Arbres remarquables et patrimoine végétal

Longtemps je n’ai pas porté d’attention au patrimoine végétal : les châteaux étaient entourés de beaux parcs, agrément profitable pour une pause après la visite ; il existait de jolis jardins botaniques et les villes abritaient parfois un arbre remarquable, par son ancienneté, sa taille ou sa place dans l’histoire. Point. Pas la peine d’en faire plus, ce ne sont que des arbres après tout. Mon intérêt pour eux était donc assez limité, bien que certains représentants du patrimoine végétal m’aient marquée : en fouillant dans mes souvenirs, je me remémore parfaitement l’arbre creux qui cacha des résistants dans une forêt de Sologne, le chêne-chapelle d’Allouville-Bellefosse, le magnifique Gingko du jardin des plantes d’Angers, ce parc romantique visité en Angleterre ou encore les chroniques passionnées d’Alain Baraton sur France Inter.

Miroir d'eau : le château d'Azay s'y reflète... même pendant les travaux !

Miroir d’eau : le château d’Azay s’y reflète… même pendant les travaux !

Mais ça, c’était avant. Récemment, en travaillant sur le château d’Azay-le-Rideau, je me suis penchée sur l’histoire de son parc, et ce fut une révélation. Azay-le-Rideau est un château emblématique de la Renaissance française. Cependant, un des moments les plus forts de son histoire se déroule au XIXe siècle, période à laquelle il est la possession des Biencourt, une famille qui va redonner tout son lustre au domaine, notamment en coordonnant des travaux de grande ampleur : restauration et achèvement du château, qui reçoit alors sa silhouette définitive. Au moment où il acquiert Azay, en 1791, Charles de Biencourt est séduit par les possibilités agricoles du domaine. Passionné de botanique, il projette de dessiner un jardin paysager autour du château, mais, occupé à développer une activté agricole rentable, il n’a pas le temps d’aménager son parc. C’est son fils qui fera aboutir ce dessein autour de 1850.

Vue sur le parc d'Azay et son magnifique cèdre du Liban

Vue sur le parc d’Azay et son magnifique cèdre de l’Atlas

Un architecte paysager, dont on ignore le nom, crée un parc à l’anglaise d’où l’on jouit de beaux points de vue sur le château. Les petites allées au tracé irrégulier serpentent entre les bosquets et les plans d’eau : au fil de sa déambulation, le promeneur découvre de beaux arbres aux essences rares et aux silhouettes élégantes. Au XIXe siècle, la botanique est une passion de gens distingués : onéreuses, les espèces exotiques sont des présents appréciés, et, entre gens du monde, on aime échanger boutures et plants.

Vue sur le parc depuis le miroir d'eau

Vue sur le parc depuis le miroir d’eau

Voici ce que j’ai appris en étudiant le parc d’Azay. Justement, celui-ci vient de retrouver, après plusieurs années de travaux, son lustre d’antan. Mes recherches m’ont obligé à voir le parc autrement que comme un joli décor. Mon regard n’englobe plus seulement l’ensemble du paysage, mais isole chaque frondaison pour apprécier sa silhouette. Pour chaque espèce, j’ai découvert une histoire complexe et passionnante. Certains arbres qui étaient, au moment où ils ont été plantés dans le domaine, parfaitement inconnus dans le paysage français sont devenus depuis très communs. D’autres sont restés rares comme le Ginkgo ou le Séquoia. Il est surprenant de découvrir comment une pousse, introduite par un voyageur, se diffuse progressivement dans toute l’Europe, à la faveur des boutures et des échanges. Ainsi, le premier Ginkgo biloba d’Europe est planté en 1730 au Jardin botanique d’Utrecht, issu de pousses rapportées par un médecin allemand, Engelbert Kaempfer, qui avait séjourné au Japon quelques années plus tôt. Cinquante ans plus tard, un pied de Ginkgo est planté à Montpellier. En sera prélevée une bouture, à l’origine du beau spécimen du jardin des plantes de Paris. N’est-ce pas fascinant de connaître aussi précisément la généalogie d’un arbre ?

Cyprès chauve du parc d'Azay-le-Rideau

Cyprès chauve du parc d’Azay-le-Rideau

Azay m’a ouvert les portes d’un univers passionnant : à l’avenir, je ne porterai plus le même regard sur les jardins publics et les parcs des châteaux !

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