Journées du patrimoine : explorez les archives !

Connaissez-vous les archives ? Un truc poussiéreux peuplé de vieux généalogistes, dites-vous ? Pas du tout (bon, si parfois un peu, d’accord) ! Les archives ce n’est pas que des chartes médiévales et des papiers du XIXe siècle : les archives, c’est aussi des documents récents, parfois même conservés uniquement sous format électronique ! Des documents précieux, qui racontent autant notre passé lointain que notre présent. Pour les Journées du Patrimoine, de nombreux centres d’archives ouvrent leurs portes, dévoilent leurs coulisses, présentent leurs savoir-faire : l’occasion de faire tomber vos préjugés et de découvrir un univers aussi passionnant que surprenant !

Les liens vers le programme des JEP n’étant pas pérenne, je ne renvoie pas aux présentation des lieux que je cite : retrouvez-les en cherchant « archives » sur le site officiel des JEP.

C’est quoi une archive ?

Le terme « archives » désigne autant le contenu que le contenant : on l’emploie à la fois pour nommer le bâtiment ou le service (« les archives ») que les documents archivistiques. Mais qu’est-ce qu’un document d’archives ? Tout document « produit[s] ou reçu[s] par toute personne physique ou morale et par tout service ou organisme public ou privé dans l’exercice de leur activité » nous dit la loi. Une définition un peu trop jargonnante pour le commun des mortels (et encore j’ai raccourci !), mais que l’on pourrait résumer simplement : les archives, c’est tous les documents que l’on produit ou que l’on reçoit. Par exemple, votre dernier relevé bancaire fait autant parti de vos archives personnelles que la dernière carte postale envoyée par Tata Michelle. Dans une mairie, les archives, ça peut être la liste des bouches d’égout de toutes la commune, les formulaires d’inscription au centre aéré comme les mails échangés par le service des parcs et jardins. Les archives, ça peut prendre n’importe quelle forme (une image, un document écrit) et s’inscrire sur n’importe quel support (du papier comme un fichier électronique). Et surtout, une archive ce n’est pas que du vieux : le courrier édité il y a dix minutes par le service de la Défense est déjà une archive.

Les archives, on les conserve en toute sorte d’endroits : chaque administration, association, entreprise a ses archives. Cela peut-être une simple boîte de rangement comme un service de dix-huit personnes. Quand l’administration n’a plus besoin de ses archives parce qu’elles sont trop vieilles pour être utiles au quotidien ou quand une entreprise ferme, on ne jette pas les archives : on peut les verser à un service plus gros, capable de les conserver sur le long terme.. C’est ce que l’on appelle un versement. Évidemment, comme on ne peut pas non plus TOUT garder, on fait un tri, que l’on appelle l’élimination. Je résume à grands traits, mais tout cela est strictement encadré par la loi, notamment pour ce qui concerne les archives publiques.

Des services d’archives par centaines

En France, il y a une multitude de services d’archives : les archives nationales, d’abord, les plus connues. Elles conservent les archives des organes centraux de l’État français, c’est-à-dire les archives des ministères, du parlement, etc. Les archives nationales sont réparties sur trois sites, Paris, Fontainebleau et Pierrette-Sur-Seine. Certains ministères, comme la Défense ou les Affaires étrangères ont leur propre service d’archives.

Archives nationales, magasins (site du Marais)

Archives nationales, magasins (site du Marais)

Au niveau territorial, chaque département et chaque commune a son service d’archives. Néanmoins, les communes n’ayant pas toujours les moyens de conserver correctement leurs archives, elles peuvent les verser aux archives départementales. Ces dernières conservent tout un tas de fonds, et pas seulement ceux produits par les services départementaux : on y trouve aussi les archives de certains services déconcentrés de l’état, des établissements publics, comme les rectorats, les hôpitaux, des universités, des notaires…

À tous ces fonds s’ajoutent des archives privées, celles de particuliers, entreprises, associations qui ont fait le choix de les verser aux archives municipales, départementales ou nationales.

Certains centres d’archives sont spécialisés dans un type de fonds bien particulier. C’est le cas des archives nationales d’outre-mer, basées à Aix-en-Provence, ou des archives nationales du monde du travail, à Roubaix, qui conservent des fonds privés d’entreprises et d’associations. Dans le Calvados, l’IMEC, Institut des Mémoires de l’édition contemporaine est spécialisé dans la conservation des archives des éditeurs, auteurs, critiques, journalistes…

Salle de lecture de l'ITEM, Abbaye d'Ardenne (Calvados). Photo Karldupart (CC BY-SA 3.0)

Salle de lecture de l’IMEC, Abbaye d’Ardenne (Calvados). Photo Karldupart (CC BY-SA 3.0)

Pour les journées du patrimoine, il est possible de visiter des services d’archives de toute taille et de toute nature : la totalité des services d’archives départementales ouvrent leurs portes, de nombreuses archives municipales font de même. À Paris et Pierrefittes, les archives nationales accueillent largement le public. Pour ceux qui préfèreraient découvrir des fonds d’archives plus spécialisés, rendez-vous à Roubaix (archives du monde du travail), à Brest, Ivry et Rochefort (service historique de la Défense), à Béziers (archives de la SNCF), à Nantes (archives diplomatiques) et à l’abbaye d’Ardenne (Mémoire de l’édition contemporaine).

