Impressions toulousaines

Étrangement, Toulouse n’est pas une destination touristique très prisée : pourtant, la ville rose possède un patrimoine exceptionnel, qui justifie à lui seul un séjour. Ajoutons à cela une position centrale pour rayonner dans la région, voilà une destination idéale pour tous les amateurs de vacances urbaines mais allergiques aux hordes de touristes.

NB: Avec un gros décalage, j’inaugure ici une série de billets sur une de mes destinations de l’été, Toulouse, où j’ai séjourné mi-juillet. 

Le capitole, certainement le plus célèbre monument de Toulouse

Le capitole, certainement le plus célèbre monument de Toulouse

La marque de fabrique de Toulouse, ce sont trois couleurs : le rose des briques dont est bâti le centre-ville, le bleu de pastel qui fit la richesse de la ville à la Renaissance, et la violette, cette fleur dont on fait des friandises délicieuses.

D’églises médiévales en hôtels particuliers de la Renaissance

On se rendra en effet d’abord à Toulouse pour admirer les murs de briques et en particulier ceux datés de l’époque médiévale et de la Renaissance. Le circuit classique de découverte court de Saint-Sernin, plus vaste édifice roman conservé en Europe, au couvent des Jacobins et son célèbre « palmier », en passant par une myriade d’hôtels particuliers tous plus beaux les uns que les autres. Fondations religieuses et riches commerçants : voici ce qui a marqué le tissu urbain. Les premières ont été florissantes jusqu’à la Révolution : Toulouse occupait une place majeure sur le chemin de Compostelle, attirant les pèlerins et favorisant les dons. Cet afflux d’argent a permis aux communautés religieuses de construire de magnifiques cloîtres, dont deux sont encore debout.

Quant au commerce, il prend un essor particulier à la fin du XVe siècle, avec la culture du pastel, qui permet d’obtenir de très belles teintures bleues, recherchées dans toute l’Europe. Les marchands s’enrichissent et cherchent à affirmer leur statut social en bâtissant de superbes hôtels particuliers, bientôt imités par les parlementaires et les capitouls (conseillers municipaux). La situation géographique de la ville, au carrefour des routes marchandes avec le sud de l’Europe favorise la pénétration des formes architecturales Renaissance et des ornements antiquisants. Malgré les destructions de la Révolution et du XIXe siècle, qui a démantelé bien des édifices religieux et détruits des îlots, Toulouse peut se targuer d’être la ville de France à conserver le plus d’hôtels particuliers Renaissance.

Au promeneur qui découvre Toulouse, il faudra faire preuve de patience : la ville Rose n’exhibe pas tous ses trésors à tout vent ; de bien belles sculptures se cachent derrière de banales portes closes. Tous les hôtels ne sont pas signalés par une plaque, et il faut lever les yeux, avoir du flair pour repérer les tours élancées qui signalent les riches maisons. Non contents d’orner leurs cours de beaux ornements sculptés, les notables font bâtir des tourelles dont la hauteur marque leur prestige et leur aisance financière. Il en reste un certain nombre, mais l’accès aux îlots est souvent interdit par un digicode. Un peu de chance et quelques bons conseils permettent cependant d’admirer l’hôtel d’Astorg et ses rares escaliers de bois, miraculeusement échappés des destructions et incendies depuis le XVIIe siècle ou encore l’hôtel Arnaud de Brucelles et sa tour ornée de bustes. Dans cette quête l’application et le site web d’Urban’hist forment un allié de taille : on y trouve des informations historiques sur la totalité des édifices de la ville !

Toulouse au XIXe siècle et Toulouse Art déco.

Venir à Toulouse uniquement pour le patrimoine médiéval et Renaissance serait une erreur : la ville regorge aussi de beaux édifices du XIXe siècle et d’un ensemble remarquable de bâtisses Art déco. Comme toutes les villes de France, Toulouse a connu un essor démographique sans précédent au XIXe siècle. De nouveaux quartiers ont émergé, marquant durablement le tissu urbain. Au XIXe siècle, la brique n’est plus prisée des élites, qui méprisent son aspect trop commun et populaire. Mais dans une ville dépourvue de carrière, difficile de s’en passer : on conserve donc la brique mais l’on troque sa couleur ocre rouge contre le beige, plus chic ou bien on la masque derrière un enduit rappelant la pierre. Un riche appareil décoratif vient anoblir les immeubles du centre-ville : monumentaux atlantes, ferronneries chargées, ornements moulés en terre cuite. Car si le décor est abondant, il ne faut pas s’y tromper : il est en grande partie fabriqué en série, ce qui réduit considérablement les coûts. Aux curieux un peu marcheurs, il est possible de découvrir la demeure de l’un de ces fabricants, un peu en périphérie de la ville. L’industriel Virebent avait transformé sa maison en véritable vitrine de son savoir-faire. Il ne reste plus qu’à traquer ses créations sur tous les immeubles de Toulouse !

Maison Virebent, 27 avenue de la Colonne, à Toulouse

Maison Virebent, 27 avenue de la Colonne, à Toulouse

Dans les années 1920 et 1930, Toulouse se développe encore : la municipalité socialiste mène un ambitieux programme édilitaire qui vise à équiper la ville d’écoles, bains-douches, habitations à bon marché. De ces constructions, on admirera en particulier le palais des sports et la bibliothèque municipale, cette dernière étant un véritable palais à la gloire de la connaissance, bâtie dans un style moderniste remarquable.

