Dans les coulisses de Gallica

Dans le cadre du festival du domaine public, nous étions 12 chanceux, le 23 janvier 2015, à pénétrer les coulisses de la Bibliothèque nationale de France. Nous avons passé une demi-journée aux côtés de l’équipe de Gallica pour découvrir les dessous de notre bibliothèque numérique préférée.

Gallica_Atelier_Numerisation

Un poste de numérisation

À la rencontre des Gallicanautes (des deux côtés de l’écran !)

Pour cette visite exceptionnelle, nous étions donc douze Gallicanautes venus rencontrer l’équipe qui nourrit et choie au quotidien « notre » bibliothèque numérique, Gallica. La matinée a commencé autour d’un petit déjeuner où chacun a pu se présenter : l’équipe de Gallica d’abord, puis les Gallicanautes. Étaient présents les six agents de la bibliothèque qui se cachent derrière le compte twitter  @GallicaBNF et une fabuleuse page Facebook. Ils ne sont pas uniquement Community Manager : cette tâche s’ajoute à leur mission plus conventionnelle de conservateur, bibliothécaire, ingénieur…

Ces six personnes ne représentent pas non plus la totalité des gens qui façonnent Gallica : ce sont plus de cent personnes, qui, quotidiennement, directement ou indirectement, alimentent notre bibliothèque numérique en contenus. Il peut s’agir de bibliothécaires, qui cataloguent les œuvres en vue de la numérisation, d’opérateurs, qui numérisent les originaux, d’agents, qui valident la qualité des fichiers, d’ingénieurs, qui développent l’interface et les outils… Certains des Gallicanautes présents le savaient bien puisqu’ils avaient eux-mêmes travaillé un jour dans la chaîne de production de Gallica.

Présentation de l'interface de Gallica, photographie par Rémi -Cc by remiforall

Présentation de l’interface de Gallica, photographie par Rémi -Cc by remiforall

Quelques-uns des Gallicanautes invités étaient des blogueurs et twittos que vous connaissez bien, puisqu’ils ont été interviewés sur le site Romaine Lubrique : Marine Gasc, auteure du blog « Raconte-moi l’histoire », Blouzouga Memphis, du blog « La patate sacrée… », Jérôme Nodenot et moi-même. D’autres menaient des projets un peu différents à partir des collections numérisées, tels Pierre, qui alimente un site consacré à l’histoire de l’Extrême Orient  et Eric Muller, typographe, qui produit des e-books à partir de documents du domaine public et les diffuse gratuitement sur son site Efélé.

Étaient également présents des twittos, comme Rémi Vincent, chef de projet numérique à la RMN.

Chacun d’entre nous a pu raconter sa petite histoire avec Gallica (il revient à Marine la palme de la plus drôle !). L’un des invités était un pionnier de Gallica puisqu’il l’utilisait depuis douze ans !

La nouvelle interface de Gallica

L’une des surprises qui nous avait été réservées était l’aperçu en avant-première de la nouvelle interface de Gallica, que vous pouvez désormais tous tester sur Gallica Labs.

En dix-sept ans d’existence, Gallica a beaucoup évolué et les équipes sont en recherche constante d’améliorations, notamment sur le plan de l’expérience utilisateur. La nouvelle version, plus ergonomique et épurée, offre une navigation plus agréable dans les documents. Par exemple, il est désormais possible de zoomer depuis l’interface principale de consultation ou encore de tourner les pages à l’aide du clavier. D’autre part, l’accès structuré aux contenus et la valorisation de documents remarquables ont été renforcées en page d’accueil.

Interface de Gallica

La nouvelle interface de Gallica : une navigation simplifiée

A cette occasion, nous avons appris que la version web de Gallica recevait 40 000 à 50 000 visiteurs par jour (sans compter le trafic mobile et tablette !)
Après une série de questions très techniques sur les évolutions de Gallica, que je vous épargnerai, nous nous sommes rendus dans les entrailles de la grande bibliothèque pour découvrir un magasin de conservation et un atelier de numérisation.

