Les statues de la façade de la cathédrale de Rouen

La cathédrale de Rouen présente une des plus fabuleuses façades de France : une véritable dentelle de pierre qui apparaît subitement au promeneur quand il débouche d’une rue médiévale. Bâtie progressivement entre le XIIe et le XVIe siècle, cette longue façade, dont Turner a donné une des plus belles représentations (des années avant la série de tableaux de Claude Monet), a beaucoup souffert de la pollution et fait l’objet d’une très longue campagne de restauration. L’un des défis de taille auxquels se sont confrontés les restaurateurs a été le sauvetage de ses dizaines de statues monumentales. 

Saint Mathias, Cathédrale de Rouen

Saint Matthias, Cathédrale de Rouen

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Détail de la façade de la cathédrale de Rouen, septembre 2014

Une dentelle de pierre

Longue de 61 mètres (c’est la plus large de France !), la façade de la cathédrale de Rouen résulte d’un chantier qui s’est étalé sur plusieurs siècles, du milieu du XIIe siècle (tour Saint Romain) au début du XVIe (portail de la Vierge). Entre 1362 et 1421, soixante-douze statues monumentales viennent orner les quatre registres de niches aménagés dans la partie centrale de la façade, de part et d’autre de la rosace. Cette disposition, unique en France, témoignerait d’une influence britannique sur le chantier (ce qui ne surprendra pas, puisque la Normandie a toujours entretenu des liens particuliers avec les Anglais, au-delà de la guerre de Cent Ans).

La façade de la cathédrale de Rouen en septembre 2014

La façade de la cathédrale de Rouen en septembre 2014

Restaurer / Sauver

Réchappées de la Révolution, les statues de la cathédrale de Rouen nous sont parvenues entières, contrairement à celles de la galerie des rois de Notre-Dame de Paris, précipitées au sol en 1793. Bien qu’ayant vaillamment traversé les siècles, ces statues de pierre ont fortement souffert de la pollution industrielle qui caractérise l’air rouennais depuis la fin du XVIIIe siècle : l’acidité des pluies a attaqué le calcin des pierres, tandis que la crasse les a couvertes d’une couche noirâtre qui pouvait mesurer jusqu’à un centimètre d’épaisseur !

Depuis le début des années 1990, la façade a fait l’objet de plusieurs campagnes de restauration, afin de rendre aux pierres leur blancheur d’antan. Durant ces chantiers, les statues ont été descendues, diagnostiquées, nettoyées, moulées et restaurées. Les plus solides ont pu regagner leurs niches, à 20 ou 30 mètres au-dessus du sol tandis que les plus fragiles ont été déposées dans le chœur. Ce sont leurs copies exactes, obtenues à partir de moulages, qui veillent aujourd’hui sur Rouen. Pour d’autres statues, très dégradées, il a été décidé de confier à un sculpteur spécialisé la réalisation de répliques. Celles-ci ont été « complétées » en s’appuyant sur des photographies de la seconde moitié du XIXe siècle, qui témoignent d’un meilleur état  des œuvres. À l’occasion de ces travaux de restauration, les chercheurs ont pu identifier dans les collections du Musée départemental des Antiquités six statues provenant de la façade  et déposées à des époques anciennes. Elles ont été moulées pour que des copies regagnent les niches qu’elles occupaient autrefois. C’est ainsi que la façade a retrouvé, depuis le milieu des années 2000, sa splendeur ancienne avec soixante-dix statues (ou copies) replacées sur les soixante-douze qui l’ornaient originellement.

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Les statues de la façade de la cathédrale

S’approcher de ces vénérables vieillards

Depuis les travaux, les statues les plus exceptionnelles ou les plus fragiles qui n’ont pu être replacées en façade pour des raisons de conservation sont exposées de façon permanente dans le déambulatoire de la Cathédrale. Il est possible, pour les visiteurs, de s’approcher au plus près de ces vénérables vestiges. Avec leur silhouette massive et leur épiderme vérolé par le temps, ils forment un long cortège devant lequel les visiteurs déambulent, fascinés.

Déambulatoire de la cathédrale de Rouen, juin 2014

Déambulatoire de la cathédrale de Rouen, juin 2014

déambulatoire de la cathédrale de Rouen

Déambulatoire de la cathédrale de Rouen, juin 2014

Déambulatoire de la cathédrale de Rouen, juin 2014

Déambulatoire de la cathédrale de Rouen, juin 2014

L’état de dégradation des sculptures rend l’identification des personnages représentés difficile, mais certains indices comme les attributs permettent de nommer quelques prophètes, saints, apôtres et évêques…

Fait remarquable, deux statues, provenant du nord de la façade, ont été laissées en état (c’est-à-dire toutes encrassées !) afin de témoigner de l’état de la cathédrale à la fin du XXe siècle. J’ai moi-même un vague souvenir de la noirceur de ce monument que j’ai connu toute mon enfance engoncé derrière d’immenses échafaudages. La première fois que j’ai vu la façade débarrassée de toute bâche, d’une blancheur éclatante au soleil, a été un moment fort de ma vie, même si le portail principal n’avait pas encore été restauré (il semble que les travaux soient toujours en cours).

Façade de la cathédrale de Rouen, juin 2014

Façade de la cathédrale de Rouen, juin 2014

En visitant Rouen, il faut passer et repasser sur la place de la cathédrale : la façade joue comme un miroir avec le ciel et se présente tantôt grise, tantôt rosée, parfois noire, parfois blanche, bleutée ou dorée… Les tableaux de Monet, qui s’admirent (entre autres) au Musée des Beaux-Arts, ne sont que les témoins d’un spectacle quotidien qui anime les venelles anciennes de Rouen et dont se régalent ses habitants.

Détail des statues de la façade de la cathédrale de Rouen

Détail des statues de la façade de la cathédrale de Rouen

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