Autre monument art déco à ne pas rater, la façade en mosaïque de l’ancien siège de la Dépêche du Midi, achevé en 1932 qui figure un visage de femme et énumère toutes les rubriques du célèbre journal.

Façade de l'ancien siège de la Dépêche du Midi, Toulouse

Façade de l’ancien siège de la Dépêche du Midi, Toulouse

Musées et autres trésors

Au fil des rues, le promeneur croise une myriade de petits musées. S’il ne fallait en retenir que deux, ce serait le musée Saint-Raymond et le Musée des Augustins. Le premier présente les collections antiques de la ville : l’occasion de rappeler que Toulouse fut une ville importante de la province romaine de la Narbonnaise. Mais le chef-d’œuvre du musée ne vient pas de Toulouse même mais de ses environs. En 1826, sont découvertes dans un champ à Martres-Tolosane un ensemble exceptionnel de statues romaines. Les fouilles se poursuivent jusqu’en 1900 révélant une villa romaine de première importante, peut-être celle d’un empereur. Si les vestiges du complexe n’existent plus, le Musée Saint-Raymond présente les statues et ornements qui y ont été exhumés : un monumental décor sur le thème d’Hercule et une galerie de portraits…

La galerie de portraits impériaux provenant de la villa Chiragan à Martes-Tolosane, Musée Saint-Raymond, Toulouse

La galerie de portraits impériaux provenant de la villa Chiragan à Martes-Tolosane, Musée Saint-Raymond, Toulouse

Le musée des Augustins est quant à lui consacré à la sculpture et à la peinture du Moyen Âge au XIXe siècle. Il s’agit d’un des plus anciens musées de France puisqu’il a été ouvert immédiatement après le muséum du Louvre, avec les collections saisies pendant la Révolution française. Il occupe d’ailleurs un ancien couvent, celui des Augustins : la collection s’organise autour d’un charmant cloître. Outre la célèbre Notre-Dame-de-Grâce, superbe sculpture polychrome du XVe siècle, on y admire un ensemble remarquable de chapiteaux romans, sauvés des destructions des édifices religieux de la ville : Notre-Dame-de-la-Daurade, Saint-Sernin, Saint-Étienne… Cette collection a bénéficié d’une mise en scène de Jorge Pardo, qui sublime et invite à la contemplation. A l’étage, le visiteur découvre ému une muséographie tout droit sortie du XIXe siècle : murs pourpres, accrochage dense, balustrades en fer : nous voici plongés dans l’ambiance des musées de l’ancien temps. C’est une expérience aussi singulière qu’unique.

En outre, la ville de Toulouse peut se targuer d’avoir l’un des muséums les plus fréquentés de France : il est vrai que sa collection d’histoire naturelle est mise en valeur dans un écrin moderne, dynamique et pédagogique. De quoi contenter les yeux et l’esprit !

En termes de musée, le visiteur n’est pas au bout de ses surprises : sur la rive gauche, les anciens abattoirs ont été reconverti pour accueillir les collections d’art contemporain de la ville et du FRAC Midi-Pyrenées. Sa pièce maîtresse est le rideau de scène peint par Picasso en 1936 pour le théâtre du Peuple, et qu’il a offert à la ville de Toulouse en 1965.

Picasso, rideau de scène pour le théâtre du Peuple, 1936, les Abattoirs, Toulouse

Picasso, rideau de scène pour le théâtre du Peuple, 1936, les Abattoirs, Toulouse

Au bord de l’eau

Toulouse c’est aussi un fleuve, la Garonne, qui traverse la ville, et auquel elle doit sa prospérité et ses malheurs. En effet, l’histoire a été marquée par de terribles crues qui ont ravagé à plusieurs reprises les quartiers bas de la ville. En 1875, notamment, la fureur du fleuve a détruit en une nuit 1400 maisons et provoqué la mort de 209 personnes. L’eau était montée à 11,40 m hors de son lit, emportant au passage tous les ponts de la ville, à l’exception du puissant Pont-Neuf. Bâti autour de 1600, il témoigne des moyens humains mis en œuvre pour résister aux forces naturelles. Ses concepteurs avaient pris le soin de l’équiper de crêtes et de larges dégueuloirs, afin de prévenir de la puissance du courant.

Plus calme sont les canaux qui enserrent la ville : Toulouse marque la jonction entre le canal du midi aménagé par Pierre Paul Riquet entre 1666 et 1681 et le canal de la Garonne, creusé au XIXe siècle. Ils permettaient de relier Sète à Bordeaux et ainsi l’Atlantique à la Méditerranée. Mais si le canal du Midi se prête volontiers au tourisme à vélo, il faut avouer que la traversée de Toulouse n’est pas des plus agréables, enserrée par une dense circulation.

Voyage d’impression

De mon séjour à Toulouse, ce billet ne retrace que quelques impressions : pour être exhaustive, il aurait fallu que je vous parle aussi de la chapelle des Carmélites, du musée Georges-Labit, du Capitole… Heureusement, d’autres billets sont d’ores et déjà programmés !

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