Chronique hebdomadaire #3

Cette semaine, j’ai voulu faire tellement de choses dans le désordre que mon agenda a connu beaucoup de ratés. C’est un de mes gros défauts, et il m’a rarement autant fait souffrir : j’étais transportée par l’envie d’en faire toujours plus et pressée par le temps que je savais limité. Dans ce genre de cas, je me trouve comme un chien fou à courir dans tous les sens pour, au final, ne pas profiter assez de chaque chose et m’échouer, mécontente de moi et sans énergie. La prochaine fois, je me fixerai des objectifs plus sages et j’en profiterai mieux.
Malgré ce petit nuage gris, ma semaine a été ponctuée de belles découvertes et de passionnantes rencontres.

Vue sur les clochers de Rouen

Abbatiale Saint-Ouen à travers les feuillages, Rouen

Lundis du numérique : éditer autrement

En début de semaine, j’ai pu renouer avec mes petites habitudes et avec les lundis du numérique organisés par l’INHA. Un lundi par mois, l’INHA reçoit un intervenant qui, le temps d’une heure ou deux heures, offre à l’assemblée un retour d’expérience sur une question touchant au numérique dans les sciences humaines et plus particulièrement à l’histoire de l’art. Ces deux dernières années, j’ai eu la chance d’assister à une présentation du projet ReNom, de la base des Monuments aux morts… Cette fois-ci, c’était Arnaud Laborderie, chef de projet multimédia à la BnF, qui était invité pour nous entretenir d’édition numérique. Il a brièvement introduit son intervention par un panorama de l’édition numérique en France, puis nous a présenté les réalisations de la Bibliothèque nationale. Depuis quelques années en effet, la Bibliothèque nationale expérimente avec succès les possibilités de l’édition numérique pour mettre en valeur ses collections patrimoniales : il y a bien sûr les nombreuses expositions virtuelles, mais aussi, c’est peut-être plus confidentiel, des éditions augmentées d’ouvrages littéraires, comme celle du Candide de Voltaire (2013), ou encore du Bonheur des Dames de Zola, qui va bientôt paraître.

Page d'accueil de l'application numérique "Candide"

Page d’accueil de l’application numérique « Candide »

Arnaud Laborderie a ensuite laissé la parole à des étudiantes et diplômées du master CEN de Paris 8, dans lequel il intervient. Ce master, spécialisé dans l’édition numérique, fait travailler ensemble des étudiants issus d’horizons divers : design, informatique, sciences humaines et sociales… Toute la pédagogie de ce parcours repose sur des projets menés en quelques mois et en groupes. Le résultat est époustouflant : nous avons ainsi pu découvrir le livre Pan, présenté par Ana Cristina Villegas et un projet autour du mythe de Prométhée, mené en 2015 par quatre étudiantes.

S’il était encore temps pour moi de refaire un master, je regarderais probablement dans cette direction. J’ai une appétence toujours plus grande pour les potentialités du numérique, mais ma créativité se heurte à mon manque de compétences dans certains domaines, notamment sur le plan de la création graphique. J’aimerais beaucoup acquérir un tel savoir-faire : en formation continue dans quelques années, qui sait ?

Des matrices en bois

Mardi, ma journée n’a été que retard et rendez-vous ratés. Mais c’était sans compter une belle surprise que me réservait une conservatrice de la bibliothèque des Arts décoratifs, où je passais faire quelques photos pour illustrer un article sur la collection Maciet (à lire sur le blog de l’INHA). Dans les réserves, deux casiers de matrices en bois m’attendaient : il s’agit d’un ensemble d’illustrations destinées à un ouvrage du Comte de Laborde, le Glossaire du Moyen-Age, publié en 1872. Léon de Laborde avait recopié, dans des manuscrits médiévaux conservés à la Bibliothèque nationale (qui s’appelait alors Bibliothèque impériale), diverses miniatures enluminées. Les dessins ont été reproduits sur bois par un graveur professionnel (que je n’ai pas identifié mais dont j’ai bien relevé un monogramme). Il me semble que ces bois, malgré le soin qu’on leur a apporté, n’ont jamais servi et que le Glossaire français du Moyen-Âge est paru sans ses illustrations. Pourquoi ? Je vais enquêter ! Et qui sait, cela fera peut-être l’objet d’un billet !

