Une vie sous le parquet : le plancher de Joachim

Un menuisier confie sa vie au verso des planches qu’il assemble lors de la réfection du plancher d’un château perdu dans les Hautes-Alpes. Cent trente ans plus tard, ses écrits sont découverts au hasard d’un nouveau chantier. Soixante-douze courts textes, sur lesquels s’est penché l’historien Jacques-Olivier Boudon pour reconstituer la vie de Joachim Martin.

Couverture de l’ouvrage (détail)

Lorsque Le plancher de Joachim est paru, en octobre 2017, je me suis promis de le lire. L’annonce d’une conférence, à l’École des Chartes, m’avait alléchée et une émission sur France Culture achevée de me convaincre. J’attendais l’été pour savourer ces pages. Et puis la présentation d’un fac-similé d’une des planches de ce parquet à l’exposition « Graffiti » du Centre des Monuments nationaux m’a fait craquer. À peine rentrée de ma visite, l’ouvrage était déjà chargé sur ma liseuse ! Lire la suite de cet article »

Précieux pastels : la collection du Musée du Louvre

Rencontrer la meilleure société du XVIIIe siècle, presque en chair et en os, cela vous dit ? C’est ce que le Musée du Louvre nous propose jusqu’au 10 septembre avec l’exposition « En société ». L’occasion d’admirer la plus belle collection de pastels anciens au monde et de s’offrir un troublant face à face avec les grands personnages de l’Ancien Régime, car tous les pastels exposés sont des portraits !

Gustav Lundberg, François Boucher, 1741, pastel, Paris, Musée du Louvre

Le Musée du Louvre peut s’enorgueillir de nombreuses choses : le fait de posséder la plus extraordinaire collection de pastels des XVIIe et XVIIIe siècles n’en est pas la moindre, quand on sait la rareté, la fragilité et la préciosité de ces oeuvres. Cent soixante numéros, de quelques cinquante artistes différents, essentiellement français – et parmi lesquels les plus grandes signatures : Maurice-Quentin de La Tour, Chardin, Perronneau… Presque tout l’âge d’or du pastel réuni ! Cette collection s’est pour l’essentiel constituée sous la Révolution et au cours des premières décennies du XIXe siècle, à partir des fonds de l’Académie royale de peinture et de sculpture, des saisies des biens des émigrés et des collections royales qui ornaient Versailles. Lire la suite de cet article »

Marathon des expositions parisiennes qui se terminent en juillet

Ces dernières semaines, j’ai fait un marathon d’expositions. Avant de fuir Paris pour une partie de l’été, il fallait que je voie toutes ces expositions qui se termineront pendant mon absence et dont j’avais (trop) repoussé la visite.

Kupka, Printemps cosmique I, Huile sur toile, 1913-1914, Pargue, Narodni galerie v Praze

Je vous livre donc un compte-rendu de ces séances muséales, qui pourront orienter ceux d’entre vous qui passeront quelques jours à Paris au cours de l’été. Certaines expositions feront (ou ont fait) l’objet de billets plus détaillés sur le blog. Lire la suite de cet article »

A la périphérie des estampes : les remarques marginales

Si vous avez vu l’exposition Delacroix au Musée du Louvre (ou suivi les nombreux partages de photos sur les réseaux sociaux), la mention « avec remarques marginales », apposée sur les cartels de certaines de ses estampes, n’a pas dû manquer de vous intriguer.
Aujourd’hui, je vous propose un petit focus sur ces « remarques marginales » et sur leur place dans l’histoire de l’estampe.

Delacroix, Duel de Faust et Valentin, lithographie, premier état avec remarques marginales, 1827, Paris, Bibliothèque nationale de France

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Mary Cassatt et l’estampe

Univers délicat et silencieux : une femme à sa correspondance, une figure maternelle penchée sur son bébé, l’intimité de la toilette… impossible d’oublier les estampes subtiles de Mary Cassatt pour qui les a une fois admirées. Mais Mary Cassatt, c’est aussi l’une des figures les plus fascinantes de l’impressionnisme. D’abord parce qu’elle est l’une des rares femmes à s’être imposée dans ce milieu très masculin et relativement hostile aux artistes de son sexe, d’autre part parce qu’elle a développé un œuvre gravé des plus novateurs tant sur le plan technique qu’esthétique. C’est des estampes de Mary Cassatt que nous allons parler aujourd’hui.

Mary Cassatt, La Lettre, pointe sèche et aquatinte, impression en couleurs sur trois plaques, 1890-1891, New-York, The Metropolitan Museum of Art. Détail

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Tête de Flore, une performance de l’estampe du XVIIIe siècle

Devineriez-vous, si je ne vous la dévoilais pas, la technique par laquelle a été réalisée l’œuvre dont il va être question aujourd’hui ? Ce n’est pas un délicat pastel, mais bien une estampe. Oui, une gravure, une impression.

