Le mabre et l’acier – La centrale Montemartini, Rome

Alliance réussie d’art antique et de patrimoine industriel, la centrale Montemartini, la plus récente annexe du musée national romain, est au nombre des lieux insolites à voir à Rome.

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Un musée éphémère

Au milieu des années 1990, en prévision des importants travaux projetés dans les musées capitolins et afin de maintenir la présentation des collections durant cette période de chantier, les conservateurs décident d’investir temporairement un nouveau lieu pour exposer les œuvres. Le choix du bâtiment qui devra accueillir ce musée éphémère n’est pas anodin, voir même teinté de provocation. A l’opposé des palais du Capitole, c’est un fleuron du patrimoine industriel italien qui est sélectionné : la centrale Montmartini.

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Un fleuron du patrimoine industriel pour une collection d’antiques

La centrale Montemartini, construite en 1911/12 dans les faubourgs de Rome, entre Piramide et la basilique San Paolo est l’une des premières usines de production d’électricité à alimenter la capitale italienne. Elle fonctionne jusqu’en 1968, date à laquelle l’activité hydro-éléctrique du site cesse… Laissée à l’abandon, l’ancienne centrale devient dans un premier temps un musée technique avant d’être investie en 1997 par les collections d’antiques des musées capitolins, avec l’exposition « Les machines et les Dieux ». En 2005, alors que les travaux sont terminés au palais des conservateurs et au palais neuf, seule une partie des sculptures regagne le cœur historique du musée. Le succès rencontré par cette expérience muséographique originale amène à pérenniser un musée conçu comme éphémère.

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La centrale Montemartini promue au rang de « musée à visiter » pendant un séjour romain s’affirme en même temps comme la préfiguration de la réhabilitation (toujours en cours) de cet ancien quartier industriel, qui accueillera à terme le campus de l’Université Roma Tre et d’autres structures culturelles, notamment dans les anciens marchés généraux.

Confronter le marbre et l’acier

Le visiteur dubitatif est en droit de se demander quelle est la pertinence de confronter ainsi la statuaire antique et ce témoin de l’ère industrielle que constitue cette usine. Car, certes, la Centrale Montemartini est peut-être un peu trop souvent présentée comme un séduisant terrain de prise de vue pour les photographes amateurs qui y trouveront un motif intéressant – quoique facile. Le contraste entre la blancheur des marbres et la monumentalité des masses sombres des machines frappe et plait à l’œil. Mais ce musée a-t-il plus à offrir que l’audace de cette confrontation esthétique ? Les machines y sont-elles réduites à un simple décor spectaculaire pour des œuvres qu’il serait plus légitime d’admirer ?

La Centrale Montemartini présente la particularité d’être un musée qui délivre un double discours : d’une part, celui d’un musée industriel et d’autre part celui d’un musée d’antiquités. Deux discours superposés mais dont l’un prédomine indubitablement sur l’autre. La plupart des visiteurs y perçoivent ici un musée d’antiques ayant la particularité d’être installé dans une ancienne usine. La valeur patrimoniale que possèdent le bâtiment et les machines qu’il renferme semble passer au second plan, réduit à un décor insolite. Seuls quelques panneaux, en début de parcours, prétendent expliquer ce témoin de l’histoire technique.

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En creusant un peu, des chercheurs en muséologie ont exposés les rapports plus profonds qu’entretenaient les deux formes de patrimoines ici présentées (Manar HAMMAD, Un musée dans une usine, lettre de l’ICOM, 116, 2008, version en ligne). Je me contenterai de citer l’analyse de Martiano Mariotti relayée par Massimo Prerte dans la conférence qu’il a donnée en 2012 à la cité de l’Architecture à propos du patrimoine industriel italien. Pour Martiano Mariotti, donc, le point commun de ces deux collections est la sérialité : d’une part la sérialité comme concept prédominant dans la société industrielle et d’autre part la sérialité des œuvres dans le phénomène de copie des originaux grecs à l’époque romaine.

Si j’ai été séduite par l’esthétique de cette confrontation de l’antique et du patrimoine industriel (que j’affectionne particulièrement, ce qui faisait de moi un public conquis d’avance), j’ai néanmoins quelques critiques à formuler quant à la scénographie du musée.

Centrale Montemartini (7)Je m’attendais en effet à une confrontation pure entre le marbre et l’acier, sans cimaise superflue ni socle apparent… J’ai bien été déçue de retrouver ici tous les codes habituels du musée : socles, cimaises, barrières de sécurité, cartels… Cimaises d’une couleur hideuse d’ailleurs : un bleu pâle et un vert amande vieillissant, censés évoquer le XVIIIe siècle (va savoir pourquoi puisque la plupart des pièces exposées ici ont été découvertes entre 1875 et 1930)… Selon les concepteurs, ces couleurs permettent de distinguer les sculptures des machines industrielles !  Une scénographie plus épurée encore aurait, à mon goût, rendue plus forte l’expérience de ce musée hors du commun.

Centrale Montemartini (8)Mon autre déception vient du fait que lors de ma visite la Centrale accueillait également une manifestation temporaire, une sorte de salon du chocolat. Dans le parcours de visite, cela se traduisait par la projection sur les machines d’œuvres contemporaines et sur des écrans plats d’extraits de films où le chocolat était évoqué. Dans un lieu aussi complexe que celui-ci, il est à mon goût particulièrement malvenu d’adjoindre à deux discours déjà en forte tension un troisième discours qui n’a rien à voir avec les deux précédents et qui ne concourt qu’à brouiller le sens de l’ensemble.

Renseignements utiles pour visiter la Centrale Montemartini sur le site officiel du musée

2 commentaires sur “Le mabre et l’acier – La centrale Montemartini, Rome

  • 16 avril 2013 à 6 h 54 min
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    Bel article. Ayant visité le musée il y a une semaine avec une de ses conservatrices, je peux te dire que les expositions fréquemment organisées dans la Centrale (le chocolat et d’autres encore), sont quasiment toujours imposées aux conservateurs, sans parfois aucune concertation ou demandes d’avis au préalable, par Zetema, l’entreprise publico-privée (sa situation est un peu complexe) qui gère les Musei in Comune. Donc, sache que ces expos embêtent les visiteurs mais aussi le personnel scientifique du musée qui n’a jamais son mot à dire dessus (pour le thème, la scéno etc) !

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  • 16 avril 2013 à 20 h 11 min
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    Merci Lena pour ces précisions vraiment intéressantes, qui confirment mon intuition… et qui sont symptomatiques des problèmes rencontrés par les institutions culturelles face à la nécessité de « rentabilité », parfois au détriment du public intéressé uniquement par la proposition culturelle du lieu.

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