Images du Grand Siècle, images d’un montage d’exposition

Mercredi, invitée par Rémy Mathis et Vanessa Selbach, j’ai encore eu la chance d’assister à un montage d’exposition. Le 3 novembre prochain, ouvre à la BnF « Images du Grand Siècle. L’estampe sous le règne personnel de Louis XIV ». Une manifestation qu’il ne faudra pas manquer, tant les pièces présentées sont exceptionnelles : imaginez, une estampe, coloriée, de 4 mètres de long ! ou encore, une carte géographique gravée, accrochée sur la cimaise comme elle le serait dans un tableau de Vermeer… J’ai été très impressionnée par la monumentalité des pièces (plusieurs estampes de plus d’un mètre de haut) et par leur diversité : on trouve bien sûr, les très connus portraits de Louis XIV, mais aussi des trompes-l’œil surprenants et des caricatures encore piquantes.

Abbeville, le rendez-vous manqué

Du point de vue retard et désorganisation, tout a commencé à sérieusement se gâter mercredi soir : j’ai cumulé métro perturbé, valises pas prêtes, insomnie… Tout cela pour arriver à 7h du matin Gare du Nord et voir tous les trains de la ligne Paris-Boulogne annulés. Adieu, mon escapade à Abbeville, où je me réjouissais de passer une journée dans les réserves du musée, pour préparer la conférence que je donnerai en novembre sur les techniques de l’estampe ! Il va falloir travailler sans revoir de près la collection d’estampes, ce qui ne va pas être une mince affaire !

La Gare du nord à 7h du matin, l'occasion de remarquer que le grand panneau mécanique a disparu. A chacun de mes passages, je me demandais combien de temps encore il  résisterait... Je fais le deuil des rêvasseries de mon enfance

La Gare du nord à 7h du matin, l’occasion de remarquer que le grand panneau mécanique a disparu. A chacun de mes passages, je me demandais combien de temps encore il résisterait… Je fais le deuil des rêvasseries de mon enfance

In-extremis : Tatoueurs Tatoués

Cela m’a cependant permis d’aller visiter l’exposition Tatoueurs Tatoués, que je n’avais pas encore vue et qui se terminait ce dimanche. Comme quoi, une exposition a beau durer un an et demi, à force d’attendre le dernier moment, on peut quand même se débrouiller pour la rater ! C’est une des plus intéressantes expositions que j’ai pu voir au quai Branly. Le sujet est passionnant : une histoire mondiale du tatouage. Le parcours, rythmé et équilibré, mêlait habilement approche historique, ethnologique et création contemporaine. La première partie du parcours, en particulier, était bien pensée, avec des allers-retours dans l’histoire occidentale du tatouage. En revanche, la seconde partie, consacrée au tatouage dans les aires géographiques extra-occidentales était un petit peu plus plat et faisait peut-être un peu trop l’effet d’un catalogue. La question de la mémoire du tatouage était clairement posée et c’est peut-être ce qui m’a le plus intéressée : comment se transmet une culture immatérielle, des œuvres gravées dans la peau des hommes ? Sur ce second point, on pouvait voir des peaux humaines tannées, ce qui ne manque pas d’interroger le visiteur. Pour ma part, j’ai été très impressionnée par un bras de momie égyptienne exposé dans une vitrine, sur lequel on distinguait encore les traces d’un tatouage. Mais c’est surtout la proximité avec cette peau desséchée, devenue cassante comme du papier, et surtout ces ongles jaunis, qui m’a fasciné. Il m’est difficile, en si peu de lignes de résumer tout ce que j’ai appris dans cette exposition, et toutes les questions avec lesquelles je suis repartie. À défaut d’avoir profité de l’intense action culturelle développée autour de cet événement, j’espère trouver le temps de lire le touffu catalogue.

Rouen, d’émerveiller sans cesse

Le soir même, j’ai rallié Rouen : vendredi matin, je me présentais aux archives départementales pour discuter annotations numériques et restauration de documents patrimoniaux.

Il y a deux ans, les archives départementales de Seine-Maritime ont lancé un programme d’annotations collaboratives de leur fonds : les efforts se sont d’abord concentrés sur les matricules militaires, avant de s’ouvrir à d’autres ensemble, comme l’état-civil. Beaucoup de services d’archives proposent aujourd’hui des outils d’annotation des fonds numérisés, mais le cas de Rouen m’intéressait particulièrement car les outils mobilisés ont entièrement été développés en interne, un cas assez rare pour être souligné. Essayez-les, c’est remarquablement facile à utiliser, et assez amusant.

Un registre d'état-civil en cours d'annotation

Un registre d’état-civil en cours d’annotation

Mais le « clou » de ma visite était la rencontre avec Muriel Desforges, restauratrice aux archives, qui m’a parlé, avec une passion communicative, de son métier et m’a expliqué patiemment ses gestes et ses savoirs faire. J’en tirerai un billet sur la restauration des sceaux et des parchemins, à lire prochainement ici.