Bonnet, d’après Boucher, Tête de Flore, manière de pastel imprimé en couleurs à partir de 8 éléments d’impression, 1769, BnF/Gallica

Oh ! On dirait bien pourtant que c’est un pastel, un vrai pastel, et c’était d’ailleurs là toute l’ambition du créateur de cette feuille : mettre au point une technique qui imite si parfaitement le pastel qu’on y tromperait un amateur ! Lire la suite de cet article »

Jean-François Millet, l’oeuvre gravé

De Millet, nous connaissons tous les célèbres Glaneuses, et le plus célèbre encore Angélus. Mais saviez-vous que le peintre était aussi aquafortiste, c’est-à-dire graveur à l’eau-forte ?
Dans mon compte-rendu de l’exposition Millet du Palais des Beaux-Arts de Lille (automne 2017), je disais regretter la quasi-absence de gravures dans l’accrochage. À vrai dire, il y en avait quelques-unes, prêtées par la bibliothèque de l’INHA.
Cela m’a donné envie de me replonger dans l’étude de l’œuvre gravé de Millet, en grande partie numérisé (notamment sur les sites du Metropolitan Museum et sur Gallica). En résulte ce billet.

Jean-François Millet, Les glaneuses, eau-forte, 1855-1856, BnF/Gallica

Il faut être honnête : Jean-François Millet n’a pas beaucoup gravé : on lui connaît une vingtaine de gravures sur cuivre — des eaux-fortes —, six lithographies, autant de xylographies, et deux clichés-verres. Si son œuvre gravé est réduit en nombre, il n’en demeure pas moins intéressant dans le déroulé de la carrière de l’artiste comme dans celui de l’histoire de l’Estampe au XIXe siècle. Lire la suite de cet article »

A propos de « recueils factices »

Si vous fréquentez les bibliothèques patrimoniales ou les expositions, que vous lisez des livres consacrés aux dessins ou aux estampes, vous avez peut-être déjà croisé ce terme « recueil factice ». Mais qu’est-ce que cela signifie ? Qu’entendent les spécialistes par « recueil factice » ? Quelques explications.

Une définition du recueil factice

Un recueil factice est un ensemble constitué d’éléments qui n’étaient originellement pas destinés à se trouver ainsi regroupés. En d’autres termes, c’est un ensemble (volume, album) constitué artificiellement par le possesseur de ces documents, qu’il soit collectionneur ou bibliothécaire. Le Trésor de la langue française le définit comme un « recueil composé de pièces diverses, traitant généralement du même sujet et présentées sous la même reliure » .

Prenons l’exemple d’un collectionneur d’estampes : il rassemble des épreuves d’un graveur et souhaite les conserver ensemble. Il fait relier ces feuilles en volume, qu’il peut doter d’une page de titre ou d’une reliure à ses armes. Il a constitué un recueil factice, plus facile à consulter que des feuilles volantes. A la reliure, certains préfèrent le collage des diverses épreuves sur les pages d’un album vierge.

Ci-dessus, un exemple de recueil factice conservé à la Bibliothèque nationale de France et disponible sur Gallica. Il contient huit suites d’estampes d’ornements du XVIIe siècle, oeuvre de plusieurs artistes, parmi lesquels Simon Vouet et Jean Berain. 

Dans le domaine de l’estampe, on oppose un recueil d’estampes édité et commercialisé comme tel (recueils gravés comme produits éditoriaux) aux recueils constitués a posteriori par leur possesseur qui sont donc qualifiés de factices. Lire la suite de cet article »

Bicyclettes au bord de l’eau : à vélo le long du canal de Bourgogne

Quoi de mieux pour occuper un long week-end du 15 août qu’un voyage à vélo ? Quatre jours, 250 km, dont 170 le long du canal de Bourgogne, qui relie l’Yonne à la Saône. Un itinéraire très accessible, bien aménagé et non sans jolis arrêts patrimoine que je suis heureuse de partager avec vous.