Découvrir des documents, découvrir des métiers…

Mais qu’est-ce qu’il y a à voir dans les archives ? Plein de choses ! Tout d’abord, un bâtiment, l’enveloppe qui abrite ces précieux documents. Cette enveloppe peut-être très ancienne comme toute récente : dans les deux cas, on vous la fera visiter avec intérêt. Dans le Marais, à Paris, les archives nationales occupent divers hôtels particuliers, dont les hôtels de Soubise et de Rohan, deux merveilles de l’architecture française du XVIIIe siècle. Dans le Calvados, les archives de l’Institut des mémoires de l’édition contemporaine sont installées dans l’ancienne abbaye d’Ardenne, dont l’église sert de salle de lecture. Les archives du Vaucluse sont elles aussi abritées par un superbe écrin : le Palais des Papes ! À Rouen, c’est un bâtiment conçu il y a quelques années par Ricciotti (qui a aussi signé le MUCEM) que les archives départementales de Seine-Maritime occupent.

Salon de la princesse, Hôtel de Soubise (archives nationales), photo NonOmnisMoriar (CC BY SA)

Salon de la princesse, Hôtel de Soubise (archives nationales), photo NonOmnisMoriar (CC BY SA)

Une fois dans le bâtiment, c’est sur les archives à proprement parler que vous vous pencherez : beaucoup de services profitent des Journées du Patrimoine pour sortir des réserves leurs plus beaux documents. Beaux au sens d’ancien, émouvant ou esthétique. Chartes, sceaux, terriers, lettres d’hommes et de femmes célèbres, documents témoins de moments historiques, cadastres anciens, photographies, dessins… il y en a pour tout les goûts ! Comme nous sommes en plein dans les commémorations du centenaire, de nombreuses expositions portent sur la guerre 1914-1918 (Nantes, Laon, Vanves, Pierrefittes, Chatellerault, Béziers). À Rouen, les archives départementales de Seine-Maritime présentent une exposition sur les sceaux, tandis qu’à Saint-Etienne, c’est l’histoire de l’immigration sur le territoire de l’agglomération qui est mise en lumière. À Auxerre, les archives départementales de l’Yonne osent tout et proposent des visites guidées « cachez ce document que je ne saurais voir » ou une exploration des archives à ne pas mettre entre toutes les mains (comme de la correspondance coquine !).

Les archives, un patrimoine précieux que l’on transmet à la génération suivante… Mais pour transmettre dans de bonnes conditions, il faut d’abord bien conserver. C’est le métier de ceux qui travaillent ici : sauvegarder, communiquer, valoriser.
Les journées du patrimoine sont l’occasion pour les agents, souvent passionnés par leur métier, de le présenter au public. Dans certains services, des archivistes vous emmèneront dans les magasins, ces lieux où l’on range les documents. Ils vous expliqueront les règles qui régissent les archives, comment se passe leur versement, leur tri, ce qu’on a le droit de communiquer ou non, pourquoi. Il sera aussi question de conservation préventive : comment fait-on pour que les documents ne se dégradent pas ? Comment éviter que les insectes ou les souris se régalent de ces kilomètres de papier ? Et que se passe-t-il si, par malheur, le bâtiment prend feu ?

Dans certains centres d’archives, des restaurateurs seront présents pour faire des démonstrations : conditionnement d’un document, réparation d’une reliure, nettoyage d’un sceau… D’autres démonstrations concerneront les opérations de numérisation, car, le saviez-vous, de plus en plus de fonds sont accessibles en ligne, depuis chez vous ?

Le numérique est une question cruciale dans le milieu des archives. Pour conserver, diffuser et valoriser le patrimoine ancien, certes, mais aussi parce que la plupart de nos archives sont aujourd’hui produites en formats électroniques : mails, logiciels métier… De nouveaux métiers sont apparus pour répondre à ces problématiques, et l’on parle aujourd’hui de record management.
Bref, aux quatre coins de la France, les archives se mettent en quatre pour vous accueillir ! Qui sait, peut-être que cela vous donnera envie de vous plonger dans des recherches historiques ou généalogiques ? Dans ce cas, ne manquez pas les séances d’initiation à la généalogie et à la paléographie (déchiffrement de documents anciens) qui sont organisées à l’occasion des JEP !

Pour retrouver tous les services d’archives ouverts durant les JEP, cherchez « archives » sur le programme officiel ou consultez les sites web des archives les plus proches de chez vous !  

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