2000 ans d’histoire toulousaine : le Musée Saint-Raymond

Dressé juste à côté de la célèbre basilique Saint-Sernin, l’attachant Musée Saint-Raymond invite à une plongée archéologique dans le passé lointain de la ville et de sa région. Consacré à l’Antiquité, le musée brille par ses œuvres romaines, qui rappellent que Tolosa fut l’une des grandes villes de la Narbonnaise. Un passé que l’on a trop tendance à oublier !

Scénographie en galerie présentant les portraits trouvés à Chiragan, Musée Saint-Raymond

Scénographie en galerie présentant les portraits trouvés à Chiragan, Musée Saint-Raymond

Toulouse à l’époque romaine

L’archéologie a révélé que le site de Toulouse était occupé dès l’époque protohistorique. Au IIIe siècle, les Volques Tectosages y occupent une ville d’une certaine importance, qui devient romaine en 107 avant J.-C. Favorisée par sa situation stratégique sur les routes commerciales, Tolosa ne tarde pas à devenir une colonie prospère, l’une des plus importantes de la région de la Narbonnaise. De cette époque romaine, il ne reste plus beaucoup de vestiges visibles dans les rues de Toulouse. Pourtant, depuis la fin du XVIIIe siècle, la ville rejette régulièrement des vestiges antiques, au gré des chantiers et percements. Au XIXe siècle, les fouilles et les découvertes fortuites étaient si nombreuses à alimenter le musée des Augustins que ce dernier débordait : à la faveur des réorganisations, les antiques ont quitté le cloître pour l’ancien collège Saint-Raymond — d’où le nom du musée !

Les collections d'Antiques au Musée des Augustins à Toulouse, vers 1830/40. Lithographie tirée des voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France, Gallica/BnF

Les collections d’Antiques au Musée des Augustins à Toulouse, vers 1830/40. Lithographie tirée des <i>Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France</i>, Gallica/BnF

Ce dernier présente, outre des vestiges antiques (chapiteaux sculptés, fragments de statues), des maquettes, résultats des recherches récentes. À travers eux, ce sont quelques monuments insignes de la ville romaine que l’on découvre : la porte nord de la muraille en briques construite par les Romains et fouillée dans les années 1971 au moment du creusement du parking souterrain de la place du Capitole ; le temple monumental qui se dressait sur le forum, témoignant de l’importance de la cité à l’époque…

Scénographie du Musée Saint Raymond

Scénographie du Musée Saint-Raymond

L’une des fiertés du musée est cette tête d’inconnu, trouvé fortuitement lors d’un chantier au cours des années 2000. Il est affectueusement appelé « le plus vieux Toulousain de Toulouse » car c’est probablement la plus ancienne représentation d’un habitant de la cité que l’on connaisse !

Tête d'inconnu, fin du Ier siècle après J.-C., trouvé à Toulouse, Musée Saint-Raymond

Tête d’inconnu, fin du Ier siècle après J.-C., trouvé à Toulouse, Musée Saint-Raymond

Un musée bâti sur une nécropole de l’antiquité tardive

La collection du MSR s’est tant enrichie de deux siècles de fouilles qu’aujourd’hui, faute de place, seules 3 % des pièces conservées sont exposées. Dans les années 90, on a bien voulu agrandir le musée en creusant dans les sous-sols. Mais le chantier a à son tour révélé des vestiges, ceux d’une nécropole de l’antiquité tardive. La proximité de la basilique Saint-Sernin avait motivé les inhumations sur ce lieu, afin de bénéficier de la protection du saint dans l’au-delà. Si les plus humbles reposaient à même la terre, les plus aisés préféraient les sarcophages de plomb ou de pierre, ces derniers pouvant être magnifiquement ornés. Malheureusement, beaucoup de ces œuvres paléochrétiennes ont depuis longtemps disparu : la fouille a en effet révélé, au cœur du cimetière, la présence d’un four à chaux. La chaux est un mortier utilisé dans la construction : on l’obtient en faisant chauffer de la pierre calcaire ou du marbre à très haute température. Or, où trouve-t-on ces pierres en grande quantité ? Dans un cimetière évidemment ! C’est ainsi qu’au milieu du Ve siècle, alors que le quartier était en pleine expansion et qu’il y avait une demande massive de chaux, de nombreux sarcophages on été passés au four. L’activité de ce dernier s’est cependant subitement arrêtée au cours du siècle suivant : quand les archéologues ont fouillé le site, ils ont trouvé la structure écroulée, avec des centaines de fragments de pierre à peine consumés, certaines montrant des traces de calcination. C’est ainsi que l’on a observé que certains sarcophages n’étaient datés que de quelques décennies quand ils ont été prélevés !

