Château d’Oiron : de la Renaissance à nos jours

L’histoire du château d’Oiron est un peu celle de tous les châteaux du Pays de la Loire et du Poitou : une ancienne forteresse rebâtie en belle demeure de plaisance à la Renaissance et agrandie aux siècles suivants. Orion ne pourrait être qu’un château de plus sur une carte touristique qui en compte des centaines. Mais il n’en est rien : par la collection d’art contemporain qu’il accueille depuis 1993, le château d’Oiron détonne et étonne, rendant sa visite inoubliable.

Chateau d'Oiron

Façade du château d’Oiron

Le château d’Oiron, entre Renaissance et classicisme

L’histoire du château d’Oiron est celle d’une gloire et d’une longue déchéance : cette histoire commence au milieu du XVe siècle lorsque Guillaume Gouffier construit à Oiron un château fortifié. De cette bâtisse primitive, il ne reste rien sinon l’implantation des ailes du château. Pour cause : de 1540 à la fin du XVIIe siècle, les travaux s’enchaîneront, jusqu’à donner au monument la silhouette que nous connaissons.

Le petit fils de Guillaume Gouffier, Claude Gouffier, est grand écuyer du Roi et fameux amateur d’art. Très sensible au goût italien, il fait reconstruire la moitié du château dans le style Renaissance. De ses ambitieux travaux, il ne reste aujourd’hui que quelques éléments mais quels éléments ! Un escalier singulier, d’une conception unique en France : il adopte le principe de l’escalier droit à rampe sur rampe tout en conservant une moitié tournante, héritée de la tradition de l’escalier à vis français ; son noyau creux est un chef d’œuvre de raffinement. Malheureusement, les travaux de la fin du XVIIe siècle ont fait disparaître la façade, que l’on devine richement ornée, de cet escalier monumental.

Escalier du château d'Oiron, avec sa vis à jour

Escalier du château d’Oiron, avec sa vis à jour

Mais surtout, Claude Gouffier dote le château d’une galerie longue d’une cinquantaine de mètres. Au rez-de-chaussée, il orne les murs de portraits des meilleurs chevaux du roi, témoignant ainsi de sa charge de grand écuyer. De ce décor, il ne reste aujourd’hui plus rien, mais une œuvre contemporaine de Georges Ettl en restitue l’esprit.

À l’étage, en revanche, le décor a traversé les siècles et un cycle complet de peintures se déroule sur les parois. Peint autour de 1546-1549 et attribué (avec beaucoup de précautions) à Noël Jallier, ce décor narre les principaux épisodes de la Guerre de Troie. Comme il est de mise chez les hommes raffinés, le programme décoratif est complexe et mystérieux. Seul un honnête homme, pétri de culture classique et très érudit est en mesure de comprendre les nombreux sens cachés et références qui traversent ces peintures. Elles ont une dimension morale forte et illustrent les qualités du héros antique :  vertu et sagesse.

À la mort de Claude Gouffier, la famille perd de son prestige et de ses charges. Louis, le petit fils de Claude, est écarté de la cour par Richelieu. Exilé dans son château d’Oiron, il poursuit les travaux de ses ancêtres, mais donne aux constructions une physionomie de son temps : les années 1620-1630 voient l’’épanouissement de l’architecture classique. C’est à Louis que l’on doit le gros pavillon du roi à droite du château, en symétrie duquel sera édifié, à la fin du siècle, le pavillon des trophées.

Château d'Oiron : façade principale et aile Renaissance

Château d’Oiron : façade principale et aile Renaissance

Au milieu du XVIIe siècle, le château passe en possession du marquis de la Feuillade, qui a épousé la dernière héritière des Gouffier, Charlotte. Le marquis entreprend la dernière grande phase de travaux et unifie la façade dans le goût classique et édifie un portique ouvert face à la galerie Renaissance. En 1699, un de ses héritiers, ruiné, cède le château à des spéculateurs afin de rembourser ses dettes. La marquise de Montespan se porte acquéreuse et offre la demeure à son fils, le duc d’Antin. Même si de nouveaux décors sont créés dans le château, ce dernier ne retrouvera jamais sa splendeur d’antan et traverse le siècle sans être correctement entretenu. Les intérieurs sont dégradés par les révolutionnaires. Au lendemain des troubles, les propriétaires du château, les Boisarault, ne sont plus en mesure de restaurer les vastes pièces et se contentent d’ériger des entresols dans un des pavillons, qu’ils occupent tant bien que mal.