Au début de la chaîne de numérisation : le magasin de conservation

Les documents des différents départements de la BnF sont conservés dans d’immenses magasins. Le département de la presse en compte 47 (soit 8 étages d’une des tours du bâtiment !).
L’équipe de Gallica avait choisi de nous parler de la presse, car c’est sans aucun doute le type de collections qui pose le plus de problèmes de conservation, et par conséquent, de numérisation.

Conservation de la presse à la BnF

Un des 47 magasins de conservation des collections de presse de la BnF

Au XIXe siècle, la presse a connu un développement spectaculaire : si la Bibliothèque nationale recevait tous les titres et tirages en vertu du dépôt légal, elle ne pouvait pas tout absorber et bien des titres ne sont pas inventoriés à la pièce. Ces journaux ont été rassemblés par lots, qu’il faut aujourd’hui traiter. Le travail de numérisation commence donc souvent par le catalogage… Mais fréquemment la tâche est compliquée par l’état de conservation des exemplaires : le papier journal, de mauvaise qualité, est acide et extrêmement fragile.

Les campagnes de numérisation résultent de choix complexes, qui prennent en compte la politique documentaire de l’établissement et de ses départements, mais aussi de cet état de conservation. Un document fragile a de grandes chances d’être numérisé pour réduire la communication de l’original. A contrario, un document trop dégradé ne pourra pas toujours être numérisé, car sa manipulation par les opérateurs est quasiment impossible.

Dans le cas de la presse, il faut souvent effectuer de petites réparations avant d’envoyer en numérisation : comblement des déchirures, repassage des plis…

Un atelier de numérisation

La BnF a plusieurs circuits de numérisation : pour le travail de masse et certaines campagnes spécialisées, elle fait appel à des prestataires. Vingt pour cent des documents de Gallica sont néanmoins numérisés en interne. C’est dans l’un de ces ateliers internes que nous avons achevé notre visite. Le chef d’atelier nous a expliqué avec passion et en détails son travail quotidien. Au moment de notre venue, il numérisait des partitions de Rameau. Ces manuscrits posent mille et un problèmes : en effet, Rameau modifiait ses compositions en ajoutant des rabats, languettes, papiers collés, qu’il faut numériser dans le bon ordre et correctement restituer. Un vrai travail d’expert.

Rameau manuscrit partition

Un manuscrit de Rameau, photographie par Rémi -Cc by remiforall

Ici, pas de machines qui tournent les pages : les documents sont bien trop fragiles ! Les opérateurs manipulent délicatement les feuillets et s’assurent de ne pas forcer la reliure. Ils ne portent pas de gants pour éviter que les livres ne leur échappent des mains. Cela implique qu’il faut toujours avoir les mains parfaitement propres et sèches !

atelier de numérisation Gallica Bibliothèque nationale de France

Le poste d’un opérateur de numérisation à la Bibliothèque nationale de France

Pour nous ravir, l’opérateur photographe avait mis de côté quelques documents remarquables : un incunable, un antiphonaire, des partitions de Berlioz… Et nous ne l’avons su qu’en sortant, mais à 10 mètres de nous, une équipe numérisait un manuscrit de Victor Hugo !

Cerise(s) sur le gâteau… Nous avons vu le fameux « TAD » (transport automatisé des documents) qui permet de délivrer rapidement les ouvrages aux lecteurs (les rails courent dans toute la bibliothèque, depuis les magasins de conservation jusqu’aux banques de salles) : le spectacle est très amusant.

transport automatisé des documents

Le transport automatisé des documents à la Bibliothèque nationale de France

Un mois après notre visite, l’équipe de Gallica nous a fait une seconde surprise : elle a fait numériser un document qui nous avait beaucoup plu, le journal sataniste L’autre monde, une véritable curiosité du département presse. Les quatre numéros de ce journal hors normes sont imprimés à l’encre de couleurs sur du papier noir, ce qui en complexifie grandement la reproduction. Mais devant notre enthousiasme pour cet ovni, elle a relevé le défi et repoussé les limites de la numérisation… pour notre plus grand plaisir !

4 commentaires sur “Dans les coulisses de Gallica

Laisser un commentaire