La Tombe de Nebamon, British Museum

Les peintures murales de la tombe de Nébamon, chefs-d’œuvre de l’art égyptien, sont un des fleurons du British Museum. Ils offrent aux visiteurs des couleurs éclatantes et une inventivité extraordinaire. 

Tombe de Nébamon, vers 1350 avant notre ère, British Museum

Tombe de Nébamon, vers 1350 avant notre ère, British Museum

Vers 1350 avant J.-C., Nébamon, haut fonctionnaire sous le règne de Thoutmosis IV et d’Amenhotep III (Nouvel-Empire), décède. Son corps, embaumé, va reposer dans une tombe qu’il a fait réaliser. Sa dernière demeure, comme cela se pratique alors, est divisée en deux parties : le corps et le mobilier se trouvent dans une chambre funéraire scellée pour toujours, tandis qu’une chapelle demeure accessible pour les vivants, afin qu’ils prient en faveur du voyage dans l’au-delà du défunt et qu’ils n’oublient pas son nom.  Les parois de cette chapelle ont été couvertes de peintures magnifiques, figurant Nébamon dans les actions de sa vie.

3000 ans plus tard, des fragments de ce décor, transportés à Londres, inspirent l’émotion aux visiteurs.

Une tombe pour célébrer le défunt : la vie idéalisée

Les décors de la tombe de Nébamon ont une fonction rituelle et magique. Dans l’Égypte ancienne, il existe beaucoup de pratiques autour de la mort qu’il convient de respecter afin d’assurer la survie du défunt dans l’au-delà. C’est pourquoi l’iconographie qui figure sur les tombes est extrêmement codifiée : le défunt est représenté dans les actions de sa vie, intégré à l’ordre du monde. On le voit accomplissant la Maât (l’ordre) dans des scènes d’agriculture et d’élevage, et repoussant l’Isefet (le chaos) dans des scènes de chasse et de pêche.

Tombe de Nébamon, vers 1350 avant notre ère, British Museum

Tombe de Nébamon, vers 1350 avant notre ère, British Museum

Une des scènes les plus célèbres de la tombe figure Nébamon à la chasse aux oiseaux, dans un marais du Nil. Debout sur une barque, accompagné de sa fille (elle est figurée assise entre ses jambes) et de sa femme, Nébamon saisit des oiseaux en plein vol. C’est l’expression de son triomphe sur les forces de la nature.

Sur un autre panneau, Nébamon, figuré en grand, inspecte ses biens : ses esclaves lui présentent hommage et font défiler les oies et bœufs qu’il possède, tandis que des scribes les comptent. Cet étalage de richesse témoigne du prestige de Nébamon, mais aussi de son autorité. Les scènes sont accompagnées de hiéroglyphes qui ajoutent à l’image de l’animation : on y lit les chamailleries des paysans dans la file d’attente, alors qu’un intendant leur intime de se taire.

Tombe de Nébamon, vers 1350 avant notre ère, British Museum

Tombe de Nébamon, vers 1350 avant notre ère, British Museum

Ces deux scènes sont extraordinaires par le soin accordé à la représentation de la faune, avec une profusion de détails et un souci de donner l’illusion de la vie et du nombre. Ces scènes, malgré cet effort de précision, ne délivrent qu’une vision idéalisée de la vie.

Cette vision de la vie de Nébamon a un rôle religieux, social et magique : elle exprime les fonctions du défunt de son vivant, expose les titres qu’il portait, et donc témoigne des faveurs royales dont il bénéficiait. La démonstration laisse espérer l’obtention des mêmes faveurs de la part des dieux dans l’au-delà.

Vivre au-delà de la mort

Une paroi complète de la chapelle figure un banquet en l’honneur de Nébamon, rassemblant les amis et parents du défunt, richement vêtus. Des danseuses nues et des musiciennes animent la fête.

Nebamon_danseuses_nues

Tombe de Nébamon, vers 1350 avant notre ère, British Museum

De telles scènes de banquet, spécifiques à l’art du Nouvel Empire, sont une extension d’un thème traditionnel, celui du repas funéraire. Dans ces scènes, le défunt était figuré devant une table chargée de nourriture (pains, canards rôtis, figues), de bière et de tissus. Précisément chiffrés, ces mets assuraient l’approvisionnement et donc la survie du défunt pour l’éternité.

Tombe de Nébamon, vers 1350 avant notre ère, British Museum

Tombe de Nébamon, vers 1350 avant notre ère, British Museum

Au Nouvel Empire, le repas funéraire se transforme en magnifique banquet animé. Ici, la scène est enrichie d’une file de serviteurs apportant des lièvres à Nébamon.

Tombe de Nébamon, vers 1350 avant notre ère, British Museum

Tombe de Nébamon, vers 1350 avant notre ère, British Museum

Lors des fêtes religieuses, les parents du défunt et les prêtres délégués par eux se rendent dans la chapelle afin d’effectuer un certain nombre de rites : ils prononcent des prières et le nom du défunt afin que ce dernier puisse exister dans l’au-delà.

Chefs-d’œuvre de la peinture

Les peintures de la tombe de Nébamon sont l’œuvre d’une équipe d’artisans extrêmement talentueux, restés anonymes. Elles sont représentatives de leur époque, la XVIIIe dynastie, connue pour être l’âge d’or de la peinture égyptienne. Plus généralement, le Nouvel Empire est une époque très brillante, caractérisée par un essor artistique sans précédent, favorisé par un afflux de richesse. Cette aisance s’exprime par un goût nouveau pour le luxe et l’élégance, qui transparaît dans cette peinture.