Après cette matinée aussi passionnante que dense, j’ai déclaré être en week-end : il était temps de retrouver Rouen, ses monuments. Malgré un samedi gris, j’ai profité pleinement de ma ville, qui s’est considérablement embellie ces derniers mois avec l’achèvement des travaux de restauration des façades de la cathédrale et de l’église Saint-Maclou. Dommage que l’on ne communique pas plus sur la splendeur retrouvée de ces deux monuments, ils méritent à eux seuls un aller-retour depuis Paris ! J’ai beau avoir grandi à Rouen, je continue, à chaque fois que je débouche de la rue des Carmes ou de la rue du Gros-Horloge, à avoir un coup au cœur devant le gigantisme et la délicatesse de notre cathédrale. La grande façade blanche est ornée de centaines de sculptures qui s’animent au moindre caprice du ciel. Comme beaucoup de Rouennais amoureux de leur ville, je mesure, à chacune de ses apparitions, la chance de la voir encore se dresser face à nous, immuable, alors que les bombardements ont bien failli nous l’arracher.

Je devrais consacrer plus souvent des articles à Rouen : je suis capable de parler pendant des heures des mille secrets de cette ville, mais comme pour tout sujet qui me tient particulièrement à cœur ou que je crois connaître trop bien, il m’est très difficile d’écrire un billet synthétique… Je me lancerais bien dans une série vidéo comme celle qu’à réalisée Manon Bril à propos de Toulouse, mais cela représente beaucoup de travail et pose quelques contraintes techniques, à savoir être au moins deux pour « tourner ». Car munie d’une go-pro prêtée par mon petit frère et d’un selfie stick, je me suis essayée à l’exercice. Difficile difficile, de parler tout seul à la caméra, encore plus avec un bâton porté à bout de bras ! Pas un copain pour vous donner un semblant de prestance : non, vous êtes seule à parler à la lentille (et il n’y a même pas d’écran pour juger de sa prestation) ! Bref, il va encore falloir que je travaille sur moi avant d’obtenir un résultat digne de ce nom.

Go Pro

La Go Pro, mon prochain défi

Des livres que je n’ai pas encore lu

Du point de vue lecture, je crois que je suis très proche du zéro cette semaine, je n’ai lu qu’un livre, et encore, pour des besoins professionnels. En revanche, je suis passée par la boutique de mon libraire d’occasion préféré (À juste titre, 5 rue Thouret, Rouen), où j’ai fait une très bonne pioche : il venait de recevoir un beau lot de Gallimard découvertes, et j’en ai adopté trois, qui couvriront à peine les trajets de métro de la semaine qui s’annonce. Actualité oblige, je me suis dit qu’il serait bon de réviser mes connaissances sur la Syrie antique et Palmyre, au moins pour mesurer ce que l’humanité perd de son patrimoine. Mais la plus belle surprise de mon bouquiniste, c’était ce livre de Guy Pessiot, L’histoire de Rouen par la photographie (1850-1900) que je voulais acheter depuis très longtemps et qu’une collègue m’avait gentiment prêté (je vais enfin pouvoir lui rendre son exemplaire !). Cet ouvrage (qui est suivi de trois autres tomes) rassemble près de 500 photos anciennes de Rouen, une mine d’or pour le passionné d’histoire. J’ai passé des heures à scruter les détails de ces clichés : cela m’a beaucoup aidé à comprendre l’urbanisme local, et je sais que j’ai encore bien des enseignements à en tirer. Aujourd’hui, je vais surtout m’en servir comme base pour mes recherches en ligne : sur le papier, impossible d’agrandir, de zoomer sur un détail qui nous intrigue : mon défi est donc de retrouver ces clichés dans les grandes bibliothèques numériques en ligne ! Et en écrivant ces mots, je me rends compte que j’ai oublié mon exemplaire à Rouen… Il faudra revenir !

Ma dernière prise chez mon libraire préféré

Ma dernière prise chez mon libraire préféré

La chronique hebdomadaire va peut-être devenir bimensuelle à partir du prochain numéro. J’ai beau l’écrire d’une traite le dimanche soir, ça reste un certain boulot !

Un commentaire sur “Chronique hebdomadaire #3

  • 23 octobre 2015 à 10 h 30 min
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    Juste un mot pour vous féliciter et vous encourager à continuer ces chroniques. Elles sont très agréables à lire, comme le sont vos conférences guidées que j’ai eu l’occasion de suivre, l’année passée au musée de l’architecture.
    Leurs tons, simples et proches, et leurs volontés de nous faire découvrir ou partager des éléments culturels me les font grandement appréciées. Bravo

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