A vélo le long du canal de Bourgogne

Un voyage à vélo le temps d’un week-end (prolongé)

J’avais pourtant juré qu’au grand jamais, je ne suivrais encore un canal : trop plat, trop monotone… pas pour moi ! Mais pour le baptême cyclotouristique d’une amie, il ne fallait pas la dégoûter dès le premier coup de pédale, nous avons donc choisi une voie verte accessible, sûre et réputée, le canal de Bourgogne. L’occasion pour moi de me réconcilier avec les canaux. Loin de l’image monotone que j’avais gardée du canal du Midi ou des interminables lignes droites du canal de la Somme, le canal de Bourgogne nous a régalés de paysages variés. Ses multiples méandres et courbes étaient la promesse de jolis points de vue, d’envols de hérons cendrés surpris de notre présence soudaine. Et comment bouder un itinéraire globalement aussi bien aménagé ? Lire la suite de cet article »

Drogues, simples, potions et autres remèdes : dans l’apothicairerie de Troyes

En février dernier, invitée par Caroline Müller à présenter Orion en aéroplane et mon expérience de la médiation numérique à ses étudiants de L3 Histoire, j’ai profité de ma brève excursion à Troyes pour effectuer un peu de tourisme. Parmi mes découvertes, l’impressionnante apothicairerie hospitalière, conservée dans ses locaux originels.

L’apothicairerie de l’Hôtel-Dieu de Troyes, un témoignage exceptionnel de l’histoire de la médecine au XVIIIe siècle

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Une France en miniature : le musée des plans-reliefs

Au dernier étage des Invalides, sous les toits, il y a un musée aussi fabuleux que méconnu, bien qu’il ait fait en 2012 l’objet d’une très belle exposition au Grand Palais. J’ai nommé le musée des plans-reliefs, ou comment faire le tour des cités fortifiées françaises sans quitter la capitale !

Plan-relief de Besançon

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Guernica sans Guernica, une exposition au Musée Picasso

Dans un précédent billet, je vous parlais de Guernica et de l’émotion que j’ai ressentie lorsque je l’ai vu, en vrai, pour la première fois.

En ce moment, le musée Picasso, à Paris, consacre une exposition à ce chef-d’œuvre qui a marqué l’art moderne. Une exposition Guernica, mais sans Guernica : l’œuvre ne peut plus quitter le Reina Sofia pour des raisons de conservation… et, de toute façon, jamais l’hôtel Salé du Marais n’aurait été en capacité d’accueillir la foule que le tableau aurait immanquablement déplacée.

Pablo Picasso, Guernica, huile sur toile, 1937, Musée Reina Sofia, Madrid.

Une expo Guernica sans Guernica, est-ce que cela vaut le coup ? Oui ! Du moins, moi, j’ai beaucoup apprécié la visite : redécouverte la genèse de l’œuvre, l’onde de choc qu’elle a provoquée… Le tout servi par un bel accrochage, comprenant un célèbre portrait de Dora Maar, de précieuses études dessinées, un superbe ensemble d’estampes, parmi les plus importantes réalisées par l’artiste. Bref, de quoi vous convaincre, j’espère, de faire le déplacement.

Scénographie de l’exposition Guernica à Paris, 2018

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Plongée dans Videomuseum et réminiscence de mon adolescence

Ces souvenirs d’adolescence qui ressurgissent quand on ne s’y attend pas. Aujourd’hui, je vais vous parler de mes années lycée, de mon rapport d’alors avec l’art contemporain, et de comment, onze ans plus tard, des images enfouies ont ressurgi à l’occasion d’une table ronde professionnelle.

En exclusivité, une photo de Peccadille adolescente, en 2006 dans une magnifique pose tout à fait spontanée.

Mardi 24 avril, j’assistais à la seconde session de « Can I Use It ? », une rencontre autour de la question des droits et usages des images dans le domaine de l’histoire de l’art. Ces rencontres sont proposées dans le cadre du programme « Iconautes, Images / Usages » porté par la Fondation de France et l’Institut national d’Histoire de l’art, qui vise à faire un état des lieux des pratiques de diffusion (et d’utilisation) des images patrimoniales. Lire la suite de cet article »

Salon du livre rare 2018 (4) : l’IMEC et la BnF, invités d’honneur

Chaque année, outre les marchands, sont conviés au Salon du livre rare quelques invités : institutions publiques, artisans d’art, associations. C’est des stands de la Bibliothèque nationale de France et de l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine que je vais vous parler dans ce dernier billet consacré au Salon international du Livre rare et de l’objet d’art 2018.

Grand Palais, dome

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Salon du livre rare 2018 (3) : vous reprendrez bien un peu de bibliophilie ?

Le salon international du livre rare, plus de 150 stands, et 100 000 documents proposés à la vente. Dans les deux précédents billets, je vous relatais d’une part la liste de mes trouvailles le soir du vernissage, et, d’autre part, un panorama des stands consacrés à l’estampe. Poursuivons notre exploration dans les allées du Grand Palais pour une orgie bibliophile !

Stand de découverte du livre ancien, Salon international du livre rare 2018

Le lendemain du vernissage, à midi trente, me voici de retour au Salon, bien décidée à reprendre mon exploration là où je l’avais laissée, c’est-à-dire au milieu de l’allée F. Lire la suite de cet article »