Le déjeuner chinois réticulé de la reine Marie Amélie

Le XIXe siècle a eu un goût marqué pour les prouesses techniques. Dans les arts décoratifs, les exemples en sont pléthoriques. Le musée du Louvre conserve ainsi un fabuleux déjeuner chinois réticulé, dit de Marie-Amélie qui témoigne des recherches de pointe menées à Sèvres sur la porcelaine sous la Monarchie de Juillet. 

Manufacture de Sèvre, Déjeuner "chinois réticulé", 1840, porcelaine dure, musée du Louvre.

Manufacture de Sèvre, Déjeuner « chinois réticulé », 1840, porcelaine dure, musée du Louvre.

Un exploit technique

Le déjeuner chinois réticulé de la Reine Marie-Amélie est un prestigieux service à thé, produit par la manufacture de Sèvres entre 1835 et 1842. Ses pièces, ajourées, forment une véritable dentelle de porcelaine, aussi fine que fragile. Sa mise en œuvre est un véritable exploit technique : chaque pièce est pourvue d’une double paroi dont seule la couche extérieure est ajourée de minuscules motifs.

Manufacture de Sèvre, Déjeuner "chinois réticulé", 1840, porcelaine dure, musée du Louvre.

Manufacture de Sèvre, Déjeuner « chinois réticulé », 1840, porcelaine dure, musée du Louvre.

Le déjeuner a été produit durant la décennie 1830, alors qu’Alexandre Bronginart est administrateur de la manufacture de porcelaine. Nommé en 1800, il a été l’incitateur d’un véritable renouveau de la manufacture, fondée au milieu du XVIIIe siècle. Insatiable curieux, bon gestionnaire, grand érudit, il a su remettre à flot l’institution, moribonde au lendemain de la Révolution, en l’orientant vers la production de luxe et l’innovation technique. Sous sa direction sont mises au point de nouvelles techniques de façonnage et de cuisson, ainsi que des recettes de couleurs d’émail inusitées jusqu’alors. Il faut dire qu’Alexandre Brongniart était lui même chimiste, et donc à même de superviser les recherches. Par ailleurs, son goût artistique affirmé lui a permis d’attirer à la manufacture des artistes de qualité, pour fournir des modèles dans l’esprit du temps.

Manufacture de Sèvre, Déjeuner "chinois réticulé", 1840, porcelaine dure, musée du Louvre.

Manufacture de Sèvre, Déjeuner « chinois réticulé », 1840, porcelaine dure, musée du Louvre.

Le déjeuner chinois réticulé est emblématique de l’action de Bronginart au sein de la Manufacture : pièce de prestige, prouesse technique, sa conception a nécessité six ans de travail. À chaque étape de la création, le directeur a pris le soin de faire exposer le travail en cours. Ainsi, le déjeuner figure régulièrement dans les expositions de 1832 à 1838, où il témoigne, parmi d’autres créations, du niveau atteint par l’industrie française. Fier de cette performance, Alexandre Bronginart détaillera également de façon précise le processus de fabrication dans son Traité des arts céramiques, paru en 1844.

Planche XLVIII, Traité des arts céramiques ou Des poteries considérées dans leur histoire, leur pratique et leur théorie. Atlas / par Alexandre Brongniart, 1844, Gallica/BnF

Planche XLVIII, Traité des arts céramiques ou Des poteries considérées dans leur histoire, leur pratique et leur théorie. Atlas / par Alexandre Brongniart, 1844, Gallica/BnF

Manufacture de Sèvre, Déjeuner "chinois réticulé", 1840, porcelaine dure, musée du Louvre.

Manufacture de Sèvre, Déjeuner « chinois réticulé », 1840, porcelaine dure, musée du Louvre.

