse, je me rattrape, puisque j’y suis samedi prochain, l’occasion de visiter l’exposition qui m’a alléchée tout l’automne « Toulouse en vue » aux Jacobins.

2 commentaires sur “Chronique hebdomadaire #7 : ambiance de vacances

  • 4 janvier 2016 à 8 h 07 min
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    Sauf erreur, votre lien sur « Paroles de bêtes (à l’usage des princes) » à l’Institut du monde arabe » est en erreur, et envoi vers « Bons baisers de Paris. 300 ans de tourisme dans la capitale ». Le bon lien est peut être http://www.imarabe.org/exposition/paroles-de-betes-l-usage-des-princes ?…

    (inutile de publier ce commentaire une fois que vous avez l’information 🙂

    Et merci pour votre blog, que je trouve toujours très intéressant ; la preuve : je suis les liens 🙂

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  • 7 janvier 2016 à 10 h 35 min
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    Je suis partagée sur l’expo Sepik : Les oeuvres sont passionnantes, magnifiques et les explications sont plutôt bien faites, avec les reconstitutions. Mais pas un mot sur l’arrivée des blancs, le rôle des missionnaires, etc. C’est une expo « hors du temps » (alors que l’expo sur les kanaks était plutôt réussie de ce point de vue). Il se trouve que lors de ma visite des visiteurs tenaient des propos racistes comparant l’art Sepik aux grottes de Lascaux (en faveur des secondes bien sûr). Donc je pense que cela aurait été très utile de mettre un peu d’historiographie là-dedans !

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