Restes du four à chaux découvert dans les sous-sols du Musée Saint Raymond

Restes du four à chaux découvert dans les sous-sols du Musée Saint-Raymond

La muséographie actuelle intègre ce four dans le parcours de visite, ainsi que les fragments qui ont été découverts. La salle attenante est traversée par d’autres vestiges, plus récents quant à eux : il s’agit des fondations de bâtiment qui s’élevaient là autrefois. Ils servent de socles à une collection d’une dizaine de sarcophages paléochrétiens provenant des sites de toute la région, mais qui illustrent bien le type de ceux qui ont pu disparaître dans le four à chaux.

Les sarcophages du Musée Saint Raymond, en provenance de toute la région

Les sarcophages du Musée Saint-Raymond, en provenance de toute la région

La production de sarcophages est abondante à partir du IIe siècle : la diffusion du christianisme encourage les pratiques d’inhumation au détriment de l’incinération. Les plus fortunés se font inhumer dans de superbes sarcophages sculptés. Ces derniers étaient fabriqués en quasi série, dans des ateliers spécialisés. Parfois, les visages de certains personnages étaient laissés intacts pour que l’on y sculpte les traits du défunt.

Chrétiens comme païens se faisaient inhumer dans ces sarcophages de pierre : c’est souvent l’iconographie qui nous renseigne sur les croyances des commanditaires. Certains présentent en effet des scènes mythologiques (l’histoire d’Ariane, par exemple), tandis que d’autres illustrent l’Ancien et le Nouveau Testament (les apôtres, les noces de Cana, le bon pasteur, la guérison de l’aveugle, Daniel dans la fosse aux lions). Le décor peut également être plus simple, ornemental, mais comporter quelques signes symboliques (poissons, chrisme…).

La collection de Chiragan, le clou du musée

Le clou du musée consiste en l’exceptionnelle collection d’antiques provenant de la ville Chiragan à Martres-Tolosane, une ville située à une soixantaine de kilomètres de Toulouse. Là encore, l’histoire est extraordinaire : en 1826, des pluies torrentielles ravagent le village de Martres-Tolosane, lessivant complètement les sols. Le lendemain, un propriétaire voit émerger de son champ des dizaines de têtes en marbres. Le site sera fouillé à maintes reprises entre 1826 et la fin du siècle, révélant des centaines de fragments de statues. S’il l’on pense à l’origine avoir mis au jour une riche agglomération, il se révèle vite qu’il s’agit d’une luxueuse villa, propriété d’un homme extrêmement aisé et à la tête d’un vaste domaine agricole. Il est à l’époque très fréquent que les hommes de pouvoir aient une ou des villas à la campagne (“villa urbana”), autour desquelles s’organise un domaine agricole, qui génère des revenus importants. Ces propriétés sont aussi des lieux de villégiature et de loisir : les luxueuses villas sont un écrin pour les belles collections constituées par les propriétaires, véritable démonstration de leur culture et de leur aisance. La collection mise au jour à Chiragan est exceptionnelle, sans équivalent connu en France, ce qui laisse à penser qu’elle aurait appartenu à un très important Romain, peut-être l’empereur Maximilien-Hercule lui-même. Deux arguments vont dans ce sens : un décor du IIIe siècle consacré aux travaux d’Hercule, et une galerie de portraits impériaux datés du Ier au IVe siècle. Par son ampleur et son riche décor, la villa de Chiragan est considérée comme la plus importante villa d’Europe après celle d’Hadrien.

Si vous passez par Toulouse, ne manquez donc pas ce très beau musée, qui peut se vanter de posséder l’une des plus belles collections d’antiques de France après celle du Louvre ! En prime, l’audioguide est gratuit et le musée possède un agréable café dans son jardin fleuri ! Toutes les informations pratiques sur leur site internet.

Une séance de dessin au Musée Saint Raymond, juillet 2015

Une séance de dessin au Musée Saint-Raymond, juillet 2015

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