Les faïences de Saint Porchaire

Témoin de la virtuosité atteinte dans les arts du feu en France durant la Renaissance, la « céramique de Saint Porchaire » demeure encore très mystérieuse. On ne sait rien ou presque des circonstances de production de ces pièces d’un raffinement extrême, dont seuls 70 témoins nous sont parvenus. 

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Caractérisées par la blancheur et la finesse de leur terre, leur sonorité et leur décor de moresques brunes, les faïences de Saint-Porchaire étaient un produit de luxe, destiné à l’élite de la cour de France. Au vu du nombre de pièces portant les armes d’Anne de Montmorency, il est très probable que ce dernier protégeait cette production, dont on ne sait où se trouvait le centre. En effet, le nom de Saint-Porchaire renvoie au village des Deux-Sèvres d’où était extraite la terre employée et non au lieu réel de façonnage, qui nous demeure inconnu. Certains chercheurs ont avancé le Louvre (ce qui impliquerait une fabrication dirigée par Bernard Palissy), d’autres Fontainebleau ou Saint-Germain-en-Laye, soit autant de sites prisés par la cour.

Atelier de Saint-Porchaire, Coupe aux armes de France, milieu du XVIe siècle, 22 cm de haut, Musée du Louvre

La virtuosité des artisans ayant réalisé ces pièces est incontestable : la terre de Saint-Porchaire, fortement kaolinique et peu plastique, est très difficile à mettre en œuvre : il était de ce fait impossible de réaliser de pièces de grandes dimensions. Les potiers ont donc rusé en moulant de tout petits morceaux qu’ils ont assemblés les uns aux autres à l’aide de barbotine. Outre son manque de plasticité, la terre de Saint Porchaire présente un autre inconvénient majeur : sa porosité empêche les pigments d’y adhérer. Comment, dès lors, orner les pièces produites ? Là encore, les artisans ont su faire preuve d’ingéniosité pour dépasser cette contrainte technique : à l’aide de fine matrices, ils ont estampé très légèrement la terre. Dans les sillons laissés par les matrices, ils ont déposés une terre délayée et très riche en oxydes de fer, laissant apparaître, à la cuisson, à ce décor de mauresques d’une grande finesse, brun sombre.

On a qualifié cette production d’ « orfèvrerie de terre ». En effet, par la finesse de leur décor, la préciosité de leurs motifs, la virtuosité de leur mise en œuvre, les pièces de Saint-Porchaire montrent de nombreuses similitudes avec les arts du métal maniéristes contemporains.

Quelques unes des plus belles pièces de cette production extraordinaire sont exposées au département des Objets d’Art du Louvre. Courrez-y !

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