Tombe de Nébamon, vers 1350 avant notre ère, British Museum

Tombe de Nébamon, vers 1350 avant notre ère, British Museum

L’époque est également marquée par un renouvellement dans l’art, dont la tombe de Nébamon est l’un des exemples les plus aboutis. Les peintres se découvrent des ressources propres, se libérant en partie du poids des traditions. Car s’ils innovent par certaines formules plastiques, l’art égyptien demeure un art de convention, à but magique : il convient donc de respecter certaines règles de représentation sans quoi les peintures ne pourraient remplir leur rôle.

Ainsi, les artistes du Nouvel Empire ont enrichi le répertoire antérieur, en y ajoutant des épisodes liés à la carrière des personnages, livrant ainsi de précieux renseignements sur le fonctionnement de l’administration. À partir d’un canevas imposé, les peintres développent des compositions originales. Les artistes ont aussi rafraîchi les motifs traditionnels en les adaptant au goût de l’époque : les peintres du Nouvel Empire privilégient le mouvement, l’exubérance des couleurs, cherchent des détails qui « font vrai ». Dans la tombe de Nébamon, ce souci de naturalisme s’épanouit dans les figurations des animaux, qui témoignent d’un sens de l’observation et d’une sensibilité toute particulière. Les peintres jouent avec les conventions du dessin, allant jusqu’à figurer des visages de face, fait rare dans l’art égyptien. Par ailleurs, la disposition du décor de la tombe de Nébamon et les thèmes déployés restent tout à fait classiques.

Tombe de Nébamon, vers 1350 avant notre ère, British Museum

Tombe de Nébamon, vers 1350 avant notre ère, British Museum

Un des fleurons du British Museum et une tombe bien mystérieuse

Si les peintures de la tombe de Nébamon, 3000 ans après avoir été réalisées nous enchantent encore, il convient de rappeler comment elles sont arrivées là, en plein cœur de Londres.

En 1820, Giovanni d’Athanasis, marchand d’art grec, découvre dans la nécropole de Thèbes une magnifique tombe aux parois peintes. Il y détache les plus belles scènes qu’il propose au consul anglais Heny Salt, passionné d’égyptologie. Ce dernier fait acheter par le British Museum (pour une somme dérisoire : 2000 livres !) onze fragments de la tombe, qui rejoignent douze ans plus tard les cimaises londoniennes, où elles seront présentées jusqu’en 1999 sur un simple montage en plâtre de Paris. D’autres fragments, plus petits, sont vendus à divers collectionneurs (et se trouvent aujourd’hui au Musée égyptien de Berlin, au Musée des Beaux-Arts de Lyon et Musée Calvet d’Avignon).

A la suite d’une longue restauration (2001-2007), les panneaux ont été remontés dans une nouvelle scénographie, qui restitue la disposition originelle de la tombe tout en protégeant ces fragiles peintures. Des artéfacts contemporains de la réalisation de la tombe sont présentés dans les vitrines : il s’agit souvent d’objets très proches de ceux représentés sur les panneaux, sans être eux-mêmes issus de la tombe.

La présentation est appuyée par des reconstitutions 3D très réussies, qui complètent efficacement la visite.

Reconstitution de la tombe de Nébamon, animation 3D proposée par le British Museum (cliquez sur l'image pour y accéder)

Reconstitution de la tombe de Nébamon, animation 3D proposée par le British Museum (cliquez sur l’image pour y accéder)

Ces reconstitutions ne sont que des hypothèses : en effet, aussi surprenant que cela puisse paraître pour le visiteur moderne, l’emplacement exact de la tombe de Nébamon n’est pas connu. À l’époque de la découverte, l’archéologie n’en était qu’à ses balbutiements et Giovanni d’Athanasi n’a donné aucune information précise sur la localisation de la tombe, sûrement afin de préserver son filon d’autres « archéologues-marchands ». Aujourd’hui, les archéologues cherchent encore la tombe de Nébamon parmi les milliers de vestiges des alentours de Thèbes. En 2012, une équipe allemande pensait l’avoir retrouvée, avant d’infirmer leur hypothèse. Il est probable que les arrachements orchestrés par Giovanni d’Athanasi ont irrémédiablement endommagé la tombe, la rendant anonyme… L’emplacement de la tombe de Nébamon demeure un mystère, même si on devine qu’elle devait se situer à Cheikh abd el-Gournah, sur la rive ouest de Thèbes, où sont enterrés beaucoup de hauts fonctionnaires de la XVIIIe dynastie.

9 commentaires sur “La Tombe de Nebamon, British Museum

  • 9 novembre 2014 à 17 h 59 min
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    Ces peintures sont magnifiques et l’article est très intéressant, en particulier la fin qui rappelle combien l’archéologie a été confondue avec le pillage.

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    • 9 novembre 2014 à 18 h 02 min
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      Ces peintures m’ont toujours époustouflées. Malheureusement, mes photos, mal retouchées, sont assez loin de l’atmosphère de la salle du British…

      Malheureusement, aujourd’hui, on a un retour dramatique à l’archéopillage, tant en France qu’au proche Orient…

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  • 10 novembre 2014 à 18 h 51 min
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    Très bel article Merci Peccadille et même si vous déplorez le rendu de vos photos, elles fournissent, même à l’amateur d’Egyptologie, un bon aperçu de la variété chromatique et des animaux traités.
    Quant au pillage, (archéo ou pas), il a toujours existé même dès après les funérailles comme en témoignaient les cachets de la tombe de Touthankamon … Le « marché » fait le pilleur …
    Admirativement pour votre blog et cordialement
    C.

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