Un peu restauré à la fin du XIXe siècle, le château est classé au titre des Monuments historiques en 1923 et acquis par l’État pendant la Seconde Guerre mondiale : il va commencer une nouvelle vie, celle de lieu patrimonial ouvert à la visite.

Devenir un lieu touristique : une collection d’art contemporain en écho aux cabinets de curiosités.

Mais comment distinguer le château d’Oiron de la masse des châteaux à visiter dans la région ? Chaque village ou presque possède le sien ! De plus, si ce n’est ses décors XVIe et XVIIe siècles, Oiron a depuis longtemps perdu son mobilier et donc l’un des attraits les plus recherchés des touristes qui aiment se projeter dans « la vie de château »… Pour lui donner un spécificité originale, on décide en 1993 de le doter d’une collection d’art contemporain. À la constitution d’une collection qui reflète les tendances du moment, on préfère la construction d’un ensemble cohérent, qui fasse corps avec l’histoire des lieux. Le thème de cette collection apparaît vite comme une évidence : les cabinets de curiosités.

Reconstitution imaginaire du cabinet de Claude Gouffier par l'artiste ?? , qui développe ici un questionnement sur la muséologie.

Reconstitution imaginaire du cabinet de Claude Gouffier par l’artiste Guillaume Bijl , qui développe ici un questionnement sur la muséologie.

À la Renaissance, le château d’Oiron a en effet abrité une collection fameuse d’œuvres d’art et de curiosités, constituée par Claude Gouffier, aristocrate éclairé et proche des milieux humanistes. Son cabinet, aujourd’hui disparu, témoignait autant de son intérêt pour les savoirs de son temps que de son aisance financière. En rassemblant des objets très divers (coquillages rares, animaux exotiques naturalisés, chefs-d’œuvre d’artisans, médailles antiques, fossiles, coraux…). Classés par typologie et matériaux, les cabinets de curiosités étaient, selon les termes de l’époque « un abrégé de l’univers ou “un raccourci du magasin du monde” “ . Dans ces lieux se croisaient princes et savants, y manipulant les “pièces à conviction” qui leur ont permis d’élaborer de nouveaux savoirs. Ainsi est née une partie des nouvelles connaissances des XVIe et XVIIe siècles. Ces curiosités, en particulier les pièces rares et exotiques, se monnayaient fort cher, et leur possession relevait de la dépense somptuaire.

Le fil rouge qui a guidé la constitution de la collection d’art contemporain “Curios & Mirabilia” est donc la thématique des cabinets de curiosités. Chaque œuvre, issue du fonds national d’art contemporain ou créée pour l’occasion, questionne d’une façon singulière ce sujet : imaginaire du cabinet, notion de merveilleux, rapport à l’accumulation, poésie du savoir, exotisme, savoir scientifique, histoire naturelle, cosmographie. En plus de répondre à l’idée de cabinet de curiosités, les œuvres devaient s’intégrer dans l’architecture du château, voire dialoguer avec son histoire.

Salle d'Armes du château d'Oiron

Salle d’Armes du château d’Oiron

Ces liens forts qui unissent les œuvres entre elles et au lieu qui les accueille révèlent les multiples sens qu’elles portent. Ainsi, l’art contemporain se met à la portée de tous : béotien ou connaisseur, chacun y trouvera de quoi assouvir sa curiosité, enrichir ses savoirs, éveiller ses sens… Il serait trop long d’énumérer toutes les œuvres de la collection aussi me contenterai-je de vous entretenir de celles qui, au fil des visites ont le plus marqué ma mémoire. Ce sera l’objet du billet suivant.

2 commentaires sur “Château d’Oiron : de la Renaissance à nos jours

  • 2 octobre 2015 à 11 h 21 min
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    Merci pour ce beau billet! Entre l’escalier et les peintures du XVIe siècle, on ne sait plus où donner de la tête! Je ne connaissais pas la partie « cabinet de curiosité » du château mais j’aime beaucoup la reconstitution, d’autant plus si un artiste y a mis « sa patte » (bémol sur le mannequin qui fait un peu peur). Un bon auteur sur les cabinets de curiosité est Sabine Du Crest (enseignant à Bordeaux) qui a beaucoup écris sur le sujet (cf. https://exogeneses.hypotheses.org/equipe-et-partenaires/equipe)
    Merci encore!

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    • 5 octobre 2015 à 15 h 40 min
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      Merci pour cette référence bibliographique : je vais consulter ses ouvrages avec intérêt… J’ai toujours du mal à trouver des études sur ce sujet passionnant.

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