Une pièce d’apparat dans le goût chinois

Bien que produit à Sèvres, le déjeuner est qualifié de « chinois » car son vocabulaire formel entend évoquer l’Extrême-Orient : les poignées des tasses imitent le bambou et les motifs se veulent tirés de l’art chinois. Cette Chine évoquée demeure cependant une Chine de convention, totalement fantaisiste et pétrie par le goût européen.

Manufacture de Sèvre, Déjeuner "chinois réticulé", 1840, porcelaine dure, musée du Louvre.

Manufacture de Sèvre, Déjeuner « chinois réticulé », 1840, porcelaine dure, musée du Louvre.

Le déjeuner porte le nom de la reine Marie-Amélie, dont on sait qu’elle était très friande de ce genre de production prestigieuse. Elle en achètera d’ailleurs sept exemplaires entre 1835 et 1843, notamment afin d’en faire des cadeaux diplomatiques.

Manufacture de Sèvre, Déjeuner "chinois réticulé", 1840, porcelaine dure, musée du Louvre.

Manufacture de Sèvre, Déjeuner « chinois réticulé », 1840, porcelaine dure, musée du Louvre.

Des cinquante exemplaires produits, seuls une dizaine sont aujourd’hui localisés : outre celui du Louvre, un déjeuner est conservé au Metropolitan Museum de New York et un autre, issu de la collection Yves Saint-Laurent/Pierre Berger, a été vendu 360 000 euros il y a quelques années.

15 commentaires sur “Le déjeuner chinois réticulé de la reine Marie Amélie

      • 30 octobre 2014 à 20 h 44 min
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        J’apprécie le fait que d’autres aiment, c’est des merveilles qui méritent d’exister. Mais alors prendre le thé avec ça… et pire encore avoir à les dépoussièrer, les entretenir. Holalala.

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        • 30 octobre 2014 à 20 h 48 min
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          En vérité (et j’aurais du le préciser dans l’article), de tels services n’étaient pas employés : trop fragiles, trop chers… On les gardait comme chose précieuse, démonstration technique. Reste qu’il fallait quand même les dépoussiérer!

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  • 30 octobre 2014 à 22 h 12 min
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    C’est un travail techniquement exceptionnel, mais (non non, pas taper) j’avoue que je trouve ça visuellement un peu trop chargé à mon gout. Mais c’est sans doute mon gout qui est à revoir !

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  • 4 novembre 2014 à 1 h 50 min
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    Le « plateau » est peut-être en trop pour une utilisation quotidienne, mais les autres pièce j’adore !

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    • 8 novembre 2014 à 18 h 00 min
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      Oui, c’est chargé !

      Il faut savoir qu’en réalité, personne n’utilisait de tels objets : ce sont avant tout des démonstrations de savoir faire technique et ils sont appréciés comme tels !

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  • 17 novembre 2014 à 20 h 31 min
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    Ici une quinzaine de photos de réticulé en cours de fabrication dans l’atelier de la manufacture de Sèvres.

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    • 17 novembre 2014 à 20 h 33 min
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      Mille merci pour ce lien précieux ! Les photographies sont magnifiques et nous invitent à (re)découvrir les ateliers de Sèvres, qui rappelons-le, s’ouvrent régulièrement à la visite pour les particuliers (notamment pendant les vacances scolaires et les journées du patrimoine). Bravo aux wikimédiens pour ce travail de qualité !

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  • 26 novembre 2014 à 21 h 46 min
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    Comme les autres, je suis partagée entre l’admiration devant la prouesse technique, la réaction de la ménagère qui se dit « mais comment ça se lave ce machin », et le manque d’intérêt pour l’esthétique trop chargée. Mais de telles pieces, en ton sur ton, ou avec une légère graduation des couleurs, ce serait splendide. En tout cas, merci pour les photos !

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  • 1 octobre 2016 à 18 h 13 min
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    très bel effet et belle prouesse technique, merci pour ces photos ! j’ai pu admirer dans un style moins sophistiqué des soupières à double paroi au musée alsacien de Srasbourg

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